« Nous n’aimons pas voir nos vaches partir à la réforme », souligne Félix Bertot qui s’est installé en 2024 avec son père Thierry et son oncle Yann à Renneville dans l’Eure, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Rouen. La SAU de 164 ha comprend une cinquantaine d’hectares dédiés à l’alimentation du cheptel, dont une bonne partie de pâturage. Le troupeau de 90 vaches laitières en race Prim’Holstein affiche une moyenne d’étable de 10 500 kg.

« Nous estimons qu’on élève une vache pour qu’elle produise du lait et cela depuis longtemps », a souligné Félix Bertot, témoignant lors de la journée de clôture du projet Alonge sur la longévité des vaches laitières, jeudi 19 mars à Paris. « Tant que la vache produit du lait, un lait de qualité, et qu’elle est fécondée, nous la gardons », ajoute son père Thierry dans une vidéo projetée lors de la rencontre. « Nous raisonnons davantage en lait par jour de vie. Si une année une vache a un problème au niveau fécondité, nous lui faisons faire une lactation plus longue, sans la réformer. Nous avons des exemples de vaches qui auraient pu partir à la réforme mais qui sont restées et ont produit plus de 100 000 L de lait. »
Actuellement, l’élevage affiche une moyenne de 3,6 lactations à la réforme pour une production de 40 000 L/VL. « Nos bons résultats économiques nous confortent à continuer dans ce sens. » Le taux de réforme est de 25 %.
Pâturage et génétique au profit de la santé
La santé des vaches compte dans ces performances. Aux yeux de Félix Bertot, « le pâturage joue sur leur bien-être. Lors de la pousse de l’herbe et en été, plus de la moitié de la ration est constituée d’herbe. Nous faisons aussi attention à bien caler la ration de tarissement. On ne les pousse pas non plus trop fortement en production. »
« Nous faisons attention à la génétique, en essayant de maîtriser le format. De plus petites vaches, avec beaucoup de caisse, sont mieux adaptées à notre système de logettes (tapis paillé) et de pâturage. Nous ne recherchons pas des vaches de concours. La production est bonne, nous cherchons désormais à améliorer le côté santé de la mamelle et les pattes », ajoute Félix Bertot. Les éleveurs ont investi dans une cage de parage et se sont formés pour pouvoir intervenir sur leurs animaux. « Nous faisons beaucoup de préventif. »

Les frais vétérinaires à 4,3 €/1 000 L
« Notre bâtiment a 30 ans, il fonctionne bien mais les bétons, qui étaient rainurés, étaient devenus glissants ; nous les avons fait scarifier. À l’avenir, nous allons peut-être investir dans des tapis dans les couloirs, pour améliorer encore le confort des pattes. C’est souvent ce critère qui nous pousse à réformer… »
Au global, les frais vétérinaires sont très restreints sur la ferme, à 4,3 €/1 000 L (la moyenne se situe plutôt à 10 €). « L’an passé, nous n’avons eu qu’une seule fièvre de lait », précise l’éleveur. « Les vieilles vaches ne nous coûtent pas plus cher, elles font peut-être un peu moins de lait… » En outre, « le fait d’avoir moins de veaux à élever réduit aussi la pression sanitaire sur les jeunes animaux. »
S’étant posé la question de la traite robotisée, les associés ont plutôt fait le choix d’une salle de traite neuve. « Nous sommes 3 trayeurs et la traite nous demande 1,5 heure à une personne. Cet équipement reste plus rentable que des robots sur notre exploitation. Et nous n’avons pas envie de rajouter des vaches dans le bâtiment. »
Toutes les femelles génotypées
Côté reproduction, « auparavant, mon père inséminait toutes les génisses en doses sexées et les vaches, en Blanc Bleu, pour des raisons économiques déjà. Le taux de renouvellement avait été abaissé. Mais certaines génisses ne nous plaisaient pas forcément pour conserver leur génétique. Aujourd’hui, des doses sexées sont mises sur environ 90 % des génisses mais aussi sur des vaches, avec un objectif de 20-25 génisses pour le renouvellement. Le reste des femelles est inséminé en Blanc Bleu. Toutes les femelles sont génotypées. Pour les accouplements, nous utilisons l’outil développé par Prim’Holstein France. Nous faisons attention à la consanguinité. »
3,6 lactations à la réforme en moyenne
Parfois, jusqu’à 6 IA sont réalisées sur une femelle, « cela ne nous gêne pas. » Si certains éleveurs refusent d’inséminer des vaches qui ont eu 5 veaux, « pour nous, ce n’est pas un problème. Nous détenons une vingtaine de vaches à 5 lactations et plus. Cette année sans doute, nous allons avoir une dizaine de vaches qui vont dépasser les 100 000 L de production, même si ce n’est pas un objectif. Parfois, nous avons ‘la lactation de trop’. Par exemple, une de nos vaches de 11 ans a fait une hémorragie d’un trayon, mais nous assumons le risque car le gain économique grâce à la réduction du renouvellement est supérieur. »
« Pas de peur de manque de génisses »
Notre objectif de taux de renouvellement est de 20 % ; l’an passé, il est même descendu à 16 %. Manquer de génisses peut être une crainte sur des exploitations. « Si cela nous arrive, on garde des vaches en production un peu plus longtemps, on insémine un peu plus en Prim’Holstein, voire on perd un peu de lait. Nous n’achetons jamais à l’extérieur, pour des raisons sanitaires. »
17 kg/jour de vie
Les associés ne réforment pas non plus les vaches en première lactation sur critère de production. « Nous savons qu’en 2e ou 3e lactation, une vache dépasse les 10 000 kg. » Sur l’élevage, l’excellente performance de longévité se traduit au travers de la production de 17 kg/jour de vie des vaches réformées : un critère qui combine l’âge au premier vêlage (24 mois sur la ferme), la production, le nombre de lactations, l’intervalle vêlage-vêlage.
Agnès Cussonneau
Allonger les lactations
Désormais, « le sujet de l’allongement des lactations nous intéresse pour produire moins de veaux. Mais cela reste un pilotage à l’animal. Certaines de nos vaches, sur 600 jours, ont produit 30 kg/jour de moyenne. Sur une lactation, des vaches ont fourni 20 000 kg. Sur les primipares, on allonge plus facilement la lactation, pour beaucoup jusqu’à 400 jours », ajoute l’agriculteur.La bonne performance économique de l’EARL Bertot est mise en exergue dans les 3 groupes lait auxquels les éleveurs participent, au niveau départemental, régional et national. Lors d’un voyage aux Pays-Bas, Félix Bertot a pu constater la forte hausse du nombre de lactations à la réforme dans ce pays. Ils ont gagné une lactation en 3 ans, passant à environ 4 lactations/vache réformée, notamment du fait des contraintes environnementales et de la pression sociale sur les émissions de GES et le bien-être des animaux.

