Dossier technique

Le bolus connecté suit l’état de forme de la vache

Gaec des Charmes, à Plouarzel (29) - Depuis un an, les éleveurs s’appuient sur des capteurs placés dans la panse des animaux pour détecter leurs chaleurs et suivre leur santé.

Une femme entourée de deux hommes dans les logettes d'un élevage laitier - Illustration Le bolus connecté suit l’état de forme de la vache
Camille Chentil, Claudine Quinquis et Sylvain Chentil, les associés du Gaec | © Paysan Breton - T. Dagorn

« En adoptant la solution Smaxtex, la motivation première était d’améliorer la détection des chaleurs chez les génisses », raconte Claudine Quinquis. Différents systèmes existent, mais elle a été séduite par les bolus connectés. « J’aime m’intéresser à ce qui se fait ailleurs, aux innovations à l’étranger. C’est une manière de m’échapper de ma ferme. J’avais remarqué que ces bolus se développaient partout en Europe sauf en France », explique la Finistérienne qui a étudié un an à l’Université de Dronten aux Pays-Bas et passé six mois à la station de recherche de Moorepark en Irlande.

Mesures en continu depuis la panse

Avant d’administrer un bolus à un animal, il faut l’allumer grâce à un aimant. « Il se met alors à clignoter. » Au Gaec, il est posé sur les génisses de 12-13 mois. La batterie de l’objet a actuellement une durée de vie de 4-5 ans. « Si la carrière de la vache s’allonge, le deuxième bolus venant prendre le relais n’est pas facturé. » Depuis la panse, le capteur mesure en continu la rumination, l’activité, la température corporelle… À partir de ces données, le système est capable de détecter une chaleur ou le déclenchement d’un vêlage, de surveiller l’état de santé de l’animal ou d’évaluer la quantité d’eau bue.

Alerte donnée une semaine avant une cétose

Avant l’arrivée au Gaec de cette technologie, la détection des chaleurs était faite à l’œil. « À la traite, nous observions les comportements, les chutes de production… » Mais, comme partout, certains animaux avaient des chaleurs silencieuses. « Et dans une case de génisses, s’il y en a deux en chaleur mais dix qui font les folles, comment savoir lesquelles sont concernées ? » Smaxtex, lui, sait y voir clair.

Aucune chaleur passée sous silence

Au départ, les éleveurs ont voulu tester le système. « Les trois premiers mois, il y a eu le match Smaxtex contre nos yeux… Sur 100 chaleurs qu’il a annoncées, il nous en manquait 20. Soit silencieuses, soit que nous les ayons ratées. Quand nous allions inséminer ces animaux, nous constations effectivement qu’il y avait des glaires… » Le système précise en plus une fenêtre optimale pour inséminer. Claudine Quinquis et Camille Chentil sont ainsi persuadés que l’intervalle vêlage-vêlage (IVV) et le mois moyen de lactation vont se réduire grâce aux bolus.

Chaque capteur mesure sans cesse des données qu’il transmet en temps réel à une plateforme informatique grâce à une antenne dans le bâtiment. « Un système basé sur l’intelligence artificielle recoupe toutes ces informations. » Cela permet de détecter les situations à risque de mammite, de boiterie, de cétose…

Moins de cures de propylène

Dès qu’une alerte « risques de mammite » est donnée, les éleveurs portent une attention particulière à l’animal à la traite suivante. « La détection est très précoce. Souvent un ou deux jours plus tard, il y a des grumeaux dans les premiers jets. » Pour l’instant, l’alerte « boiterie » n’a été reçue qu’une seule fois. « En observant la vache, tout semblait bien aller et je me suis dit que Smaxtex se trompait. Le lendemain, l’animal présentait un panaris et boitait bas. » Le bolus donne aussi l’alerte 15 heures avant un vêlage.

Pour les cétoses, c’est impressionnant, l’alerte est donnée plus d’une semaine avant que le problème ne soit vraiment visible, reprend Claudine Quinquis. « Je démarre alors une cure de propylène-glycol. » Ainsi, la pratique a bien évolué au Gaec. Auparavant, toutes les fraîches vêlées recevaient systématiquement le produit. « En travaillant au cas par cas, j’économise du temps et de l’argent. Une cure, c’est 5 jours d’apport à la drogueuse dans un box de tri après la traite… »

Distribution décalée de la ration

Avec Smaxtex, du jour au lendemain, on se retrouve avec des tonnes d’informations disponibles à interpréter. « J’étais un peu perdue, je ne savais pas par où commencer. » Mais l’équipe du fournisseur effectue un suivi en reprenant tous les cas d’alertes. Ils ont ainsi vite détecté un creux de rumination dans le troupeau la nuit. « En fait, l’auge était vide les dernières heures avant la distribution à 8 h. Depuis, je prépare la mélangeuse le matin pour la distribuer l’après-midi dès qu’il n’y en a plus de disponible », explique Sylvain Chentil. Résultat : les 150 vaches ont toujours accès à la nourriture, elles ingèrent 1 t de MS en plus par jour, produisent plus de lait et la rumination est beaucoup plus stable sur l’écran. « Pour gommer les pics de rumination notés chez les taries, j’apporte désormais l’alimentation tous les jours plutôt que tous les deux jours », confie l’éleveur. « En élevage laitier, quand tout est calé en nutrition, on a déjà fait un grand pas sur la prévention. »

Toma Dagorn

« Moins seul dans le suivi »

Smaxtex communique sur un prix autour de 5 000 € par an (achat des bolus, installation de l’antenne, abonnement mensuel…) pour 100 vaches. « Il est possible d’éteindre un bolus une fois passées les périodes critiques si la vache est à réformer. Sur les vaches à risque en santé mammaire, je le laisse toujours en activité », explique Claudine Quinquis. Pour elle, le retour sur investissement va se faire grâce à l’amélioration des performances de reproduction, l’augmentation de la production, la baisse des frais vétérinaires et l’amélioration de la qualité du lait grâce à des mamelles mieux surveillées à distance. « Smaxtex renforce l’œil de l’éleveur. Même si le système nous envoie beaucoup de messages par SMS, il nous enlève de la charge mentale : on se sent moins seuls dans le suivi du troupeau. »


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Fermer l'écran superposé de recherche

Rechercher un article