Paimpont (35)
Tout n’était que « ruines et ronces » quand Patrick de la Paumelière a commencé à s’investir dans le site historique des Forges de Paimpont appartenant à sa famille, avec sa femme Agnès. L’ensemble était protégé par l’État au titre des Monuments historiques depuis 2001, mais « l’histoire locale avait été oubliée », déclare-t-il. Seule la chanson ‘Les filles des forges’ était restée dans la mémoire collective.
Trois siècles d’histoire industrielle
« Nous avons commencé par débroussailler, découvrant quelques cailloux, demandant des informations à des professeurs, des historiens… ». Depuis, de nombreux aménagements et rénovations ont été réalisés accompagnés par l’État, la Région Bretagne et le Conseil général d’Ille-et-Vilaine, redonnant sa splendeur au lieu. Et l’histoire est désormais racontée aux visiteurs par le couple sous des angles historiques, territoriaux, sociaux ou techniques, selon les groupes et les questions. Dans les anciens logements des ouvriers, des maquettes permettent aussi de bien comprendre le fonctionnement des forges.

Au plus près des ressources
Ce n’est pas un hasard si les Forges de Paimpont ont été installées dans ce lieu. « Il y avait à proximité un minerai de très bonne qualité, riche en fer. La forêt fournissait le combustible : du charbon de bois fabriqué par des charbonniers. Et un réseau hydraulique avait été mis en place par des moines dès le Ve siècle : sept étangs sont reliés entre eux par des rigoles et aboutissent à l’étang des Forges. L’eau générait de l’énergie », détaille Agnès de la Paumelière qui ne manque pas d’anecdotes pour faire revivre chaque époque. Dans les anciens logements des ouvriers, des maquettes permettent de bien comprendre le fonctionnement des forges, créées en 1653 derrière une digue.

Matériel militaire, outils agricoles…
« La mise en place d’un haut fourneau au charbon de bois et d’un atelier d’affinage, participe à la première révolution industrielle. Après passage dans le haut-fourneau, on obtient de la fonte qui contient encore beaucoup de carbone, dure mais cassante. Elle est chauffée une 2e fois pour obtenir le fer. » Au cours du XVIIIe siècle, les forges prospèrent, fabriquant des objets tels que des outils agricoles, des plaques de cheminées, des clous mais aussi du matériel militaire. « Le site devient un village industriel. Les logements d’ouvriers et la maison du maître des forges sont accolés à la digue, orientés au sud pour être chauffés par le soleil. Jusqu’à 350 personnes viennent travailler ici chaque jour. Il y a aussi une chapelle, un jardin potager, un verger, une cidrerie… »

Arrivée des techniques anglaises
Au cours du XVIIIe siècle, la métallurgie anglaise prend de l’avance grâce à l’utilisation du coke (combustible obtenu à partir de la houille, un charbon minéral, qui permet d’utiliser moins de bois) et du puddlage : la fonte est chauffée dans un four spécial et remuée avec une longue barre métallique. Pour rester compétitives, les Forges de Paimpont se modernisent à partir de 1819 avec l’arrivée des techniques anglaises.
Le Gouvernement de Louis XVIII décide de moderniser 14 forges pour les passer du charbon de bois au coke, dont deux en Bretagne (Basse Indre et Paimpont). Une fonderie, un laminoir et deux nouveaux hauts-fourneaux sont bâtis à Paimpont. Le laminoir permet de produire plus efficacement des pièces métalliques standardisées : barres de fer, plaques métalliques, rails, éléments pour machines et outils agricoles. Cela représente un grand progrès par rapport au forgeage manuel au marteau.
Apogée au milieu du XIXe s puis concurrence aiguë
Le milieu du XIXe siècle marque l’apogée du site. La production augmente fortement et les forges fournissent les arsenaux militaires, les infrastructures ferroviaires et l’agriculture régionale. Puis, avec le Traité de Paris en 1861, cette industrie subit une concurrence acharnée. Les hauts-fourneaux sont arrêtés en 1884. « Le laminoir et la fonderie ont continué à fonctionner sous forme d’atelier de construction mécanique et agricole en achetant de la fonte et du fer sur les marchés extérieurs jusqu’en 1954, date où les forges ferment définitivement », relate Patrick de la Paumelière.
Agnès Cussonneau
En savoir plus : Pour information et horaires des visites, voir le site
La fonderie inaugurée en avril
La dernière étape a été l’inauguration en avril dernier de la fonderie datant de 1819, nouvellement restaurée. Sur 8 ans, le bâtiment a retrouvé sa charpente, sa toiture, sa grande cheminée et sa grue de coulée qui permettait de placer le fer liquide dans des moules. « Nous nous sommes appuyés sur les plans des archives de Paris pour cette restauration », explique Agnès de la Paumelière. Le laminoir a aussi été restauré entièrement à partir de 2005 et permet d’accueillir aujourd’hui des évènements professionnels ou privés (mariages…) dans une grande salle avec parquet.

