Hervé Garioud est éleveur à Avressieux (73) et président du GDS des Savoie. Associé en Gaec, ses 80 Montbéliardes produisent du lait en IGP Tomme de Savoie. Il est venu témoigner à l’assemblée générale de GDS Bretagne, jeudi 28 mai, à Saint-Brieuc (22) de sa terrible expérience de la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « On approche de la triste date anniversaire de l’épisode de DNC, une abomination, qui a foudroyé notre territoire l’année dernière », a-t-il débuté ému.
Nous avons vacciné en un temps record
Lundi 23 et mardi 24 juin 2025, des symptômes apparaissent sur des bovins. « Un jeune vétérinaire curieux trouve qu’ils ressemblent à ceux de la DNC vus dans des publications. Une chance car on aurait pu encore perdre des jours précieux. » Le mercredi, des échantillons sont envoyés au Cirad pour analyse. « Les jours suivants, les vaches sont de plus en plus malades. Des veaux sont touchés… » L’appel de l’Administration le dimanche à 14 h – alors que les résultats du laboratoire sont attendus en soirée – est mauvais signe. « D’un coup, on a changé de monde. La DNC était confirmée. » Dans la foulée, quatre arrêtés préfectoraux de mise sous surveillance (APMS) tombent. « Le premier éleveur touché voulait en finir, alors que l’abattage de son troupeau intervenait dès le lundi », lâche Hervé Garioud, ébranlé par les souvenirs.
Bascule vers l’irrationnel
« On aimerait que la parole scientifique descende aussi vite que les contraintes réglementaires tombent. Rapidement, l’irrationnel s’empare des gens. En 48 heures, cette crise sanitaire est devenue une crise humaine, sociétale et médiatique. » D’un côté, l’urgence absolue de trouver la personne en qui les éleveurs ont confiance pour leur parler de l’abattage total. De l’autre, sur le terrain, des manifestations, des cars de CRS… « La psychose s’installe. Alors que l’ennemi, c’est la maladie, on cherche des coupables ailleurs. » Quand la DNC s’installe dans des contextes locaux parfois déjà délicats, Hervé Garioud rappelle que la réponse sanitaire réclame « l’union » du collectif. « Certains ont su vite accepter l’abattage pour sauver leurs voisins comprenant que le réservoir de la maladie sont les animaux porteurs sains. Pour d’autres, cela a été plus compliqué… On a parfois traité de ‘collabos’ ces gens qui ont fait leur devoir. » Le Savoyard parle de l’horreur d’euthanasier sur place, en plein été, du veau jusqu’à la vache et de « ce silence qu’ont connu les gens touchés par l’ESB », si dur à vivre quand il n’y a plus un troupeau dans le village.
Incubation plus longue que prévue
« Nous avons suivi le protocole à la lettre », rapporte l’éleveur. « La première semaine, on nous a dit que nous n’aurions les vaccins qu’au 5 septembre. On les a finalement obtenus mi-juillet grâce au forcing de l’État à l’échelle européenne. » Des couloirs de contention sont descendus de Franche Comté. Quand les doses sont enfin arrivées, le travail s’est fait jour et nuit au cornadis. « Les jeunes agriculteurs étaient sur le pont, les vétérinaires n’ont jamais arrêté. Nous avons vacciné en un temps record. » Mais les difficultés ont été nombreuses. « L’approvisionnement des cliniques a été un peu laborieux au départ. » Selon les travaux en laboratoire, l’incubation maximum de la maladie était annoncée de 28 jours. « Dans les Balkans, elle atteignait jusqu’à 40 jours selon une source vétérinaire… » Alors que le schéma vaccinal apporte une protection au bout de 20 jours, des animaux déjà contaminés au moment de l’injection pouvaient encore tomber malades. « Comme dans les Pyrénées plus tard, certains aussi n’ont pas joué le jeu. Ils ont bougé des animaux, voire coupé des lots de nuit pour isoler des malades d’animaux sains en apparence… »
Repeupler et revivre
Face à la division des gens et « la lourdeur et la lenteur administratives qui ralentissent l’action », Hervé Garioud concède qu’il garde « une énorme frustration » de cette situation si difficile à traverser. Mais il a terminé en pensant aux éleveurs qui ont connu l’abattage. « Ils ont vraiment fait leur deuil quand les animaux sont revenus. Pour beaucoup, leur regard a changé depuis qu’ils refont du lait. » Il insiste sur l’importance pour celui qui « sacrifie son cheptel » d’être assuré de pouvoir repeupler de façon qualitative. « Il y a 15 ans, celui qui repeuplait achetait l’IBR ou la BVD. Là, grâce au travail de certification de la qualité sanitaire et de production des animaux, nous n’avons eu quasiment aucune perte. »
Toma Dagorn

