Saint-Pol-de-Léon (29)
C’est un homme discret, peut-être un peu réservé, mais qui est un pilier des serres de recherche de la station expérimentale légumière du Caté, basée à Saint-Pol-de-Léon (29). Quand il s’agit de parler tomate et d’évoquer tous les travaux d’essai menés, Alain Guillou devient très loquace. Précisément, on pourrait même dire chirurgicalement, il retrace toutes les évolutions qu’il a vécues sur ce sujet avec une parfaite maîtrise technique, en toute humilité.
Toujours être au plus près des producteurs
Né de parents cultivateurs de Cléder (29) en production légumière dite classique, avec des choux-fleurs et des artichauts, le parcours scolaire du Finistérien entamé au lycée Léonard du Kreiz-Ker se poursuit par une école d’ingénieur, à Purpan (31), dont il sort en 1984. Pendant cette décennie, les moyens de communication n’avaient rien à voir avec ce que nous connaissons aujourd’hui : « Alors que j’effectuais mon service militaire, mon frère m’a prévenu qu’une annonce d’embauche avait été diffusée par le Caté » se souvient-il. La toute jeune station lancée en 1982 l’embauche, c’est le début en 1985 d’une carrière qui ne s’interrompra jamais.
La révolution des variétés indéterminées
Le petit dernier de la station de recherche prend la suite des travaux initiés par Jean Corre, à savoir les cultures menées en hydroponie. Le Caté dispose de parcelles d’essais pour le plein champ, de 4 compartiments de serre de 200 m2 chacune mises en place par l’Inra. Les fameuses cases lysimétriques sont déjà en place, elles permettent entre autres de mesurer le lessivage des matières fertilisantes. La Bretagne compte à l’époque 50 ha de culture sous abri, utilisant principalement le NFT, pour Nutrient Film Technique, autrement dit un système de gouttières fermées où les racines des plantes baignent dans une solution fertilisante. Les serristes scindaient en ces temps-là leur saison en 2, en cultivant « des variétés comme Prisca en début d’année, puis de gros fruits à l’automne. La technique était contraignante, il fallait une contre-plantation ou une plantation à mi-saison ». Les plants de tomate de l’époque, à floraison déterminée, n’émettaient que 8 bouquets de fleur. Il fallut attendre le début 90 pour voir arriver des végétaux dits indéterminés, dont la production de fleur continue tout au long du cycle de vie de la plante. Rondello, variété de tomate avec cette nouvelle caractéristique, a fait les beaux jours des serristes.

Au fur et à mesure de l’évolution des techniques, avec notamment des serres plus hautes, les cultures sont devenues plus productives : de 32 kg de fruit par m2 en 1985, l’expérimentateur a vu les rendements monter pour atteindre les 70 kg/m2, « voire les 90 kg dans des essais éclairés ». Dans un même temps, les 50 ha sous abri bretons ont fait des petits, pour monter aujourd’hui à 500 ha. La Bretagne est un terreau fertile pour cette espèce, « notre climat est favorable, car tempéré. Au-delà de 35 °C, il n’y a plus de pollinisation ».
Un seul but : échanger
« L’expérimentation est un perpétuel recommencement : il faut savoir se replonger dans le passé ». À titre d’exemple, l’ingénieur évoque des travaux sur de la déshumidification lancés fin 2000, sujet sur lequel le Caté travaille toujours. « Nous sommes dans de la recherche appliquée : il faut être au plus près des producteurs ». Passionné par les aspects techniques, Alain Guillou aime surtout partager ses observations et ses connaissances. La station accueille 90 visites par an, les professionnels viennent échanger, regarder et soumettre des idées. « Ces échanges me plaisent ». Ce sont ces contacts avec des producteurs et des techniciens qui l’ont fait avancer tout au long de sa carrière, en s’inspirant au passage de nombreux voyages en Hollande, aux USA, en Israël en Afrique du Sud ou en Pologne. Et les thématiques ne manquent jamais, du greffage des plants aux écrans thermiques, en passant par la segmentation des produits, la protection intégrée ou le recours à des bourdons pour la pollinisation, les idées fourmillent. L’utilisation de ces auxiliaires a marqué la profession. « Nous devions auparavant vibrer 3 fois par semaine les plants avant que la technique de lâchers de bourdons ne se démocratise ».

La mission qui lui a été confiée en 1985 va prochainement toucher à sa fin, mais hors de question pour autant de laisser les sujets à l’abandon. Depuis maintenant 4 ans, Alain Guillou est épaulé par Glynis Bentoumi, le flambeau de la recherche passe de main en main. « J’ai assisté à 4 chantiers de construction. La dernière serre de 7 m de hauteur sous cheneau a été financée en partie par les producteurs », signe d’un soutien sans faille de la filière et d’une continuité dans les travaux. Pour l’avenir, les sujets traiteront sans doute de la gestion climatique avec l’aide de l’IA, mais la patte de l’expérimentateur gardera toute sa place pour prendre les bonnes décisions. « J’ai l’impression d’avoir commencé hier… » , conclut celui qui a participé à la rédaction d’Aujourd’hui et Demain, bulletin technique de la station.
Fanch Paranthoën

