En 2021, les associés ont monté un bâtiment portant 7 000 m2 de toiture photovoltaïque (1 440 kWc, 100 % en revente). « Nous l’avons fait le plus grand possible, à 35 m de la rivière et 100 m de la première habitation », explique Pierre-Marie Peran. « Nous avions un souci de place pour loger nos 240 vaches dans une étable des années 70 déjà rallongée. Les génisses étaient disséminées sur d’autres sites. La priorité était de rassembler tous les animaux sous le même toit pour produire du lait dans un bâtiment qui se paie tout seul grâce au solaire. »
Produire du lait sous un bâtiment qui se paie tout seul
Les animaux n’y sont entrés que début mars 2026. « Comme nous lancions aussi une unité de méthanisation, nous n’avons pas pu tout financer à la fois et patienté avant d’investir dans l’aménagement : logettes, équipements, robots de traite neufs… » La traite automatisée avait déjà été adoptée dès 2014 avec l’installation de trois robots alors que les associés ont trait manuellement jusqu’à 160 vaches. L’achat de droits à produire en 2015 a vu le cheptel grimper à 240 laitières et l’arrivée d’une 4e stalle.

Entrée du troupeau en deux fois
Pour accompagner le changement de bâtiment, l’équipe a fait appel à Denis Denion, consultant robot chez Seenovia. « Grâce à lui, nous avons mieux organisé la mise en route », rapporte Pierre-Marie Peran. D’abord, tout l’effectif n’a pas déménagé en même temps. « Seules 140 vaches ont démarré dans la nouvelle étable sur quatre robots Lely A5 Next : le lot d’animaux qui était en conduite dirigée auparavant et les primipares. » Ce groupe a eu cinq jours pour prendre ses repères avant l’arrivée des 100 autres vaches. « Cette intégration progressive a bien fonctionné. Dès le premier week-end, matin et soir, nous n’allions chercher que 15 animaux en retard à la traite. C’était déjà moins que dans l’ancien bâtiment. » Autre précaution, pendant trois semaines, le troupeau a reçu les mêmes rations à l’auge et complémentation aux robots pour « éviter toute transition pouvant rajouter du stress à celui du changement d’environnement ». Seul l’apport de bicarbonate a été doublé sur cette période, à 200 g / VL / jour. Enfin, sur les recommandations du conseiller, « pendant cette phase pouvant être synonyme de baisse d’immunité et d’augmentation du risque de mammites », les éleveurs ont été « très pointilleux » sur l’hygiène et le fonctionnement des automates. « Tous les jours, nous avons relevé le pH des brosses de nettoyage des trayons, vérifié l’arrivée du peroxyde, contrôlé la qualité de la désinfection des manchons – pression, fuite de vapeur… – par le système Pura. »

Installation des 5e et 6e robots de traite cet été
Ce démarrage réussi, Denis Denion repasse désormais avec l’objectif d’aller « chercher de la performance humaine et animale ». Pour Pierre-Marie Peran, la productivité humaine correspond à « la rentabilité ramenée à l’UTH et au nombre d’heures travaillées ». Sur le troupeau, il mesure déjà le chemin parcouru : « Après un mois dans la stabulation, le niveau d’étable avait grimpé de 3 kg. Les primipares dans un même lot désormais, sur deux robots, ne subissent plus la même concurrence et expriment mieux leur potentiel dès la première lactation : leur production moyenne est passée de 23 kg à 25,5 kg / jour. » La fréquence de traite a progressé de 2,6 traites à 2,9 traites / VL / jour et le niveau de production global de 29 – 30 kg de lait à 32 – 33 kg / VL / jour. « Les animaux circulent mieux et il y a moins de retard. » Le volume de lait livré par les 240 vaches en production devrait ainsi grimper de 2,4 millions à 2,8 millions litres par an.
En juillet 2026, les 5e et 6e robots ont été installés. En septembre, le troupeau comptera 315 vaches en lactation grâce à l’intégration de primipares élevées en prévision. Objectif : livrer à terme 4,2 millions de litres de lait avec le même volume horaire et humain engagé (3 associés, 2 salariés, 1 apprenti). En parallèle, la longévité des animaux sera ciblée. « Jusqu’à aujourd’hui, les primipares ont eu tendance à pousser les multipares dehors. Le taux de réforme est de 35 % actuellement. Mais nous voulons faire vieillir davantage dans cet environnement plus confortable pour viser un taux de renouvellement de 25 % demain, augmenter la part de croisement industriel et réduire le nombre de jeunes à élever. Cela devrait aussi permettre de diminuer nos surfaces fourragères en donnant l’opportunité d’allonger nos rotations. »

