Florent Abgrall s’est installé avec son père et son oncle en 2007, avec reprise d’un troupeau de vaches allaitantes, dont beaucoup de croisées, mais aussi 10 vaches et 10 génisses en race limousine. Depuis, son père et son oncle sont partis en retraite, son frère est venu rejoindre l’élevage familial de Lampaul-Guimiliau (29). En 2021, il observe « un premier cas clinique de paratuberculose sur une vache en 2e veau. J’avais déjà observé des problèmes sur le 1er vêlage ». Après cette seconde mise bas, la mère développe « une diarrhée qui ne s’arrêtait plus ». Pour s’en défaire, l’éleveur a rapidement écarté l’animal du troupeau : « Il ne faut pas hésiter à vendre la vache porteuse le plus rapidement possible, même si elle a un veau de 1 ou de 3 mois, car la bactérie responsable reste très longtemps dans les bâtiments et dans les pâtures ». L’exploitation n’engraisse que les femelles, les broutards sont vendus à un voisin. Hors de question désormais de vendre à d’autres éleveurs des femelles en reproduction, pour ne pas les contaminer à leur tour.
Un stress suffit à déclencher la maladie
Dans son organisation, le Gaec fait vêler les vaches vers la mi-août et au tout début du mois de janvier. Le taux de renouvellement est fort (34,5 %). « Cela peut engendrer plus de problèmes pour les vêlages de primipares, mais c’est aussi moins de soucis vétérinaires avec un troupeau jeune et une meilleure valorisation, les ¾ de mes bêtes sont vendus avant 6 ans ». L’âge au 1er vêlage est ici de 34 mois ; le taux de gestation est qualifié de bon, à 86,2 %.

Tests PCR et analyses de sang
Désormais, avant chaque mise à la reproduction des génisses, des tests PCR sont effectués dans les bouses. « En général, la bactérie, présente dans l’intestin, se développe après l’âge de 24 mois. Elle explose en cas de stress, et peut incuber plusieurs années : il suffit d’une sécheresse ou d’un vêlage qui se passe mal pour déclencher la maladie, à un moment où l’animal a une immunité plus faible. La contamination croisée est très forte car les bêtes touchées excrètent beaucoup ». En complément, tous les ans pour déceler les sujets positifs, des prises de sang sont réalisées. D’autres leviers sont actionnés, comme « la mise à disposition de minéraux aux veaux pour qu’ils lèchent moins les barrières, ou encore le fait de chauler ses pâtures : ici les sols sont acides, ce sont des conditions qui plaisent aux bactéries responsables de la maladie ». De cette mauvaise expérience, Florent Abgrall essaie tout de même de tirer des conclusions constructives : « Je sais maintenant et rapidement reconnaître une vache malade. Ici, je pense que la paratuberculose est arrivée avec un taureau porteur : c’est une maladie qui s’achète ». L’élevage n’utilise pas de protocole vaccinal contre ce mal incurable chez les bovins, mais continue son schéma sanitaire avec analyses des bouses et prises de sang pour identifier les animaux positifs avant qu’ils ne développent des cas cliniques.
Fanch Paranthoën
CARTE DE VISITE : • Gaec de Roch Fily ; • 60 mères ; • 285 truies en système naisseur-engraisseur ; • 2 associés ; • 1 salarié.
Des tests sur la génomie
Toutes les races ne sont pas égales face à la paratuberculose, leurs sensibilités peuvent être différentes. En élevage limousin, « dès qu’un animal est positif, le statut de l’élevage se dégrade. Il faut ensuite 5 ans sans animaux positifs pour retrouver un statut indemne ». Au niveau génétique, « des travaux viennent de démarrer pour espérer sélectionner des animaux les moins sensibles. Ainsi, selon les lignées, on pourra à l’avenir déconseiller d’utiliser des taureaux à risque », fait observer l’éleveur. Ces travaux menés par le consortium Paradigm (GDS Grand Ouest, Oniris, INRAe, Eliance, Apis-Gene) vont dans ce sens.
Analyser avant d’acheter
« La première chose à faire pour se prémunir, c’est de faire réaliser des analyses, car s’en défaire est très compliqué », note Pierre Bescou, conseiller bovin à la Chambre d’agriculture. « En élevage allaitant, c’est encore plus compliqué car le veau en tétant peut être contaminé par une mamelle sale, la maladie s’attrape par ingestion. Il existe de nombreux cas asymptomatiques ; dans ce cas, pour des vaches laitières, la production peut chuter de 2 litres par jour, de 7 litres si les symptômes se manifestent. Dès qu’il y a un doute, l’animal doit être mis en quarantaine », conseille-t-il.

