Dossier technique

Un troupeau 100 % sans cornes en Salers

Isabelle Tricault à Bréal-sous-Montfort (35) - Depuis cinq ans, Isabelle Tricault oriente sa sélection en Salers vers le ‘sans cornes’. Un choix qui améliore le confort de travail, le bien-être animal tout en ouvrant de nouvelles perspectives de commercialisation de reproducteurs.

Un homme et 2 femmes sur une pâture avec des vaches de race Salers - Illustration Un troupeau 100 % sans cornes en Salers
Isabelle Tricault, accompagnée de son mari Christophe et de sa fille Mathilde. | © Paysan Breton

Installée à Bréal-sous-Montfort, Isabelle Tricault élève 35 vaches salers sur une SAU de 40 ha, dont 30 ha d’herbe, 3 ha de luzerne destinés à l’enrubannage, et le reste en cultures. Le triticale est autoconsommé tandis que le colza et la féverole sont commercialisés. Autour du siège d’exploitation, 34 ha de pâturage sont accessibles, répartis en paddocks.

En 2025, de nombreuses réformes ont permis de parvenir à un cheptel désormais entièrement sans cornes. « Je n’ai jamais écorné mes bovins », a précisé l’éleveuse lors d’une journée technique organisée par l’association Salers de l’Ouest en juillet. « Il y a 5 ans, j’ai acheté un taureau pour la monte naturelle qui était porteur homozygote du gène sans cornes, à la station de sélection de Saint-Bonnet-de-Salers », souligne-t-elle. Ce reproducteur, nommé Régilait, présentait « un excellent développement ». Actuellement, « j’utilise un taureau hétérozygote sans cornes dans l’attente de la sélection d’un prochain reproducteur homozygote. Le troupeau a été testé et 1/3 des animaux sont porteurs homozygotes du gène sans cornes et 2/3, porteurs hétérozygotes. »

Davantage de confort dans le bâtiment en hiver

« Avoir des animaux sans cornes permet davantage de confort dans le bâtiment en hiver. Les animaux sont plus dociles les uns envers les autres et occupent plus facilement toutes les places de cornadis. Du fait d’une plus grande capacité à l’affouragement en bâtiment, il n’y a plus qu’un seul râtelier à l’extérieur l’hiver, les parcelles sont moins abîmées. »

L’agricultrice a également introduit des génisses angus dans son troupeau afin de bénéficier de leur gène sans cornes et de tester le croisement avec son taureau salers. Les deux races sont conduites dans un même lot et les veaux sont sevrés à l’âge de 8 à 9 mois.

Des aménagements pour simplifier le travail

Le pâturage est organisé autour de six paddocks directement accessibles d’environ 1 ha chacun, desservis par un large chemin central facilitant les déplacements des animaux. Les autres parcelles de pâturage, un peu plus grandes, entourent ce noyau principal. Pour gagner encore en efficacité et sécurité, Isabelle Tricault va investir dans un nouvel équipement de contention comprenant un parc circulaire, un couloir et une cage de contention, pour un montant de 21 000 € HT. « Les animaux passeront tous les jours dans le circulaire placé à la sortie de la stabulation pour être habitués à cette installation de contention en cas de besoin. »

Vente directe et futurs reproducteurs

Côté commercialisation, une partie des animaux est valorisée en vente directe dans un local accueillant aménagé dans l’ancienne étable. « Les ventes sont organisées les vendredis et samedis sur rendez-vous. La ferme est ouverte à ceux qui souhaitent voir les vaches. » L’éleveuse souhaite également développer la vente de reproducteurs auprès d’éleveurs désireux de constituer un troupeau salers sans cornes.

Un coup de cœur devenu projet d’élevage

« C’est au Space en 2006 que j’ai choisi la race que j’allais élever. De nombreux éleveurs étaient présents sur le stand de l’association Salers de l’Ouest, disponibles et à l’écoute. » Vêlage facile, capacité d’allaitement, valorisation de l’herbe, autonomie de production… Les qualités mises en avant ont rapidement conforté sa décision. « J’avais déjà approché la Salers lors d’un retour de vacances en traversant l’Auvergne. J’avais eu un coup de cœur pour la beauté de la robe et de la silhouette, pour l’aspect robuste et rustique. Et ses atouts collaient avec le potentiel de ma ferme et le choix d’une conduite facilitée. »

Un réseau précieux

Isabelle Tricault a adhéré à l’association de la race dès son installation, ce qui lui a permis d’avoir accès à l’annuaire des adhérents, d’acquérir ses premières vaches et génisses pleines, ses taureaux, de partager des techniques avec d’autres éleveurs. « L’enthousiasme et les témoignages des adhérents de l’association ont été un moteur et une grande aide pour moi dans l’apprentissage de mon métier d’éleveuse. »

Agnès Cussonneau

Une ferme en constante évolution

Isabelle Tricault représente la 5e génération de sa famille sur sa ferme de « Launay-la-Porte ». Après avoir obtenu un BTS Bureautique et Comptabilité et travaillé en entreprise pendant quelques années, Isabelle Tricault a passé un BPREA pour pouvoir s’installer. En 2006, elle a repris l’exploitation où son père Maurice Renaudin s’était installé en 1971, en production laitière. La même année, elle rencontre Christophe Tricault, qui travaille à l’extérieur, mais l’accompagne dans son projet. La vente directe a été initiée en 2009. Une autre étape importante a été le passage à 40 ha de SAU et le choix du semis direct sur les cultures en 2017. En 2024, un hangar avec une toiture photovoltaïque (puissance installée de 108 kWc) complète les bâtiments de l’exploitation. « Un investissement nécessaire pour pouvoir stocker tout le foin et du matériel attelé. »


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