Dossier technique

La relation homme-animal bénéfique

En élevage, la relation entre l’éleveur et ses animaux ne relève pas seulement du bien-être ou de l’éthique. Elle peut aussi influencer directement la santé des animaux.

éleveuse des vaches brunes dans un champ à l'ombre d'un arbre - Illustration La relation homme-animal bénéfique
Des études ont montré que l’attitude de l’éleveur impacte les performances des animaux. | © Getty Images

Les travaux menés dans le cadre du projet Rhaporc le montrent clairement : la qualité des interactions entre l’homme et l’animal agit sur le stress, et donc sur la robustesse sanitaire des porcs.

Dans les élevages où les animaux sont habitués à la présence humaine et manipulés calmement, leur niveau de peur diminue. Or la peur et le stress chronique ne sont pas neutres. Chez les porcs comme chez les autres animaux d’élevage, ils affaiblissent les défenses immunitaires et rendent les animaux plus sensibles aux maladies. À l’inverse, des animaux confiants se déplacent plus calmement, se manipulent plus facilement et tolèrent mieux les interventions d’élevage.

Points de repère pour l’éleveur

Les résultats du projet Rhaporc, qui a analysé les pratiques dans plusieurs dizaines d’élevages, montrent également des effets sur les performances. Les truies les moins craintives présentent notamment une mortalité plus faible des porcelets en maternité et un nombre de porcelets sevrés plus élevé. Une moindre tension lors des manipulations ou autour de la mise bas pourrait en partie expliquer ces différences.

La relation homme-animal influence aussi la capacité de l’éleveur à repérer les problèmes sanitaires. Les éleveurs qui entretiennent un contact fréquent avec leurs animaux observent davantage leur comportement et détectent plus rapidement les anomalies : boiteries, blessures, troubles respiratoires ou baisse d’appétit. Cette vigilance permet souvent d’intervenir plus tôt et de limiter l’aggravation des pathologies.

Certaines pratiques simples contribuent à instaurer ce climat de confiance : apprivoiser les cochettes dès leur arrivée, entrer régulièrement dans les cases, manipuler les animaux calmement ou maintenir un contact quotidien. Des gestes qui paraissent anodins mais qui participent à familiariser les porcs avec l’homme.

Didier Le Du

Des mécanismes similaires chez les bovins

Les recherches menées sur les bovins aboutissent à des conclusions très proches. Des travaux conduits dans plusieurs dizaines d’élevages laitiers ont montré que l’attitude de l’éleveur influence directement la réaction des vaches face à l’homme et impacte leurs performances. Dans les troupeaux où les vaches manifestent moins de peur de l’éleveur, la production laitière est plus élevée. La peur de l’homme pourrait expliquer près de 20 % des variations de production observées entre exploitations. Le mécanisme est similaire à celui observé chez le porc : des interactions négatives – gestes brusques, cris ou manipulations stressantes – provoquent une libération d’hormones de stress. À long terme, ce stress chronique peut entraîner une baisse d’immunité, davantage de troubles métaboliques ou de blessures. À l’inverse, des interactions calmes et répétées – parler aux animaux, manipuler doucement, instaurer des routines – réduisent la peur et facilitent les soins. Autrement dit, qu’il s’agisse de porcs ou de bovins, la relation avec l’éleveur ne relève pas seulement du ressenti animal. Elle constitue aussi un levier concret pour améliorer la santé et la robustesse des troupeaux.

Le profil de l’éleveur compte

Les travaux du projet Rhaporc ont mis en évidence un point souvent sous-estimé : la manière dont l’éleveur perçoit ses animaux influence directement la relation homme-animal… et les résultats techniques de l’élevage. Les enquêtes menées dans 52 élevages porcins ont permis d’identifier trois profils d’éleveurs selon leur vision de cette relation.1. La relation homme-animal jugée secondaire Ces éleveurs considèrent surtout leurs porcs comme des animaux de rente. Les contacts physiques sont rares et peu recherchés. Ils estiment généralement que la relation avec l’animal influence peu ses performances ou sa santé.2. Une relation utile pour travailler C’est le profil le plus fréquent. Les éleveurs reconnaissent que leur comportement peut influencer celui des animaux et faciliter le travail quotidien. Mais la relation reste avant tout fonctionnelle, au service de la conduite technique de l’élevage.3. Une relation centrale dans le métier Dans ce profil, souvent qualifié d’“animalier”, l’éleveur accorde une place importante au comportement et aux capacités des animaux. Les pratiques d’apprivoisement sont fréquentes : contact quotidien avec les truies, manipulation calme, observation attentive du troupeau.Les résultats zootechniques confirment l’intérêt de cette approche. Dans les élevages de ce troisième profil, les truies sèvrent davantage de porcelets et les pertes en maternité sont plus faibles. Des animaux plus confiants seraient moins stressés, ce qui favorise la reproduction et la survie des porcelets.


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