Dossier technique

De nouvelles pratiques de contrôle des parasites

Traitement ciblé sur certains animaux, pratiques spécifiques de pâturage, développement d’une immunité, choix de molécules moins écotoxiques… Des pratiques adaptées contribuent à pérenniser les productions à l’herbe.

vaches au pâturage avec des arbres et un ciel bleu - Illustration De nouvelles pratiques de contrôle des parasites
Des pratiques de gestion des parasites adaptées contribuent à pérenniser les productions à l’herbe. | © Paysan Breton

« Il existe quatre grands types de parasites liés à l’ingestion de l’herbe : les strongles gastro-intestinaux, les strongles respiratoires, la grande douve du foie et le paramphistome », a détaillé Nadine Ravinet, enseignante-chercheuse à l’École nationale vétérinaire de Nantes, lors du 1er symposium ‘Gestion des parasites’ visant la préservation de la production laitière à l’herbe, organisé par Ceva santé animale et le groupement technique vétérinaire des Pays de la Loire.

Le risque de résistance aux traitements est fort

« Les strongles gastro-intestinaux sont présents partout. Si les mêmes pratiques de traitement sont poursuivies, avec le même médicament, on court à la catastrophe avec l’apparition de résistances aux traitements. » Ces parasites se reproduisent via les jeunes bovins non immunisés qui ingèrent les larves au pâturage. Elles se développent dans leur tube digestif et leurs œufs se retrouvent dans les bouses sur les prairies.

Jouer sur l’immunité

Vincent Legoupil, vétérinaire, invite ses confrères et les éleveurs à davantage jouer sur l’immunité. « En bovin, une fois acquise, elle est pérenne et durable. Il faut un temps de contact, modéré mais régulier, de 8 mois minimum avec les strongles. Les rotations fonctionnent bien pour gérer ces parasites, ainsi que la complémentation au pâturage. Les traitements ne doivent venir qu’après la prévention. »

La gestion de ces strongles en troupeau allaitant est plus facile car les veaux pâturent avec leurs mères. Leur immunité permet de réduire l’excrétion fécale d’œufs et donc de larves sur le pâturage. « Le bilan sanitaire annuel, devenu obligatoire, est le moment idéal pour aborder cette problématique avec les éleveurs », souligne le vétérinaire.

Pour les strongles respiratoires, « la situation est différente. Certains troupeaux n’ont jamais eu de cas de dictyocaulose (bronchite vermineuse) », précise Nadine Ravinet. « En cas d’infestation, les symptômes forts demandent une intervention rapide. La prédiction du risque étant très difficile, on reste plutôt sur une logique curative. » Enfin, la grande douve du foie et le paramphistome sont plutôt associés « à du pâturage en zones humides. »

« Pour agir, les agriculteurs ont besoin de connaissances et d’accompagnement sur ces pratiques complexes à adopter. La réglementation est aussi un levier, Ecoantibio 3 intégrant un volet antiparasitaire », souligne Céline Cotrel, vétérinaire en charge des projets ‘filières ruminants’ pour Ceva France.

Limiter les traitements

Pour préserver l’efficacité des antiparasitaires dans les années à venir, le traitement sélectif des animaux est une voie intéressante, permettant de réduire les populations résistantes. La sélection génétique est une autre piste. « Moins traiter participe aussi au maintien de l’activité biologique dans le sol, car certains antiparasitaires entraînent un rejet important de molécules actives dans les bouses qui peuvent être écotoxiques, en particulier les traitements pour-on (avec du léchage puis relargage par les animaux) », souligne William Perrin, spécialiste des insectes coprophages. Pour un pâturage productif, les bouses doivent pouvoir être détériorées rapidement par ces insectes, afin de réduire les refus.

Changement de pratiques au Gaec de Moussay

« Nous allions avoir des problèmes de santé sur nos animaux qui sortent pâturer », souligne Antoine Pannard, un des associés du Gaec de Moussay à Parné-sur-Roc (53) qui est passé en bio en 2020. Accompagnés par les vétérinaires du cabinet Mainevet (53), les éleveurs ont mis en place une autre approche du parasitisme, visant à développer l’immunité sur leurs génisses. « Nous avons changé de cabinet vétérinaire pour être mieux conseillés. Sur le sanitaire, le parasitisme, les éleveurs ont besoin d’être accompagnés pour élaborer des stratégies. Nous n’avions pas saisi l’enjeu par manque de connaissances. »

Choix des prairies et pâturage dynamique pour les génisses

Aujourd’hui, « lors d’un changement de parcelle, le critère parasitisme est pris en compte », explique l’éleveur. Le gros changement a été de passer les génisses en pâturage tournant dynamique, « plutôt sur des prairies où sont allés des animaux immunisés ou qui ont été fauchées. Il faut qu’elles soient en contact avec les parasites de manière modérée pendant au moins 8 mois. »

En parallèle, des coprocultures sont faites sur les génisses à l’entrée au pâturage, notamment sur celles « dont le tour de poitrine est faible ». Et après la saison de pâturage, à l’entrée dans le bâtiment, le dosage de pepsinogène dans le sang permet de contrôler la maîtrise de l’infestation par les strongles digestifs. Un traitement avec prescription vétérinaire est fait, en cas de besoin uniquement. « Les vaches laitières ne sont plus traitées aujourd’hui grâce à cette approche », souligne le Mayennais.

Agnès Cussonneau

Pourquoi doser le pepsinogène ?

Le dosage de pepsinogène est un bon indicateur de la maîtrise de l’infestation par les strongles digestifs. Il existe, en effet, une corrélation entre le taux de pepsinogène sérique et les lésions de la caillette pour les bovins de 1re année en élevage laitier et de 1re et 2e année en élevage allaitant. En fin de saison de pâturage, des prélèvements sanguins sur cinq animaux d’un même lot (homogène en âge, historique de pâturage, traitement…) permettent d’évaluer la charge parasitaire. En réalisant la moyenne des cinq dosages, il est possible de mesurer l’efficacité des mesures antiparasitaires et de décider de l’éventualité d’un traitement de rentrée.


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