Dossier technique

L’analyseur de lait devenu un outil quotidien de la santé mammaire

Gaec de Kerviniour à Ploudaniel (29) - En cas de doute, la réalisation systématique d’analyse de lait permet d’identifier le germe en cause et de cibler le bon traitement mammaire.

Une femme souriante près d'un cornadis autobloquant dans un bâtiment d'élevage abritant de vaches de race Prim'Holstein - Illustration L’analyseur de lait devenu un outil quotidien de la santé mammaire
Nathalie Siou, éleveuse à Ploudaniel (29) | © Paysan Breton - T. Dagorn

Aide précieuse dans la gestion de la santé mammaire, Nathalie et Pierre-Yves Siou utilisent l’analyseur Mastatest depuis deux ans. « Au début, je n’étais pas spécialement motivée pour essayer ce matériel proposé par notre vétérinaire. Mais c’est désormais un outil du quotidien », sourit l’éleveuse. « Grâce à son usage, j’utilise moins de tubes intra-mammaires et il y a beaucoup moins de récidives. En fait, je ne saurais plus traiter une mammite sans ça… »

Un boîtier analyseur d'échantillon avec un écran dans une exploitation agricole
L’analyseur Mastatest est toujours à disposition dans le bureau de l’élevage.

Les robots surveillent la qualité du lait

Depuis l’arrivée des robots de traite en 2020, « il n’y a plus le visuel des premiers jets » pour contrôler le lait. Les mamelles sont sous la surveillance des automates qui « semblent détecter plus tôt ». Dès que Nathalie Siou constate chez une vache une hausse de la conductivité d’un quartier ou du comptage cellulaire, elle commande aussitôt son tri lors du prochain passage par une stalle. « La case d’isolement est équipée d’une cage pour réaliser du parage mais aussi les inséminations, tarissements et traitements… » Là, l’éleveuse réalise un Leucocytest. « Même après une traite, il reste suffisamment de lait pour le faire. » Ce test au plateau (ou CMT) permet de bien identifier le quartier posant question. Puis, avec des gants, après application d’une lavette désinfectante sur le trayon, Nathalie Siou prélève du lait dans un petit tube. Cet échantillon est ensuite réparti dans une cassette présentant 24 petits tubes contenant des réactifs spécifiques.

Une fois refermée, la cassette est placée dans l’analyseur qui sert d’étuve. « Sur le site internet Mastatest, j’enregistre mon analyse en précisant le numéro de l’animal et le quartier concerné – cela permet d’avoir un historique pour chaque vache – puis je lance le test. » L’analyseur est connecté par wifi. Sur l’écran, un décompte apparaît : il faut 21 heures pour obtenir le résultat.

L’analyseur précise le germe à cibler

En attendant, que faire ? « J’avise en fonction de l’état de la vache. » Si elle mange, n’a pas de température et donne le lait attendu au robot, Nathalie Siou a appris à temporiser et attendre le verdict du Mastatest pour démarrer un traitement ciblé. « Par contre, si l’animal a mauvaise tête, de la fièvre, une production de 2 kg au lieu de 20, une mamelle inflammée, j’engage un traitement par précaution car il ne faut pas traîner face à une mammite type colibacillaire. »

Pas de germe détecté, pas de traitement

Au bout de 21 heures, la machine relève les évolutions de couleur des 24 petits tubes de la cassette et les communique à la plateforme en ligne. La vétérinaire de l’élevage reçoit également la réponse. « Le résultat m’indique le type de germe en cause : coliforme, staphylocoque, streptocoque, Gram + ou Gram – par exemple… Quand je connais le germe, en m’appuyant sur les fiches préparées par ma vétérinaire, je sais quelle molécule utiliser en première intention », détaille Nathalie Siou. Si par hasard, un traitement avait été démarré au lancement du test, il peut être réorienté aussitôt en fonction du résultat. « Avant, je serais allée au bout du premier protocole avant de constater l’échec et de passer au second. »

Mieux, certaines alertes ne débouchent plus forcément sur un traitement si aucune bactérie n’est détectée. Parfois, le Mastatest ne révèle rien, comme pour ces deux vaches ayant présenté une montée en cellules sans hausse de conductivité. « Au final, je ne les ai pas traitées et tout est rentré dans l’ordre. Avant, je leur aurais mis des tubes… » Une autre fois, la vétérinaire a orienté l’éleveuse vers une injection intra-musculaire : « Il était inutile de traiter le quartier car nous étions en présence d’une bactérie résistante aux antibiotiques. Et cela s’est arrangé… »

Limiter l’antibiorésistance

En fait, face à un début de mammite, Nathalie Siou travaillait auparavant un peu à l’aveugle. « J’avais un traitement de première intention. Mais parfois le taux cellulaire ne descendait pas ou baissait puis remontait… Alors j’essayais autre chose. Mais on le sait, plus on traîne à soigner, plus les pathogènes s’enkystent dans le tissu mammaire et plus ils sont difficiles à combattre. » Le Mastatest permet de gagner en précision en première intention, en efficacité et en délai de guérison, apprécie la productrice de lait. Elle estime que l’intégration de l’outil lui a permis de progresser et de mieux connaître les germes à mammites. « Enfin, mieux et moins utiliser les molécules est aujourd’hui indispensable au risque d’antibiorésistance. »

Toma Dagorn

10 € l’analyse d’un quartier

Dès qu’elle a « un doute » pour une vache, Nathalie Siou lance un Mastatest. Compter 10 € la cassette d’analyse (au départ, la machine coûte 2 000 € à l’achat). Pour elle, le jeu en vaut largement la chandelle. Le coût du test s’amortit en ciblant tout de suite le bon traitement. « En plus de la perte économique liée au lait séparé non commercialisé, les produits coûtent cher. Quand je tapais à côté en termes de molécule, l’état de la vache risquait de se dégrader, le coût de traitement augmentait avec le second protocole et le délai d’attente était encore rallongé », détaille l’éleveuse. Elle voit d’autres intérêts à traiter moins longtemps et moins souvent : « Mettre des tubes, c’est du temps de travail. C’est aussi un traitement invasif qui est toujours une petite agression pour l’intégrité du sphincter. » Et de terminer : « Nos progrès sur la gestion de la santé mammaire grâce à l’analyseur, c’est positif pour les vaches, pour nous et pour le portefeuille. »


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