Avec la multiplication des vagues de chaleur et l’intensification des périodes de sécheresse, la logique des producteurs d’eau potable évolue significativement. Ils tiennent désormais à intervenir le plus en amont possible en travaillant avec les agriculteurs à l’élaboration d’une conduite durable de leur parcellaire adaptée à un nouvel objectif : préserver la ressource en termes de quantité. « Outre la sobriété des usages, souligne Pascal Renault, directeur du Syndicat mixte Arguenon-Penthièvre (SMAP), les deux principaux leviers dont nous disposons pour agir sur ce point sont la protection des zones humides jouant le rôle d’éponge et l’entretien des haies bocagères qui limitent le ruissellement. Sur le haut de notre bassin versant, un tiers des agriculteurs sollicités a accepté le partenariat proposé ».
« Un tiers des agriculteurs sollicités a accepté le partenariat proposé »
Au-delà de la compensation financière (lire repères) versée à chaque exploitation en fonction des surfaces et des haies concernées, le succès du dispositif à long terme dépendra assurément de la capacité des acteurs à installer un fonctionnement efficace et cohérent économiquement.
« Ça conforte »
En témoigne Guillaume Bizette, responsable cultures et couverts végétaux au sein du Gaec de la Peyrouse à Jugon-les-Lacs. Le jeune éleveur croit à la pertinence de ce PSE : « On est cinq associés, répartis sur deux ateliers : lait et porc naisseur-engraisseur. Je me suis installé en janvier 2025, prenant la suite d’un associé déjà intégré au groupe de travail établi par le SMAP. Les zones humides ont toute leur place dans notre système. L’été, les génisses pâturent une vingtaine d’hectares de prairies naturelles situées le long de l’Arguenon. À cinq, on est assez nombreux pour consacrer du temps à ces parcelles (déplacer les bêtes, entretenir les clôtures, débroussailler, y apporter de l’eau…). Être rémunéré pour cela nous conforte dans le choix d’avoir gardé des laitières. Ce PSE encourage la conservation des prairies. Sans cela, on pourrait finir par garder nos génisses sous le hangar… ».
Valeur d’exemple
Accompagné par Breizh Bocage, ce Gaec a déjà planté plusieurs kilomètres de haies : « Mais il arrive un moment où elles deviennent gênantes pour le passage des engins et doivent être entretenues ». Ce que proposent ces PSE est d’aider les agriculteurs à établir un système d’entretien pérenne sur l’ensemble de leur bocage. « Je ne suis pas un partisan du lamier, précise Guillaume Bizette, je préfère émonder mes chênes à la tronçonneuse ». En complément, il travaille avec la SCIC Bois et Énergie du Pays de Rance (Société coopérative à intérêt collectif). Elle lui débite les branches émondées ou taille ses haies de saules. À la SCIC ensuite de valoriser le bois sous forme de paillage ou de plaquettes destinées à des chaudières collectives. Le Gaec, lui, touche une rétribution si les ventes de bois couvrent le coût des chantiers réalisés.
« Sur ces PSE, il y a vraiment eu co-construction avec les agriculteurs, conclut Guillaume Bizette. Ce qu’on essaie de mettre en place doit faire figure d’exemple pour qu’un maximum de gars fassent l’effort, avec l’objectif commun d’avoir une eau de qualité en quantité suffisante ».
Pierre-Yves Jouyaux
Contact : Pascal Renault – Syndicat mixte Arguenon Penthièvre – SMAP – 02 96 84 49 10.
Bocage : la clé de l’entretien
« Avant l’été 2022 qui nous a alertés sur un risque réel de pénurie, on se préoccupait avant tout de la qualité de l’eau, explique Pascal Renault, directeur du SMAP. Aujourd’hui, il faut aussi agir en amont pour préserver la ressource. Bien sûr, nous continuons d’accompagner les agriculteurs vers une réduction des phytosanitaires, cela dit, pour garder l’eau dans les sols, nous avons fait le choix des zones humides et du bocage ». Le technicien insiste sur l’entretien des haies : « Les planter, ça, on sait faire, mais ce qui préoccupe les agriculteurs, c’est l’entretien. On souhaite faire du bocage un facteur de recettes plutôt que de dépenses. Comment ? En les accompagnant au mieux pour gérer les haies durablement. Cela passe par la remise en cause d’un entretien au lamier qui dégage ce qui gêne, sans valoriser la taille. Mieux vaut s’orienter vers un espacement des interventions et entrer dans une logique de régénération des haies. Il faut qu’une routine vertueuse puisse s’installer chez les exploitants et que la gestion durable du bois s’inscrive dans leur planning à l’année. Ils peuvent valoriser leurs tailles en bois de chauffage ou en paillage. À nous d’inciter les acheteurs potentiels (collectivités) à se fournir prioritairement en bois provenant de ces haies bocagères qui, au préalable, auront été certifiées en conduite durable. À l’avenir, cette certification devrait aussi servir de base à la rémunération de la tonne de carbone stockée ».

