Titulaire d’un master en biotechnologie et ancien cadre chez d’aucy, Thomas Clivio a tout repris à zéro en 2021. À 39 ans, après une formation BPREA et des stages en élevage, il s’installe à Locqueltas (56) avec 280 chèvres alpines sur 21 ha de SAU, complétés par 10 ha d’herbe achetés sur pied. Le bâtiment, construit la même année, est organisé en espaces bien séparés par catégorie d’âge, avec aire bétonnée facilitant l’alimentation motorisée et le paillage. La salle de traite, en 2 × 24 places avec sortie rapide par l’avant et décrochage automatique, garantit fluidité et confort de travail. La traite dure 1 h 10 le matin et 1 h le soir.

Une mécanisation assumée dès l’installation
Transpalette électrique, repousse-fourrage, distributeur automatique de concentrés : tout a été mécanisé d’emblée, pour un surcoût d’environ 37 000 €. « Cela a tendu la trésorerie les deux premières années, mais je ne le regrette pas. Je le conseille même aux futurs installés, pour le confort de travail », note l’éleveur. L’alimentation, en ration sèche, repose sur des foins de fétuque, ray-grass hybride ou luzerne, tous sont analysés. Le meilleur foin est réservé au pic de lactation et à la préparation à la mise bas. Trois types de concentrés complètent la ration selon le lot.
Cette année, un essai de doublement de la dose de levures dans l’aliment (de 1 à 2 g/kg) a montré des résultats prometteurs : + 0,2 à + 0,4 kg de lait par chèvre et par jour, avec une ingestion supplémentaire de 150 g de foin. Le gain économique est estimé à 10 000 €/an pour 250 chèvres, pour un coût de seulement 2 centimes par chèvre et par jour. « L’impact est d’autant plus fort en début de lactation, sur des animaux jeunes qui ingèrent beaucoup de fourrages sans les valoriser pleinement. »
Le million de cellules comme ligne rouge
La rigueur sanitaire est au cœur du système. L’ hygiène aussi. Tous les faisceaux sont désinfectés entre chaque chèvre à l’acide acétique et peroxyde d’hydrogène dilués, et un désinfectant à base d’acide lactique et glycolique est pulvérisé sur les trayons après chaque traite. L’eau de boisson, issue d’un forage, est chlorée pour éliminer tout risque infectieux par cette voie. « Je me suis fixé un seuil à 1 million de cellules dès mon installation et je m’y tiens. » Ce pilotage rigoureux lui vaut une bonification de 10 €/1 000 litres depuis son début de carrière en tant que chevrier. Le prix de base du lait varie entre 822 et 979 €/1 000 litres selon les périodes.

La génétique, levier central du progrès
Le troupeau est géré en quatre lots : primipares, meilleures productrices mises à l’IA, lot en saillie naturelle, et un quart en lactation longue. Les mises bas sont groupées en septembre (désaisonnement 100 %), avec un taux de réussite à l’insémination artificielle de 77 %, sur une seule IA en chèvre. Le profil de sélection retenu est assez complet. Il combine ICC (index de synthèse), IPC (production) et IRC (morphologie). Les taux, déjà élevés, ne sont pas un critère prioritaire.
Il s’est engagé dans le génotypage caprin, nouveau service en chèvre
Depuis fin 2025, Thomas Clivio s’est engagé dans le génotypage caprin, nouveau service proposé aux adhérents au Contrôle laitier impliqués dans le schéma Capgènes. Quinze chevrettes et cinq boucs ont été génotypés par prélèvement de cartilage auriculaire. « Sur les cinq boucs, j’en ai retenu trois seulement, ceux dont les résultats confirmaient ou surpassaient les index des ascendants. J’en ai exclu un qui semblait bon sur le papier mais décevant au génotypage. »
« Mon premier objectif de 1 000 litres par chèvre est atteint. Il s’agit maintenant de le confirmer dans le temps, et pourquoi pas d’aller chercher quelques litres supplémentaires », expliquait l’éleveur qui a ouvert ses portes lors des Innovaction, organisés par la Chambre d’agriculture de Bretagne, en juin 2026. Chaque année, 60 à 70 chevrettes sont gardées pour le renouvellement (taux de 20 %), et une cinquantaine sont vendues avec filiation à Chevrettes de France.
Carole David
Valoriser sa génétique
Chevrettes de France est une structure détenue conjointement par Agrial et la Cavac. Elle regroupe 80 éleveurs naisseurs, dont 23 conduits en contre-saison, tous adhérents au Contrôle laitier et à Capgènes, et soumis à un cahier des charges strict à la naissance des animaux. Deux circuits de commercialisation coexistent : la vente directe de chevrettes d’un mois depuis les naisseurs aux adhérents des coopératives, ou le recours à sept éleveurs spécialisés dans l’élevage à façon, qui proposent 4 400 places pour des livraisons possibles d’animaux du sevrage à deux mois avant la mise bas. Le volume annuel atteint 7 000 chevrettes, dont les deux tiers sont destinées aux élevages adhérents à Agrial. Cet outil permet aux éleveurs investis dans la génétique de valoriser concrètement les produits issus de leur travail de sélection.
Agrial recrute des éleveurs caprins dans l’Ouest
La coopérative Agrial est à la recherche de nouveaux éleveurs caprins dans l’Ouest de la France, notamment en Ille-et-Vilaine, Morbihan, Pays de la Loire et Mayenne. Ce recrutement s’adresse aussi bien à des porteurs de projet en création d’atelier lors d’une reprise d’exploitation qu’à des agriculteurs en diversification ou en reconversion vers le lait de chèvre. La coopérative souhaite répondre à une demande croissante de lait de chèvre en construisant une nouvelle unité de transformation. Les volumes de collecte sont appelés à passer de 165 millions de litres actuellement à 200 millions de litres d’ici 2035.

