Une SCI citoyenne pour s’installer plus léger

Le Gaec Le Buis Sonnant transforme et commercialise du lait et de la viande en circuits courts. Une partie du foncier travaillé est détenue par une SCI impliquant 170 porteurs de parts.

Deux hommes, cinq femmes, un chien Border colie et un chat Siamois dans un bois - Illustration Une SCI citoyenne  pour s’installer plus léger
Les éleveurs Marion et Benjamin Henry, Sophie Linay et Maxime Biton, 
la forgeronne Clara Sobieski et les stagiaires Montène Saussac et Marguerite Cogné. | © Paysan Breton - T. Dagorn

Samedi 25 avril, la ferme du Buis Sonnant à Plouguernével (22) accueillera une soirée festive. Une rencontre « symbolique » pour fêter les 10 ans de la SCI agricole et citoyenne de Kerleo. En 2016, quand le Gaec a été lancé, cette société civile immobilière a été créée pour acheter les bâtiments du site et 13 ha attenants. Le reste de la surface (88 ha de SAU aujourd’hui) est détenu par la foncière Terre de liens et deux propriétaires privés. « Notre ferme n’est pas un kolkhoze pour autant, nous sommes simplement locataires », s’amusent Marion et Benjamin Henry, Sophie Linay et Maxime Biton.

Sortir de la spéculation foncière

Pour eux, la SCI est un outil pour sortir le foncier de la spéculation foncière. « Une stratégie pour éviter que les paysans ne se rachètent la terre d’une génération à l’autre avec, à chaque fois, des taxes et une hausse de 15 à 20 % du prix. » Au lancement du Gaec, la terre valait 4 000 €/ha. « Aujourd’hui, c’est presque 6 000 € en Centre-Bretagne. »

Les éleveurs expliquent qu’opter pour la SCI, ou plus largement choisir d’être locataires, « évite le surendettement » à l’installation. « En empruntant moins, grâce à des mensualités réduites, on a cherché à vivre de notre métier dès le démarrage. Et moins de pression financière, c’est moins de pression mentale. » Surtout, les fonds disponibles ont été concentrés sur des investissements productifs : « Nous avons mis de l’argent dans ce qui fait tourner l’entreprise : un tracteur, des vaches et du matériel en inox pour la fromagerie. Tout est revendable. Les vaches et l’inox valent même plus cher qu’à l’époque. »

Chacun a un mot à dire sur l’alimentation

Enfin, « la propriété collective » matérialisée par la SCI implique les citoyens dans l’agriculture, soulignent les Costarmoricains. « Même si, bien sûr, tout le monde ne deviendra pas agriculteur, chacun mange et a donc un mot à dire sur l’alimentation. » Au-delà de l’engagement financier, les 170 porteurs de parts sont « des prescripteurs » du projet paysan. Ils ont envie que « leur » ferme tourne, en parlent, viennent y faire leurs courses, voire participent à un chantier de plantation par exemple… « Mais il n’y a aucune ingérence des citoyens propriétaires dans les décisions du Gaec. »

Des artisans aussi

Le Gaec paie un fermage pour les terres et un loyer pour les bâtiments. « Mais prendre une ou quelques parts à 250 € dans la SCI n’est pas un placement financier à rendement. C’est un dépôt sécurisé qui sert à l’économie réelle en créant de l’emploi non délocalisable. » L’argent est réinvesti dans le bâti (rénovation de toiture, création d’un bureau…) ou pour recréer du bocage.

La SCI s’est même trouvée de nouveaux locataires. En 2019, Émilie Renard et Nicolas Besseau ont installé leur Petite filature bretonne (prestation de services artisanale pour transformer les toisons locales en laine). Et en 2026, Clara Sobieski a installé son atelier de forgeronne. « Nous avons un problème avec la notion de ‘frontière’. Au contraire, nous voulons mélanger les genres et provoquer la rencontre sur notre ferme qui est lieu et de vie et de vente directe », terminent les associés.

Toma Dagorn

Samedi 25 avril, soirée « Dek Ha Dañs » (concerts de Mansion’s cellar, Ampouailh, Les allumés du bidon, Talec & Le Brigant…), dès 20 h, entrée à 12 €.

Une ferme autonome mais grande ouverte

Sur 88 ha, 15 à 20 ha sont semés en blé noir et en mélange triticale-pois, le reste est en prairies. Le Gaec conduit 30 Pie Noir en vêlages groupés de printemps (lait transformé, viande des veaux et bœufs valorisée) et engraisse 35 porcs blancs de l’Ouest par an. « On produit de l’herbe pour nos vaches, des céréales et du lactosérum pour nos cochons. Mais autonomie ne veut pas dire isolement. » Au contraire, en plus de soirées culturelles sur place, la vente à la ferme ou au marché de Rostrenen crée « du passage et des échanges ». Et une fois les vêlages passés, d’avril à octobre, la ferme accueille woofers et stagiaires. « Des gens parfois très éloignés de l’agriculture viennent vivre une ‘parenthèse rurale’. On leur montre que nous sommes des paysans heureux qui avons organisé notre métier pour avoir du revenu et du temps pour profiter de nos familles, faire du sport, partir en vacances ou s’engager… On essaie de semer de petites graines pour faire tremplin vers l’installation. »


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