Bien avant l’Europe, qui légifère en 2006, la France s’est engagée dès les années 80 dans la lutte contre les salmonelles en élevage de poules pondeuses. Le dispositif repose sur des contrôles stricts, plus contraignants qu’au niveau européen, avec prélèvements réguliers et abattage des troupeaux en cas de positivité.
Jusqu’en 2023, seuls les vaccins inactivés pouvaient être utilisés en France, protégeant les animaux à partir de 14 à 16 semaines d’âge. Avec ces mesures, la prévalence* est passée de 8 % en 2005 à moins de 2 %, seuil maximal pour bénéficier d’indemnisations européennes. Mais depuis 2020, la prévalence est remontée au-dessus de 2 %.
En 2024, 124 cas de Salmonella Enteritidis et 51 cas de Salmonella Typhimurium ont été recensés en élevages de pondeuses en France. Ces deux souches sont à l’origine de la plupart des cas de salmonellose chez l’homme.

Le modèle britannique en référence
À l’inverse, la Grande-Bretagne a profondément réorganisé sa filière après la crise de 1988. En s’appuyant sur une stratégie globale, formalisée dans le « Lion Code », elle a rendu obligatoire la vaccination contre Salmonella Enteritidis dans un premier temps puis contre Salmonella Enteritidis et Salmonella Typhimurium depuis 2013. La quasi-totalité des poulettes sont vaccinées avec des vaccins vivants. Ce code impose aussi un contrôle strict des facteurs de risque : la biosécurité, la lutte contre les rongeurs et la qualité de vaccination font l’objet d’audits externes poussés.
Résultat : une prévalence maintenue sous 0,5 % depuis 2010. Sur la même période, un seul troupeau de poulettes a été détecté positif, contre environ 200 en France.
« C’est un modèle à suivre, d’autant plus avec l’autorisation du vaccin vivant en France depuis 3 ans », souligne Anne-Christine Lefort, vétérinaire responsable technique Volailles chez Élanco.
Des résultats terrain encourageants
Depuis 2023, environ 60 millions de poulettes ont été vaccinées avec un vaccin vivant bivalent en France. Sur ces lots, la prévalence chute à 0,3 %, contre 2,7 % en moyenne nationale.
La première administration intervient dès les premiers jours de vie, via l’eau de boisson. La solution vaccinale est associée à un colorant bleu, utile à la fois pour protéger le vaccin du chlore et pour vérifier sa bonne ingestion par les animaux. Autre atout : la possibilité de détecter rapidement la prise vaccinale en recherchant les souches dans les fientes ou par pédichiffonnettes, dès 48 heures après la première vaccination.
Deux rappels sont réalisés à 6-8 semaines puis à 16 semaines. Depuis 2026, un rappel peut être effectué pendant la période de ponte vers 50 semaines, prolongeant la protection jusqu’à 100 semaines contre S. Enteritidis et 94 semaines contre S. Typhimurium. Un levier intéressant pour renforcer la protection des poules, a fortiori dans un contexte de tension sur le marché.
« Mais la vaccination à elle seule ne suffit pas. Il convient aussi de prendre en compte et de limiter tous les facteurs de risques, à l’instar de l’approche globale britannique », insiste-t-elle.
La modification parue le 19 février 2026 de l’arrêté du 27 février 2023 tend à inciter les éleveurs à vacciner, en assouplissant les prélèvements de poussières obligatoires, pour les lots recevant des poulettes vaccinées selon les recommandations du fabricant, 2 injections de vaccin inactivé ou 3 administrations de vaccin vivant dans l’eau de boisson.
Carole David
* Prévalence : nombre d’élevages positifs sur nombre d’élevages étudiés
Une transmission majoritairement via l’œuf
Les salmonelles, bactéries pathogènes intracellulaires, appartenant à la famille des entérobactéries, se diffusent par l’environnement (poussières, rongeurs, matériel). Asymptomatiques chez la poule, elles colonisent l’intestin puis les organes internes avant d’être excrétées.Deuxième zoonose en Europe, elles sont responsables de nombreuses toxi-infections alimentaires. Près de 45 % des cas humains sont liés à des produits issus de la volaille.
Une immunité locale et systémique
Le vaccin vivant agit différemment d’un vaccin inactivé. Administré précocement, via l’eau de boisson, il stimule à la fois une immunité locale et systémique.Au niveau intestinal, les souches vaccinales occupent les sites d’adhésion et empêchent les bactéries sauvages de s’installer. Elles induisent également la production d’immunoglobulines sécrétoires, bloquant l’entrée des pathogènes dans l’intestin.En parallèle, la réponse cellulaire mobilise les lymphocytes T, capables de réagir rapidement en cas de contamination.Un vaccin inactivé est quant à lui injecté ; les salmonelles seront neutralisées dans le système sanguin. Il peut être administré au plus tôt à partir de 6 semaines et en pratique la première injection a lieu à 10-12 semaines d’âge. L’immunité ne s’acquiert qu’après la deuxième dose, soit en théorie à partir de 14 semaines d’âge et en pratique vers 18 semaines d’âge.
La biosécurité reste incontournable
Pour autant, la vaccination ne suffit pas à elle seule. Les audits terrain mettent en évidence plusieurs facteurs de risque persistants : gestion insuffisante des rongeurs (nombre insuffisant de passages du dératiseur, pas assez de réapprovisionnement en produit, mauvais placement des boîtes…) ; respect incomplet des bonnes pratiques de biosécurité au passage du sas (lavage des mains, changement de tenue, port de la charlotte…) ; matériel partagé pas systématiquement nettoyé ou désinfecté ; manque de formation des intervenants extérieurs (camions d’aliment, électricien, livreur de gaz…).
Le nettoyage au vide sanitaire reste perfectible, notamment le trempage pour éliminer les matières organiques, tout comme le stockage du petit matériel désinfecté à l’abri des rongeurs et des volatiles pour éviter une recontamination.

