La projection de cartes animées de prévision d’évolution du climat de la France par Serge Zaka est très parlante. Au fil des ans, certaines parties de l’Hexagone se colorent en rouge vif, d’autres se verdissent. Les choses vont changer, comme le montre l’exemple de la commune de Goudelin (22), choisie par l’agroclimatologue lors de l’assemblée générale des Maraîchers d’Armor, cette année à Plougrescant (22).
Serge Zaka explique que le potentiel thermique et de croissance, c’est-à-dire des conditions atteintes pour cultiver une espèce végétale, sera atteint en 2040 « pour de la tomate de plein champ. Quand on atteint 80 % de ce potentiel, le plein champ devient commercialisable ». Changement de cap donc pour cette production, habituée à être cultivée sous abri.
Sur une projection de l’évolution du climat à l’échelle européenne, l’Espagne semble devenir irrespirable. « Ils ne pourront plus produire de tomates en été, ce qui signifie aussi que le maraîchage d’ici sera de plus en plus destiné à l’export ».

Manger du chou-fleur froid
Autre culture emblématique de la ceinture dorée, la production de chou-fleur « va fortement progresser en hiver, il risque d’y avoir davantage de surproduction. Avec un nombre de jours à 0°C qui va diminuer voire disparaître, la consommation risque de changer, car c’est un légume peu consommé par temps doux. Il faudra trouver plus de recettes pour le consommer froid ». L’agroclimatologue prévient dans la foulée que ces températures sont favorables au développement des maladies : « Les insectes vecteurs ne seront plus touchés par le gel ».
Des records battus
Pour les arboriculteurs, un risque avéré est aussi soulevé. « Les arbres fruitiers comme les pommiers ont besoin de températures en dessous de 5°C pendant 1 000 heures ». Ce chiffre ne serait plus atteint, ce qui contrariait la floraison des arbres.
La Bretagne a battu des records de chaleur cette semaine, en dépassant allègrement les 30 °C pour un mois de mai. L’intervenant évoque « une nouvelle biogéographie. Le climat aquitain remonte, autorisant de nouvelles cultures comme le citron caviar, la vigne, davantage de patate douce ». En 2080, la Bretagne « connaîtra 5 à 10 jours avec des températures au-delà de 35 °C par an. Dans le sud de la France, ce sera ponctuellement des 40 à 50 °C enregistrés », conclut-il.
Fanch Paranthoën
Capter les excès
Selon les modélisations, la quantité d’eau qui tombera en Bretagne restera sensiblement la même, « mais il faudra gérer les excès de l’hiver et les déficits de l’été. Être contre les retenues d’eau de surface est dramatique, il faut capter ces excès ». Les hivers pluvieux résultent de la formation de rivières atmosphériques, créées par « des mers et des océans dont la surface est plus chaude. Les dépressions se chargent en eau et se déversent en arrivant en Bretagne ».

