Plus difficile de réussir le désherbage

À Jugon-les-Lacs (22), Mickaël Cardin a recours depuis des années au désherbage mécanique sur maïs. Cette année, en partenariat avec la Chambre d’agriculture, il mène un essai de faux semis et semis décalé à découvrir le 11 juin.

Trois hommes vérifient l'état du sol pour ajuster le réglage d'une roto-étrille tirée par un tracteur - Illustration Plus difficile de réussir le désherbage
Cédric Moisan (chauffeur de la Cuma), David Bouvier (Chambre d'agriculture) 
et Mickaël Cardin observent le travail pour ajuster les réglages de la roto-étrille. | © Paysan Breton - T. Dagorn

« Entre le retrait de molécules, des enjeux de qualité de l’eau de plus en plus forts et un développement des résistances chez les adventices et pas seulement chez les ray-grass, il est de plus en plus difficile de réussir le désherbage », démarre David Bouvier, conseiller Agronomie à la Chambre d’agriculture de Bretagne. « Dans certaines situations, les solutions jusque-là éprouvées ne suffiront plus. Il devient nécessaire voire prioritaire de réduire au préalable la pression des adventices en mobilisant des leviers agronomiques tels que les rotations, le travail du sol, l’implantation et la limitation des apports extérieurs. »

Faux semis et décalage de date de semis

Depuis deux ans, la Chambre d’agriculture parle de « désherbage durable visant à caractériser la flore adventice, réduire sa pression et désherber efficacement » et propose des accompagnements. Elle mène en parallèle des essais sur un réseau de 12 parcelles (maïs, haricot, céréales) avec évaluation de leviers agronomiques, testés seuls (roulé / pas roulé, faux-semis ou pas, labour ou pas, décalage de date de semis…) ou en combinaison. Comme chez Mickaël Cardin (150 truies naisseur- engraisseur, 110 ha de SAU dont 30 ha de maïs) à Jugon-les-Lacs (22) dont la SAU est engagée dans un contrat de Paiement pour services environnementaux (PSE) avec un objectif sans herbicides cette année sur une parcelle test de 3 ha.

Réduire au préalable la pression des adventices

« Sur les deux bandes extérieures de la parcelle, j’ai mené la culture à ma façon : une préparation du sol suivie d’un passage combiné de herse rotative-semoir. Puis je vise un passage de roto-étrille six jours plus tard quand la météo le permet », explique le Costamoricain. Deux bandes d’essai sont intercalées. « L’une avec une préparation à la herse rotative et rouleau et l’autre au vibro et rouleau pour réduire les coûts. Le semis a alors été retardé de 8 jours en faveur d’une levée plus rapide et d’un maïs plus vigoureux. Il a été suivi dans la foulée d’un passage de roto-étrille », détaille David Bouvier. « Nous combinons donc ici un faux semis et un décalage de date de semis. » Un vol de drone répertorie ensuite la densité des adventices pour mesurer l’efficacité des leviers agronomiques mis en œuvre.

30 à 70 min/ha de travail en plus avec faux semis

Ces travaux sont à découvrir, jeudi 11 juin, à l’occasion d’une visite de parcelle et d’une démonstration de désherbage mécanique. D’ores et déjà, un chiffrage des différentes modalités a été réalisé. La préparation habituelle de Mickaël Cardin représente un travail de 1 h 27 min/ha pour une consommation de 44 L/ha soit un coût estimé de 108 €/ha (hors main-d’œuvre). « Avec faux semis à la herse rotative, cela grimpe à 2 h 36 min/ha, 62 L/ha et 191 €/ha. Avec faux semis au vibro, c’est 2 h 8 min/ha, 52 L/ha et 158 €/ha », a estimé David Bouvier. L’itinéraire faux semis au vibro par exemple augmente le coût de préparation du sol de 45 % de 108 € à 158 € par hectare par rapport à la pratique habituelle. « Mais cela est à relativiser puisque qu’au final, cela ne représente qu’une augmentation de 5 % des charges du coût de production global d’un maïs. Une amélioration du rendement par cette approche de 2 ou 3 q/ha suffirait à couvrir l’investissement tout en apportant un bénéfice à plus long terme sur la gestion des adventices. »

Toma Dagorn

Outils et robots en démonstration

En juin, la Chambre d’agriculture propose des démonstrations (gratuit, fléchage depuis le bourg).

• Mardi 9 juin, à 14 h, lieu-dit Les Beaux Chênes à Bédée (35) : démonstration d’outils de désherbage mécanique (dont le robot Cyclair en inter et intra-rang). Contact : 06 49 81 42 83

• Jeudi 11 juin, à 14 h, lieu-dit Saint-Igneuc à Jugon-les-Lacs : démonstration de désherbage mécanique sur maïs, évaluation des leviers agronomiques (faux semis, semis décalé). Contact : 06 30 12 42 42

• Jeudi 25 juin, lieu-dit Coat Moualch à Cléder (29) : avec la FRCuma, démonstration de pulvérisation de précision et robots de désherbage mécanique ou électrique sur légumes (carottes, salades). Contact : 06 73 19 61 69


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