Dans l’esprit d’un éleveur canadien ou américain, la ferme laitière à la française est à la pointe sur les questions de bien-être et de soins apportés aux bovins. Pourtant, quand on regarde les études sur des points précis, on s’aperçoit que des marges de progrès sont possibles quand on se compare aux agriculteurs d’outre-Atlantique. C’est le cas des boiteries. Dans l’Hexagone, « 60 % des vaches d’un troupeau sont boiteuses, même si la plupart de ces maux sont légers », expliquait Clémence Nash, docteure en épidémiologie et spécialiste du confort et du bien-être des vaches, lors de la journée Horizon Lait organisée par la coopérative Even. Cette conférence se tenait chez Jean-François et Tanguy Lozach, père et fils installés en Gaec à Plougonven (29). « Depuis 30 ans, la génétique s’est focalisée sur la production et sur le pis, pas forcément sur les pattes ». Résultat, les performances laitières baissent, tout comme la fertilité, quand l’animal n’est pas à l’aise sur ses sabots. « La plupart des éleveurs sous-estiment de 20 % le nombre de vaches concernées ». Autrement dit, quand les symptômes sont peu visibles et le mal léger, la laitière passera sous les radars, au risque de développer une inflammation plus grande.
Un bon pédiluve mesure 3 m de long
En routine, les élevages américains parent « systématiquement 2 fois par lactation : un au tarissement, un second entre 80 et 120 jours en lait ». Le passage dans un pédiluve « n’est pas une solution curative mais préventive ». La solution utilisée doit se situer à un pH compris entre 3,5 et 5,5. Des alternatives au formol existent, comme le sulfate de cuivre acidifié. « Idéalement, les pattes des vaches doivent être trempées 2 fois. Le pédiluve doit donc mesurer au moins 3 m de long. Il est à placer à l’opposé du robot de traite. L’éleveur y fait passer tout le troupeau, c’est aussi un moyen de voir toutes ses laitières, de repérer d’éventuelles boiteries, qui sont plus fréquentes en robot ».
Le bon couchage
Autre mesure de bien-être évoquée par Clémence Nash, le temps de couchage quotidien. L’excès doit attirer l’attention. « Plus de 18 heures de couchage n’est pas un signe de confort, mais révèle souvent une boiterie. Se coucher et se lever devrait être l’action la plus simple pour les animaux ». Le temps de repos allongé optimum pour ruminer « se situe entre 11 heures, plutôt pour les femelles en pic de production, et 14 heures pour les taries ». En prenant pour exemple le Gaec de Keradraon de Tanguy et Jean-François Lozach, elle fait remarquer que la variation du temps de couchage est ici importante suivant les individus, « allant de 9 heures, donc sans suffisamment de rumination, à 18 heures, donc une bête qui ne s’alimente pas assez ». Sur la ferme familiale, la durée d’un repos est de 60 minutes, « je préfère 90 minutes ». En suivant les conseils de la spécialiste, « nous apportons désormais davantage de sciure sur les logettes pour que les vaches gagnent en confort. Depuis, nous observons moins de tarsites, les genoux sont moins abîmés », fait remarquer Tanguy Lozach.
Fanch Paranthoën
La bonne ventilation
« Au Canada, tous les élevages sont équipés de systèmes de ventilation ». Habituées aux températures très basses en hiver puis très chaudes en été, les exploitations agricoles « ne perdent pas 10 kg de production par jour et par vache comme c’est le cas en France, lors de canicules ». Pour autant, « prend-on les bonnes décisions en moment de crise ? S’équiper de ventilateurs se planifie », conseille-t-elle, car des travaux engagés dans l’urgence conduisent souvent « à des résultats décevants ». Pendant les périodes de fortes chaleurs et dans un bâtiment chaud et humide non ventilé en France, « le troupeau passe son temps debout, ce qui augmente le risque de boiterie sévère ». Dans les projets du Gaec de Keradraon, l’installation de douches au-dessus des cornadis. « Nous y réfléchissons depuis quelque temps, les derniers coups de chaud ont accéléré la prise de décision. Ces douches devront s’accompagner de ventilation ».

