Un autovaccin est officiellement défini comme un vaccin inactivé fabriqué pour un élevage précis, à partir de bactéries isolées sur des animaux malades de cet élevage. Dans ce contexte, les germes pathogènes concernés sont exclusivement des bactéries : les autovaccins élaborés à partir de virus ne sont pas autorisés en France. Cette technologie ne date pas d’hier. À Ploufragan, le laboratoire public Labocéa en produit depuis les années 1980 et fait partie des deux structures françaises autorisées à les préparer. « À l’époque, la production des autovaccins n’était pas aussi encadrée qu’aujourd’hui », explique Florence Hérault, responsable de production d’autovaccins chez Labocéa. « La mise en place de bonnes pratiques régissant leur fabrication date de 2008. » Entre 2010 et 2018, leur production est passée de 55 millions à 150 millions de doses. Cet essor s’explique notamment par leur rôle dans la lutte contre l’antibiorésistance, et par leur rapidité de production. « Il faut en moyenne six semaines pour produire un autovaccin destiné aux volailles et aux porcs, et huit semaines pour les ruminants », précise Florence Hérault.
Des cas d’usage encadrés
Bien que leur fabrication soit stricte- ment encadrée, les autovaccins ne peuvent être prescrits que dans des situations précises : lorsqu’aucun vaccin commercial disposant d’une autorisation de mise sur le marché n’existe pour le pathogène ciblé ; en cas d’échec thérapeutique d’un vaccin commercial ; ou encore en cas de rupture de stock. Ils peuvent également être indiqués pour prévenir une maladie émergente. « Ils restent des médicaments de seconde intention », souligne Ingrid Messager, responsable médico-marketing autovaccins.« Dans tous les cas, un autovaccin doit être prescrit et délivré par le vétérinaire de l’élevage. »
Un autovaccin doit être prescrit et délivré par le vétérinaire de l’élevage
Chez les porcs et les volailles – qui représentent 93 % du volume produit par Labocéa – ces médicaments sont principalement utilisés contre des affections digestives, respiratoires ou générales. Moins répandus chez les ruminants (7 % de la production), ils peuvent toutefois jouer un rôle dans la prévention de maladies comme la salmonellose, la colibacillose ou la kératoconjonctivite.
Une fabrication millimétrée
Lorsqu’une maladie se déclare dans un élevage, la première étape consiste à identifier le ou les pathogènes responsables. Le vétérinaire établit d’abord un diagnostic clinique. En cas de mortalité, une autopsie permet d’observer les lésions pathologiques et d’affiner le diagnostic. « Nous pouvons aussi bien recevoir des écouvillons, des organes ou des animaux entiers que nous autopsions dans nos locaux », indique Ingrid Messager. « Une fois le ou les pathogènes identifiés et isolés, le vétérinaire rédige une ordonnance et nous commençons la préparation de l’autovaccin. C’est un vrai médicament sur-mesure, un vaccin à la carte. » La fabrication s’effectue dans un environnement extrêmement contrôlé : matériel stérile, air filtré, manipulation dans des salles en surpression ou en dépression… Rien n’est laissé au hasard. « Une fois l’autovaccin conditionné en flacon, nous vérifions que le pathogène est bien inactivé et que le produit final est parfaitement stérile », conclut Florence Hérault.
Alexis Jamet
* Voir l’article : « Les vaches ont bon pied, bon œil »
Pourquoi les virus sont-ils exclus ?
Contrairement aux bactéries, les virus ont besoin de cellules vivantes pour se multiplier. Leur production nécessite donc des systèmes de culture plus complexes et plus coûteux. Les virus présentent aussi une forte variabilité génétique, avec des mutations rapides susceptibles de modifier leur pouvoir pathogène. Leur manipulation implique également un niveau de confinement renforcé afin de prévenir tout risque de dissémination.