Offrir du confort aux animaux
Dans l’enceinte, les Morbihannais ont en effet soigné le confort des vaches qui ont longtemps manqué de places de couchage, de places à l’auge et d’abreuvoirs. Désormais, les 240 Pie Rouge à la traite bénéficient de 242 logettes (avec barre au garrot cintrée pour faciliter le relever). Les 2 cm de matelas ont laissé place à un substrat plus moelleux : de la paille broyée (apport deux fois par semaine à la calibreuse – pailleuse) au-dessus d’un lit de sable de 10 cm contenu par des plaques de stabilisateurs. « Les vaches sont très propres. Les gros jarrets et les zones dépilées ont disparu. Mais il nous faut affiner les réglages des logettes afin de limiter le travail d’entretien. » Côté table d’alimentation, des barres au garrot « facilitent et optimisent » l’accès à la nourriture. « Et grâce aux tapis sur les aires d’exercice, nous redécouvrons un troupeau en termes de locomotion. Fini les pertes pour boiteries et glissades qui étaient la première cause de réforme avant. »


Les associés ont choisi un bâtiment tout ouvert pour s’assurer d’une bonne ventilation. « Il n’y a que 10 jours par an de tempête et grosses pluies. Au besoin, en fonction du ressenti après le premier hiver, nous pourrons barder le pignon ouest. » En sus, des ventilateurs ont été installés d’emblée. « Même si les panneaux photovoltaïques jouent le rôle d’isolant en toiture, 400 animaux sous le même toit produisent une grosse quantité de chaleur. Nous sommes aussi convaincus que nous aurons des épisodes de canicule plus nombreux. Ce choix technique – grande ouverture et ventilation mécanique – semble payant : lors de la vague de chaleur fin mai, nous avons perdu 1 kg de lait / VL / jour contre 8 kg chez le voisin. »


Un week-end sur quatre d’astreinte
La vie des éleveurs a également changé. Dans le vieux bâtiment, il fallait compter quatre heures par jour de nettoyage pour entretenir à la main les logettes et l’aire d’attente ou raboter au tracteur les aires d’exercice. « Notre bâtiment a été pensé pour les robots aspirateurs de lisier : plain-pied, grands couloirs, limitation des recoins susceptibles de se salir… Aujourd’hui, il ne reste plus que l’entretien des logettes qui demande une heure par jour. » Un circuit d’apprentissage au robot a aussi été prévu : les primipares débutent leur lactation dans un espace privatif aménagé de 12 logettes. « Quand elles ont montré trois jours consécutifs d’autonomie pour passer par la stalle, elles sont transférées dans le grand lot. Ainsi, l’apprentissage à la traite automatisée ne demande plus qu’une semaine contre deux à trois semaines auparavant. » À l’arrivée, le transfert du cheptel permet d’économiser l’équivalent d’un temps plein, estime Pierre-Marie Peran. « En matière de management humain, c’est un très gros progrès. Avant, nous devions être deux à assurer l’astreinte des week-ends. Depuis mi-mars, une seule personne suffit pour suivre les vaches, les veaux et la méthanisation. En tant qu’éleveur laitier, je ne travaille plus qu’un week-end sur quatre », apprécie le Morbihannais.
Toma Dagorn
Boucles de monitoring
Avec l’entrée dans le bâtiment, les associés ont adopté des boucles de monitoring (SenseHub) qui suivent l’activité (chaleur), l’ingestion et la rumination des animaux. « C’est un système simple et fiable. Il détecte des chaleurs que je ne voyais pas à l’œil avant. J’ai aussi sauvé des vaches en mammite colibacillaire grâce une alerte très précoce sur l’état de santé. »
Une eau traitée de qualité
« Pour une question de qualité d’eau, les deux dernières années, nous avions abandonné l’usage de notre forage pour repasser sur l’eau du réseau. Cela nous coûtait 1 600 € par mois. Mais sur cette période, nous n’avons plus connu aucune mammite colibacillaire, une pathologie dont chaque cas coûte cher », rapporte Pierre-Marie Peran. Le nouveau bâtiment a été l’occasion d’investir 54 000 € dans un système de traitement (déferrisation, démanganisation, chloration…) : « Notre forage est très rarement à sec. Nous voulions valoriser à nouveau cette eau sous nos pieds. En moins de quatre ans, l’investissement sera rentabilisé. »

