Installé depuis 2008 sur la ferme familiale, à Plémy (22), Nicolas Gautier a vu disparaître progressivement les Prim’Holstein qui partageaient autrefois le bâtiment avec les Normandes. « C’est plus simple de gérer une seule race et la Normande est moins fragile, car elle produit un peu moins de lait », lance-t-il. Aujourd’hui, le troupeau compte 110 vaches laitières, avec en moyenne 95-100 bovins à la traite. Les animaux affichent une moyenne d’étable proche de 9 000 litres, un niveau qui a progressé d’environ 1 000 litres depuis l’installation de deux robots de traite, il y a deux ans. « L’objectif est désormais d’atteindre les 30 kg de lait par vache et par jour », indique l’éleveur.

Une race qui valorise le système
Sur les 90 hectares de l’exploitation, le maïs, l’orge et les prairies constituent la base du système fourrager. Derrière les maïs, Nicolas Gautier implante régulièrement des dérobées de ray-grass italien et de trèfle afin de sécuriser les stocks. Les vaches disposent également de cinq hectares accessibles autour du bâtiment, où elles pâturent au printemps lorsque les conditions le permettent. La ration est composée aux trois quarts d’ensilage de maïs et d’un quart d’ensilage d’herbe, complétée par du soja à l’auge et un apport de concentrés au robot. Un système qui s’accorde bien avec les qualités de la Normande. « C’est une race qui produit un lait riche tout en gardant une bonne valorisation de la viande. » Avec des taux moyens de 44 de TP et 36 de TB, le troupeau dégage chaque année entre 35 000 et 40 000 euros de plus-value sur le lait livré à Sodiaal. Les vaches de réforme constituent également un atout économique. « Les dernières sont parties à 6,43 €/kg il y a une quinzaine de jours », souligne Nicolas Gautier.
Des animaux à l’aise avec le robot
Le passage de la salle de traite 2 x 6 simple équipement à deux robots n’a pas remis en cause le choix de la race. « Les Normandes sont faites comme les autres. Nous n’avons pas eu besoin d’en retirer parce qu’elles n’allaient pas se faire traire. » La transition s’est étalée sur environ deux mois, avec davantage de surveillance, avant que le troupeau ne trouve son rythme. Les investissements réalisés ces dernières années ont également amélioré le confort des animaux. Les logettes ont été équipées de matelas en 2018, en même temps que l’installation de racleurs à corde. Plus récemment, quatre brasseurs d’air ont pris place dans le bâtiment. Leur efficacité s’est vérifiée cet été. « Pendant la vague de chaleur, nous n’avons perdu qu’environ 2,5 kg de lait par vache et elles ont retrouvé leur niveau de production deux jours après. »
Vingt ans de sélection
Si les performances du troupeau progressent, Nicolas Gautier les attribue aussi au travail de sélection engagé depuis près de vingt ans. Une démarche initiée par son père, puis poursuivie depuis son installation. Les objectifs sont restés les mêmes : améliorer la production laitière sans négliger la qualité des mamelles et des aplombs.
La génomique a fait beaucoup de bien à la Normande
« La génomique a fait beaucoup de bien à la Normande. Aujourd’hui, il existe beaucoup plus de taureaux disponibles. » Toutes les femelles sont génotypées depuis 2012 par Innoval. La semence sexée ou les accouplements préférentiels sont réservés aux meilleures, tandis que les autres sont inséminées avec de la semence classique. Tous les ans, deux à quatre vaches sont également retenues pour la collecte d’embryons. L’éleveur s’intéresse également au développement du gène sans corne dans la race, même s’il reste prudent. « Les taureaux porteurs sont souvent moins performants sur les autres critères », explique-t-il.

Les concours, un rendez-vous de passionnés
La sélection trouve chaque année son aboutissement sur les rings des concours. Nicolas Gautier y participe depuis 2005 et essaie de prendre part au concours départemental ainsi qu’au Space dès que l’occasion se présente. « J’y vais surtout pour le plaisir de retrouver d’autres passionnés, de voir du monde et de sortir de la ferme. » Au-delà des résultats, ces rendez-vous lui permettent de confronter son travail à celui d’autres éleveurs et d’échanger autour de la race. Cette année, c’est Versa qui défendra les couleurs du Gaec au Space. Fille de Redempto, cette vache en première lactation affiche un ISU de 146 et un index morphologique de 2,3. « C’est un animal complet, avec une bonne mamelle et de bons aplombs », déclare le Costarmoricain. En juin dernier, au concours départemental de Loudéac, les animaux de l’élevage avaient déjà décroché les trois premiers prix de section ainsi que le titre de championne jeune. Une nouvelle récompense qui vient confirmer la cohérence d’un travail engagé depuis plus de vingt ans, où chaque accouplement est pensé pour préparer la génération suivante.
Alexis Jamet

