Les jeunes veaux qui doivent encore forger leur immunité sont particulièrement sensibles à l’ambiance du bâtiment. Lorsque l’air se renouvelle mal, l’humidité s’accumule et crée un environnement favorable au développement des agents pathogènes. Les bactéries et virus responsables des troubles respiratoires trouvent alors des conditions propices pour se multiplier et circuler entre les animaux. Pour Bertrand Fagoo, chef de projet bâtiment à l’Institut de l’élevage, la démarche reste la même que pour les bovins adultes : commencer par observer les animaux.
Un système respiratoire encore fragile
Chez les jeunes animaux, les problèmes d’ambiance se traduisent souvent par de la toux, des écoulements nasaux ou une croissance ralentie. Les bâtiments eux-mêmes fournissent également des indices de ces conséquences : condensation, odeur forte ou accumulation d’humidité dans les cases.
Les veaux présentent une sensibilité particulière aux conditions d’ambiance. Leur zone de confort thermique est plus élevée que celle des bovins adultes, autour de 12 à 20 °C en début de vie. Leur système immunitaire étant encore en construction, ils réagissent plus fortement aux variations de température, à l’humidité ou à une mauvaise qualité de l’air.

Lorsque l’air se renouvelle mal, l’humidité s’accumule et favorise le développement des agents pathogènes. Ces pathologies respiratoires représentent aujourd’hui l’un des principaux problèmes sanitaires en élevage de veaux.
La ventilation du bâtiment devient donc un levier majeur de prévention sanitaire. Un bâtiment mal ventilé peut cumuler humidité et refroidissement brutal, notamment lorsque des entrées d’air arrivent directement au niveau des veaux. L’objectif n’est pas de supprimer les entrées d’air, mais de maîtriser la circulation de l’air. Une circulation douce et régulière permet de renouveler l’air sans exposer directement les animaux aux flux froids.
La ventilation, un levier majeur de prévention sanitaire
Dans les bâtiments de veaux, la difficulté consiste souvent à trouver le bon compromis : suffisamment d’air pour assainir l’ambiance, mais sans refroidir les jeunes animaux. Les ouvertures latérales, la hauteur sous plafond et la sortie d’air au faîtage jouent un rôle essentiel.
Observer les animaux et le bâtiment
Améliorer l’ambiance d’un bâtiment ne passe pas toujours par de lourds investissements. « Souvent, les premiers éléments d’amélioration viennent simplement de l’observation », souligne Bertrand Fagoo.
Le comportement des veaux constitue un bon indicateur. Des animaux vifs, qui se lèvent facilement et présentent un poil sec, non piqué, témoignent généralement d’une ambiance correcte. À l’inverse, des veaux qui toussent, respirent vite ou restent prostrés peuvent signaler un air trop humide ou mal renouvelé.
L’état de la litière apporte aussi des informations précieuses. Une paille qui reste humide ou qui se dégrade rapidement révèle souvent un manque de renouvellement d’air ou une mauvaise circulation de celui-ci dans le bâtiment.

Certaines zones peuvent en effet devenir de véritables zones mortes, où l’air circule peu. Cela se produit par exemple dans les angles du bâtiment, derrière des cloisons ou dans des cases mal exposées aux flux d’air.
La conception des logements de veaux joue également un rôle. Dans les niches individuelles comme dans les cases collectives, il est important d’éviter les entrées d’air directes au niveau des animaux tout en maintenant un renouvellement suffisant de l’air au-dessus d’eux.
Dilemme de l’air et de la chaleur
Mais le cahier des charges est complexe : renouveler l’air alors que la quantité de chaleur produite est faible et qu’il faut limiter les vitesses d’air l’hiver. C’est pour cela que les logements avec un abri, une litière abondante et sèche, une bonne orientation et une partie ouverte sont souvent sont plus efficients que des bâtiments fermés pour limiter la contamination entre les veaux. Mais attention, ce qui est un atout l’hiver devient un handicap l’été si les veaux sont exposés au soleil.
À partir de ces observations, plusieurs ajustements simples peuvent déjà améliorer la situation : modifier l’ouverture des façades, supprimer certains obstacles à la circulation de l’air, revoir l’orientation des niches ou adapter la gestion de la litière.
Didier Le Du
Éviter de mélanger les âges en nurserie
La gestion des lots joue un rôle important dans la prévention sanitaire. Idéalement, les veaux doivent être logés dans un bâtiment séparé de celui des vaches, avec une organisation par âge :• Une nurserie pour les veaux de 0 à 3 semaines, période la plus sensible ;• Un second espace indépendant pour les veaux plus âgés.• Isoler les toitures : pour limiter les variations thermiques• Éloigner les veaux des parois froides en aménageant les couloirs de service• Prévoir un curage régulier des cases paillées grâce à des jeux de barrières efficients pour limiter la pression microbienne.• Mélanger des veaux très jeunes avec des animaux de plusieurs mois augmente fortement les risques sanitaires. « Éviter de faire cohabiter des veaux de trois semaines avec des veaux de six mois limite la circulation des agents pathogènes », rappelle Bertrand Fagoo.• Un bon paillage est le préalable à tout.• Bien orientées, isolées du sol, bien paillées : les niches individuelles permettent d’isoler les jeunes veaux des génisses plus âgées.

