« L’autonomie énergétique en production de veaux de boucherie fait partie des leviers que les éleveurs peuvent actionner pour maîtriser leurs coûts », a présenté Christophe Martineau, responsable de projet Idele, lors des portes ouvertes du Cirveau (Centre d’innovation et de recherche sur le veau, propriété de l’Institut de l’élevage – Idele) organisées le 26 juin à Mauron (56).
L’énergie et l’eau représentent 16 % des charges
« L’énergie et l’eau représentent 16 % des charges d’un éleveur intégré, hors main-d’œuvre, derrière les coûts de bâtiments et installations, à 43 % », a-t-il chiffré. Et ces charges sont « les plus variables dans les élevages ».
Les principaux postes de consommation d’énergie sont la production d’eau chaude pour l’aliment d’allaitement (76 % des 257 kWh/place en moyenne, selon les données 2025 du réseau Inosys) et l’électricité pour le fonctionnement du bâtiment (24 %). En France, on estime que 70 % des élevages utilisent le gaz propane pour chauffer l’eau.
Entretien de la chaudière une fois par an
« Avant d’investir dans des solutions alternatives, les éleveurs peuvent d’abord évaluer la consommation d’énergie de leur chauffe-eau pour se situer par rapport aux références, la médiane étant à 191 kWh/place. » Si la consommation est trop élevée, un diagnostic de l’installation peut être envisagé pour déceler d’éventuelles anomalies, puis mettre en place des solutions plus économes telles que l’isolation de cuve, des réglages sur la chaudière ou l’adaptation de la température. « Réaliser un entretien de la chaudière une fois par an est recommandé. »
D’abord maîtriser les consommations
Au niveau électricité, « on peut se focaliser sur la ventilation dynamique car la consommation des ventilateurs représente 85 % de la consommation électrique totale d’un bâtiment veau de boucherie (médiane à 61 kWh/place) ». Les ventilateurs économes peuvent être une solution pour baisser la facture, permettant des économies de 60 à 80 % par rapport à un système de ventilation classique.
Investir dans les énergies renouvelables ?
Ensuite, les énergies renouvelables peuvent générer des économies. « Actuellement, le coût d’une installation de solaire thermique pour un élevage de 400 places, avant subventions, est d’environ 90 000 € HT. » Des aides à l’investissement existent. « L’Ademe, via le Fonds Chaleur, met en œuvre un dispositif d’appui à l’installation de chauffe-eaux solaires, animé par le GIE Élevages de Bretagne au niveau régional. »
75 % du chauffage de l’eau grâce au renouvelable
Sur la station du Cirveau, les panneaux solaires thermiques permettent un taux de couverture sur la production d’eau chaude de 45 %. Ils sont complétés par une installation de micro-méthanisation (système Nénufar). « Le biogaz produit grâce au lisier est récupéré pour être valorisé, permettant un taux de couverture de 30 % sur l’eau chaude ». Pour un élevage de 400 places, avant subventions, l’investissement est de 65 à 70 000 € HT. Des aides de 40 % des dépenses éligibles sont proposées par le dispositif AgriInvest.

Le stockage d’électricité sur batterie testé
Le Cirveau a également mis en place du solaire photovoltaïque sur tous ses bâtiments, en revente totale à EDF (1 222 m2 pour une puissance de 245 kWc). Sur 2026, un projet est mené sur des panneaux avec de l’autoconsommation directe, du stockage de l’électricité en batterie ou de la revente. « 210 m² de panneaux d’une puissance de 49 kWc vont être utilisés, adossés à une capacité de batteries de 80 kWh. L’investissement est de 60 000 €. » Les résultats sont attendus pour l’année prochaine.
Agnès Cussonneau
Au-delà de 25 °C, les performances des jeunes veaux reculent
Le stress thermique en production de veau de boucherie fait aussi partie des sujets d’études menées au Cirveau. Le site collabore avec l’Inrae dans le cadre du projet Volcan. « Les 3 sources de production de chaleur chez le veau sont : la chaleur basale, l’effet thermique des repas, et l’extra-chaleur due à l’activité physique », synthétise Étienne Labussière de l’Inrae. « La chaleur est évacuée via des pertes sensibles à 55 % (conduction, convection et radiation) et via des pertes latentes à 45 % (évaporation de l’eau). » Le scientifique rappelle que « le stress thermique est engendré par une combinaison de température et d’hygrométrie élevées ».Lors d’une expérimentation, des veaux en croissance (135 kg) ou en finition (215 kg) ont été soumis à 4 niveaux de température de 15 à 30°C et à 3 niveaux d’hygrométrie différents. Les conclusions montrent que les mécanismes d’adaptation des veaux commencent à 25°C en phase de croissance, avec une augmentation de la quantité d’eau bue et de la part de chaleur perdue sous forme de vapeur d’eau. À 30°C, les performances régressent (moins de protéines déposées) du fait d’une moindre ingestion.Concernant la phase de finition, les effets de la température sur les performances sont faibles. « Les mécanismes d’adaptation commencent par contre dès 20°C avec une augmentation de la part de chaleur perdue sous forme de vapeur d’eau. Il est donc essentiel d’avoir une ventilation performante et de distribuer de l’eau à volonté. »

