« Plus on met de vaches dans un bâtiment, plus on a de risques d’animaux en chaleur et d’accidents », témoigne un producteur de lait d’Ille-et-Vilaine. En quelques années, l’éleveur a vu sa référence laitière passer de 230 000 à 700 000 litres, tout en conservant l’intégralité de son troupeau sous le même toit. Une évolution qui met les infrastructures à rude épreuve. Depuis quelque temps, les vaches glissent dans les couloirs d’exercice. « Après une bonne chute, toutes ne se retapent pas. Certaines ont dû être réformées », regrette-t-il.
Face à cette situation, il fait appel à la société Tounet, spécialisée dans le décapage thermique des sols d’élevage. Luc Papeta, confirme que ce type d’accident est souvent l’élément déclencheur : « Pour 80 % des gens qui nous contactent, le point de départ est d’avoir perdu des vaches équasillées. »
Une solution éprouvée
Il y a près de vingt ans déjà, Luc Papeta y réalisait l’un de ses premiers chantiers de décapage thermique en élevage. À l’époque, l’arrière des logettes, devenu glissant, avait été traité. « En règle générale, le décapage thermique ne fonctionne pas sur les bétons neufs. Il faut patienter trois ans avant de les traiter », rappelle le spécialiste, soulignant l’importance de la maturité du béton pour garantir l’efficacité du procédé.
Aires d’exercice, couloirs et parcs d’attente
Le décapage thermique concerne les aires d’exercice, les couloirs de circulation ou encore les parcs d’attente. Avant toute intervention, la surface doit être préparée : rabotage, passage au nettoyeur haute pression, puis soufflage pour éliminer l’eau résiduelle. « Moins il y a d’eau présente, moins nous consommons de gaz », précise Antoine Papeta, nouveau directeur de l’entreprise familiale.
Pour alimenter les équipements, les opérateurs utilisent du propylène liquide et de l’oxygène. Antoine pilote le « tracteur de décapage », doté d’une rampe de 1,20 m comportant plus de 80 buses. Luc Papeta intervient avec une machine manuelle de 60 cm : « Elle est pratique pour les petits espaces comme les couloirs, les quais de salle de traite ou les parcs d’attente. Là où une vache passe, elle passe. »
Une action mécanique et désinfectante
La partie bleue de la flamme atteint plus de 2 800 °C. Le choc thermique fait éclater la matière en surface, redonnant au béton une rugosité favorable à l’adhérence des animaux. « Bonus d’un point de vue sanitaire : notre passage désinfecte les surfaces grâce à la très haute température. Question pathogène, on remet les compteurs à zéro. »
Ce procédé peut notamment avoir un effet bénéfique dans les stabulations touchées par la dermatite digitale, pathologie infectieuse d’origine bactérienne. Si besoin, l’intervention est complétée par un passage au chalumeau manuel sur les parties métalliques de l’enceinte.
Désinfection thermique : des applications en aviculture
Tounet intervient également en bâtiments avicoles ou en chèvrerie. Sur terre battue, le sol est chauffé jusqu’à 600 °C. « Cet effet est peu connu des éleveurs, pourtant, cette chaleur détruit coccidies, cryptosporidies et salmonelles, tout en éradiquant une grande partie des ténébrions », affirme Luc Papeta. Les clients observent un impact positif sur les performances des lots de volailles.
Un comparatif a été mis en place dans deux poulaillers statiques spécialisés en dinde. L’un a été désinfecté avec des méthodes classiques (soude caustique et chaux), l’autre par désinfection thermique. À l’issue du lot, le responsable d’élevage analysera les résultats.
Un matériel innovant
Luc et Antoine Papeta sont à l’origine de ce projet de désinfection thermique automoteur, développé avec Denis Gasse, spécialiste des techniques « à la flamme ». La base de la machine est un fauteuil roulant électrique, très maniable grâce à son joystick et capable de tourner sur place. La machine mesure 4 m de large, elle est équipée de 30 brûleurs fonctionnant au propylène, avec une flamme à 1 950 °C. Les brûleurs sont regroupés dans un four où la température avoisine les 700 °C, éliminant toutes sources de contamination.

Des essais prometteurs et un appel aux éleveurs
Sur sol bétonné, la température ne doit pas dépasser 160 °C afin de préserver le matériau, y compris en présence de planchers chauffants. Sur terre battue, le sous-sol peut être chauffé à plus de 100 °C : « À cette température, aucun organisme vivant ne résiste », souligne Luc Papeta, qui recommande ensuite une réimplantation bactérienne.
Le débit de chantier atteint 400 à 500 m²/heure pour un coût maximal d’1 €/m², hors déplacement. Les premiers essais montrent des résultats comparables, voire supérieurs, à la désinfection chimique, notamment face à la coccidiose.
