Dossier technique

Urion rouvre la porte de Rennes 14 ans après

EARL de Saint-Doué à la Vraie-Coix (56) - Dans le calendrier d’un grand troupeau, une sortie au concours permet de changer d’air. Cette année, l’équipe de Saint-Doué sera présente au Space grâce à la primipare Urion née chez Éric Jouannic.

Deux hommes et deux femmes près d'une vache de race Holstein - Illustration Urion rouvre la porte de Rennes 14 ans après
À côté d’Urion présélectionnée pour le Space, les trois associés Patricia et Thierry Magré et Romain Le Garnec entourent Auriane Esvan, responsable d’élevage | © Paysan Breton - T. Dagorn

L’EARL de Saint-Doué n’a plus participé au concours du Space depuis 14 ans. « En sélectionnant plus fortement sur la production, nous avions moins les vaches pour sortir et surtout, notre temps était accaparé par l’enchaînement des projets : développement de la production d’énergie, agrandissement, robotisation… », explique Frédéric Le Garnec. Le Morbihannais a pourtant attrapé très tôt le virus des concours, à 16 ans chez un maître de stage qui lui a expliqué la différence entre une « bonne vache de troupeau et une belle vache de show ». À cette époque, il a d’ailleurs voyagé au Canada voir ce qui se faisait de mieux. Et il a eu l’occasion par la suite de suivre les plus grands concours nord-américains : quatre fois la Royal agricultural winter fair de Toronto et trois fois la World dairy expo de Madison.

Les belles vaches, une motivation pour soi-même et pour la ferme

Devenu salarié le 1er juillet 2026 pour préparer sa fin de carrière et laisser la place à son fils Romain comme associé, Frédéric Le Garnec apprécie de voir qu’Auriane Esvan, la responsable d’élevage depuis quatre ans, a « la même fibre » que lui à son âge. « Revenir au Space est une belle distinction. Quand on aime les belles vaches comme Auriane, c’est une super motivation pour soi-même et pour la ferme. Et puis, derrière les belles vaches, il y a surtout des rencontres avec d’autres éleveurs, avec des responsables d’entreprises… »

Valoriser la sélection d’Éric Jouannic

Il y a deux ans, l’EARL de Saint-Doué a racheté 50 vaches et la plupart des génisses d’Éric Jouannic, l’éleveur d’Elven partant à la retraite. « Il y avait de la bonne génétique dans son troupeau axé plus morphologie que chez nous. Nous avons intégré par lots des animaux de qualité dans les pis et les pattes », rapporte Auriane Esvan. Présélectionnée pour le Space, la primipare Urion (Jax x Chief Stan) fait partie de ce filon. « Avant qu’elle n’arrive ici, Éric m’avait prévenue très tôt que cette fille de Pétunia était vraiment très jolie. Effectivement, elle était au-dessus des autres génisses de sa génération. » Pétunia, sa mère, « une belle et bonne vache », est actuellement en 5e lactation (après avoir produit 14 000 kg sur la campagne précédente). Urion semble suivre ses pas : « Elle a vêlé mi-mai d’une femelle d’Utah. Elle a du style, présente de bonnes pattes et une mamelle de qualité. Actuellement, elle passe quatre fois par jour au robot pour une production de 40 kg quotidiens. »

En quête de vaches fonctionnelles et rentables

Aujourd’hui, la ferme compte 300 vaches à la traite et livre 3,7 millions de litres par campagne. 140 vaches passent par l’installation 2 x 10 postes, le reste du cheptel est trait par trois robots. Le niveau d’étable atteint 13 500 L / VL / an en traite automatisée, 12 000 L / VL / an en traite conventionnelle. En 2027, trois nouveaux robots devraient être installés et la salle de traite abandonnée. Objectif : réduire l’astreinte, gagner du temps car il faut compter 6 heures par jour à la traite aujourd’hui et s’économiser physiquement alors qu’une partie de l’équipe (trois associés, trois salariés) approche de la fin de carrière. « Dans un grand troupeau, avant de se pencher sur la beauté, on cherche d’abord la vache fonctionnelle et rentable qui allie de bons membres, une bonne mamelle et une production soutenue sans casser les taux. Pour les accouplements, je privilégie donc des taureaux complets, probablement moins axés morphologie qu’ailleurs, en faisant attention à l’implantation des trayons pour la traite robotisée », explique Auriane Esvan. Elle regarde l’offre du marché et intègre les taureaux qui lui plaisent. Elle commence souvent par 20 doses d’un taureau et se réapprovisionne en fonction des premiers animaux nés. « Depuis un an, par exemple, les premières filles de Jasper et Lavish naissent. Deux taureaux dont les paillettes sont très présentes dans notre cuve. »

Taureaux plaisir

Pour autant, à côté de cette sélection de « taureaux pour faire le boulot », la jeune femme rentre aussi « environ 20 % de paillettes de taureaux plaisir » comme A2P2, Dropbox, Detective, Lovestory, Anahita, Mys Very… Ainsi, la lignée Merveille (Eblack x Leadman) EX 91 est travaillée un peu à part avec des mâles comme Chief Stan, Dropbox… Cette vache qui a produit plus de 110 000 kg en carrière a aussi gagné le Départemental de Pontivy et participé au concours de Paris et au National d’Alençon dans les années 2000. Même chose pour la lignée des vaches Ferrari et Dacia qui produit des animaux extrêmement laitiers. « Le critère production étant bien fixé, parfois, j’opte pour des taureaux plus morpho. » Ces deux rameaux représentent plus de 50 % du troupeau.

Toma Dagorn

Produire et durer

En 2025, trois vaches ont passé la barre honorifique des 100 000 kg de lait produits. « C’est une fierté encore plus grande que les vaches à concours car faire vieillir les animaux n’est pas évident », estime Auriane Esvan. « On cherche ces vaches rentables qui durent et dont on n’entend jamais parler. » Au delà de la sélection, la longévité passe par le confort : matelas de logettes et tapis de sol renouvelés, ventilateurs, rajout de points d’eau, retrait du bardage au sud, additif apporté (sodium, potassium, Baca élevée…) lors des coups de chaud… « Nous aimons regarder le critère lait par jour de vie qui tourne autour de 16 kg ces dernières années. »


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