Le dôme de chaleur présent sur la région cette semaine aura-t-il des effets sur les grandes cultures ? « Nous n’avons pas forcément la visibilité et les connaissances sur les conséquences, c’est inédit. Cette anomalie de températures très élevées est nouvelle, la fenêtre de vague de chaud vient d’avancer d’un mois, elle courait auparavant de juin à août », selon Iñaki Garcia de Cortazar, agronome et directeur de l’unité Agroclim (Inrae Paca) qui s’exprimait lors d’un point sur la canicule sur les cultures et les élevages, mercredi 27 mai. Un épisode sans précédent donc, avec « des cultures d’hiver en pleine phase de finalisation de maturation de leurs grains. Nous aurons sans doute des récoltes plus précoces », avance comme effet le chercheur, sur des cultures qui, à l’échelle nationale, « ont un cycle déjà avancé ». Si la chaleur s’accompagne d’un déficit hydrométrique, « on peut avoir des transpirations rapides, des assèchements de la plante. Nous savons comment les végétaux réagissent à des fortes températures, mais pas la façon dont cela se traduit au champ ». Ce pic de chaleur aura sans doute également des effets positifs, mais difficiles à quantifier sur le volet sanitaire, car « il peut impacter le développement des maladies, freiner les ravageurs ».
Des œufs plus fragiles
Sur les animaux, dépasser les 30 °C à l’ombre et sous abri a, dans un premier temps, des conséquences directes : « On sait que quand les températures ne descendent pas la nuit, ce sont instantanément 5 % de la production laitière d’une vache de perdu. Au-dessus de 25 °C, une vache est en stress thermique », chiffre David Renaudeau, zootechnicien et chercheur au sein de l’unité Pegase de l’Inrae Bretagne-Normandie. « Le lait est aussi plus riche en protéines et en cellules, la capacité à le transformer est impactée ». Sur les poules pondeuses, canicule rime avec « œufs de plus petits calibres, plus fragiles. La première vague de chaleur est la plus sévère, car en cas de récidive, les animaux ont tendance à avoir mis en place des réponses physiologiques », selon le chercheur. En guise de conseil, il invite les éleveurs de bovins à éviter les moments les plus chauds de la journée pour la distribution de l’alimentation, « car une vache qui s’alimente génère encore plus de chaleur ».
Fanch Paranthoën
Des effets rémanents
Des effets rémanents existent après une période de fortes chaleurs. « Un animal gestant soumis à cette vague peut engendrer un comportement et un métabolisme différent sur sa descendance. Les effets sont compliqués à démontrer, mais les conséquences peuvent aller très loin : une génisse née d’une gestation coïncidant avec cette période pourra potentiellement avoir des problèmes de reproduction. Des travaux ont été menés en porc, montrant des effets rémanents, avec un comportement social perturbé », évoque David Renaudeau.

