À Mortagne-sur-Sèvre, le lisier alimentant le méthaniseur d’Agribiométhane est acheminé depuis quatre élevages (trois fermes laitières, une porcine) grâce à un tracteur et une tonne à lisier de 18 000 L. Ce convoi transporte aussi le digestat vers une quinzaine de fosses déportées sur les îlots culturaux, soit 650 hectares de plan d’épandage.
L’un des deux premiers exemplaires
Depuis la mi-juillet, le T6 Methane Power, qui roulait au biogaz depuis quatre ans, a cédé sa place à son grand frère récemment commercialisé. « C’est l’un des deux premiers exemplaires livrés en France », précise Nicolas Morel, responsable produit chez New Holland. Ce nouveau venu était très attendu par les éleveurs associés et leur salarié.
Un T6 aux limites atteintes
« Dès 2014, notre installation a fonctionné en injection. En 2017, nous nous sommes dotés d’une station de distribution de bioGNV, mais ce n’est que cinq ans plus tard que l’on a pu la valoriser sur un tracteur », retrace Lionel Blouin, un des dix éleveurs associés qui ont créé la structure Agribiométhane. Avec ses 175 ch boostés et son gabarit modeste, le T6 montrait ses limites pour tracter la tonne de 18 000 L : transmission semi-powershift, cabine un peu juste en confort pour des journées entières de transport, puissance et poids limités peu propices à une conduite sécurisée. Dernier reproche : son autonomie modeste imposait de refaire le plein en journée, compliquant la logistique. Un bilan mitigé qui n’entame pas la satisfaction des associés : « Même s’il n’était pas tout à fait adapté à nos besoins, ce tracteur nous a permis d’économiser du GNR et s’est montré fiable, avec un suivi sans faille du concessionnaire. »


Le T7, une autre catégorie
Dès les deux premières semaines, le T7.270 a conquis Hermann Botton, salarié de la structure et principal chauffeur. « Le T7 ne joue pas dans la même cour. Il est plus lourd, a plus d’empattement et près de 100 ch supplémentaires. La cabine est plus spacieuse, mieux suspendue, avec un niveau de finition remarquable. Le confort progresse aussi grâce à la transmission à variation continue », énumère-t-il.
Techniquement, le T7.270 reprend la base du modèle équivalent en diesel de la gamme T7 Long. Seuls le moteur et les réservoirs diffèrent. Hérité du T6, le bloc six cylindres FPT de 6,7 L converti au biométhane adopte un nouveau système d’injection à double injecteur par cylindre, l’allumage restant assuré par une bougie. La combustion du gaz générant moins d’émissions, le système de dépollution se limite à un simple catalyseur trois voies : sans FAP ni SCR, plus d’AdBlue. « L’économie d’AdBlue compense le surcoût de maintenance, lié au changement des bougies à chaque vidange, toutes les 750 heures », note Nicolas Morel.
L’espace libéré profite à la capacité en gaz : neuf réservoirs répartis sur le tracteur, pour 660 L au total, complétés par 480 L en réserve frontale. « Contrairement à celui du T6, le réservoir frontal est désormais démontable, pour utiliser le relevage avant sur des travaux ne nécessitant pas une grosse autonomie », précise le chef produit. Au total, le T7 embarque près de 200 kg de gaz, contre 80 kg pour le T6.

Plus d’autonomie, plus de débit de chantier
« Le plein, en 15 à 20 minutes, permet de tenir facilement une longue journée. Il est encore trop tôt pour se prononcer sur la consommation du T7 : vu son poids plus élevé, elle sera un peu supérieure aux 12-13 kg/h du T6. Mais les pneus routiers RoadBib et la gestion moteur/boîte optimisée devraient limiter l’écart. Et surtout, le débit de chantier y gagne : le T7 avance deux fois plus vite dans les côtes », relève Hermann Botton. Malgré une vitesse bridée à 40 km/h pour respecter la législation routière, le convoi devrait parcourir davantage de kilomètres dans l’année. « On s’achemine vers une centaine d’heures par mois, contre 80 avec le T6, de quoi réintégrer les 25 à 30 % de transfert délégué jusqu’ici. Le meilleur débit permettra aussi de s’intégrer au ravitaillement des chantiers d’épandage réalisés par l’ETA. »

Reste une inconnue : le coût réel du T7. « Avec le T6, nous avions une location sur quatre ans, à 21 €/h pour 1 000 h/an entretien compris. Pour le T7, nous sommes partis sur un achat, avec un amortissement à définir au bout de six mois selon les heures effectuées. Compte tenu de l’investissement conséquent (tarif 20 % supérieur à celui du modèle diesel), nous devrions approcher les 30 €/h », estime Lionel Blouin.
Michel Portier
12 ans de méthanisation collective
Créée par un groupe d’éleveurs, la structure Agribiométhane regroupe aujourd’hui quatre Gaec et une SCEA répartis en Vendée et Maine-et-Loire. Le méthaniseur carbure exclusivement aux effluents d’élevage (lisier et fumier des exploitations associées), complétés par des biodéchets issus des industries agroalimentaires, de la restauration collective et de la collecte de déchets alimentaires auprès des collectivités environnantes. Au total, 26 000 t de matière sont traitées chaque année, pour une production moyenne de 150 Nm³/h de biogaz, intégralement injecté sur le réseau.Les associés ont également ouvert une station de distribution de GNV, où font le plein camions, cars et quelques véhicules légers, dont ceux des associés eux-mêmes : un débouché bienvenu pour absorber la production du dimanche, lorsque le principal client, l’usine voisine de viennoiserie La Boulangère, tourne au ralenti. Dernier développement en date, Agribiométhane s’est doté d’une unité de valorisation du CO

