À Rannée, commune située dans le sud-est d’Ille-et-Vilaine, Frédéric Bellier a progressivement adapté son système fourrager, notamment face aux aléas climatiques. En 2021, il a remplacé le trèfle violet pur par de la luzerne dans son système fourrager. « Les fibres manquaient dans la ration », explique l’éleveur, qui conduit seul une exploitation de 44 ha de SAU avec 57 vaches laitières et 35 génisses. La production annuelle est de 471 000 L.
Jusqu’à 15 t de MS/ha avec la luzerne
Désormais, 8 ha sont consacrés à la luzerne, en complément de 12 ha de prairies, de la culture de maïs (ensilage et épi) et de blé. Le choix s’est rapidement révélé payant. « En trèfle violet, je faisais entre 8 et 10 tonnes de matière sèche/ha/an. En luzerne, je peux atteindre 11 à 15 tonnes de MS », souligne l’agriculteur. Outre le gain de rendement, la culture permet l’épandage des effluents d’élevage et apporte davantage de sécurité en période estivale grâce à son enracinement profond, capable de descendre jusqu’à 2-3 mètres.
Cinq coupes par an de luzerne enrubannée
Toute la luzerne est récoltée en enrubannage avec un roto-cut ‘tous couteaux’. Frédéric Bellier utilise un mélange de deux variétés : une de type flamande (Sibemole à 15 kg/ha) et une de type méditerranéenne (Océanie à 10 kg/ha). « La variété méditerranéenne pousse plus haut mais craint davantage le froid. L’autre est plus basse et s’étale plus facilement », précise-t-il.

Le rythme de récolte est soutenu : généralement cinq coupes par an, espacées de quatre à six semaines. Cette année, la première coupe a eu lieu le 21 avril. Pour préserver la pérennité et la productivité de la culture, l’éleveur veille à conserver une hauteur de coupe de 10 à 12 cm. « La luzerne est une culture capable de tenir cinq à six ans », indique Samuel Baslé, technicien TMCE. L’éleveur utilise différents produits commercialisés par l’entreprise pour la minéralisation de ses animaux, de ses sols et pour la conservation de ses silos de maïs et d’herbe.
« C’est l’implantation de la luzerne qui est le plus compliqué. Il faut un sol sain, un pH neutre. Le semis est effectué avec inoculant », note Frédéric Bellier. Sur l’exploitation, aucun chaulage n’est réalisé, mais les parcelles reçoivent chaque année 300 kg/ha de TMS ainsi que 40 à 60 m³ de lisier de bovins.
Des essais de méteil dans la luzerne
Un de ses voisins agriculteur teste de nouvelles pratiques. Pour la deuxième année, il a implanté dans sa luzerne, début octobre, un méteil contenant vesce, avoine et plusieurs trèfles. Récolté mi-mai, le mélange a produit près de 8 tonnes de MS par ha en une seule coupe, avant le retour des trois fauches de luzerne habituelles.
« L’intérêt est de limiter le désherbage en début d’année », rapporte Frédéric Bellier. La technique nécessite toutefois un semoir à disques droits.
Un système fourrager diversifié
Les prairies de la ferme de Frédéric Bellier (pâturées ou fauchées pour du foin) reposent sur un mélange associant RGA, fétuque des prés, fléole et plusieurs trèfles (blanc, violet, hybride, de Perse). La fétuque apporte fibre et résistance à la sécheresse, la fléole, un complément cellulosique, et les trèfles, de l’autonomie azotée. Toutes les espèces et variétés affichent la même précocité pour des exploitations homogènes.
Une prairie spécifique, destinée aux vaches taries, a également été implantée avec uniquement des graminées : RGA, fétuque élevée, fétuque des prés et fléole. Dans le maïs ensilage, un conservateur est incorporé, tandis que le maïs épi est broyé puis stocké en silo. « Des analyses de chacun des fourrages sont régulièrement réalisées pour adapter au mieux les rations », indique le producteur.

Cet hiver, les vaches laitières ont reçu une ration complète composée notamment de maïs ensilage (10 kg MS), maïs épi (4 kg), luzerne enrubannée (5 kg MS), de l’aliment liquide (mélasse), du correcteur soja-colza, du minéral et de l’huile de foie de morue (1 fois par semaine). Actuellement, l’herbe pâturée est complétée par une ration à base de maïs ensilage, de luzerne et de RGI enrubannés.
Une bonne préparation au vêlage
Concernant les taries, l’éleveur a mis en place l’an passé une préparation au vêlage. Au départ, les vaches reçoivent de l’herbe et du foin, puis ont leur ration ‘vaches taries’ pendant quatre semaines : 5,5 kg de MS de maïs, 1,5 kg de correcteur, paille à volonté, minéral et huile de foie de morue deux fois par semaine. « Le tarissement est important pour avoir des vêlages qui se passent bien, des veaux en bonne santé qui tètent rapidement le colostrum. »
Agnès Cussonneau
Une transmission en préparation
Touché par des problèmes de santé, Frédéric Bellier prépare désormais la transmission de son exploitation. Un jeune voisin doit reprendre la ferme en s’installant en Gaec avec son père. Un passage de relais qui permettra de poursuivre un système construit autour de l’autonomie fourragère et de la sécurisation des stocks grâce à la luzerne.

