Lanrivain (22)
Plants de café au Mexique, légumes verts à Madagascar, semences potagères en France… Marion Quillet en a vu du pays avant de se poser en Centre-Bretagne. En s’installant, l’agronome voulait avant tout cultiver un légume qu’elle « aime récolter ». Dans sa Touraine natale, l’asperge blanche était présente dans les champs et sur les tables. À Madagascar, Marion l’avait aussi croisée. Mais en Bretagne, la production reste marginale. L’idée d’une aspergeraie a ainsi naturellement pointé. Un petit tour de France des systèmes en Touraine, dans l’Aude et le Loir-et-Cher a nourri le projet lancé à Lanrivain (22).
Un légume au goût unique
Produire 7 t en 2028
« Le cycle d’un plant est de 12 ans », explique Marion Quillet, qui a investi une parcelle longtemps en prairie, bien exposée et riche en matière organique. Après une première petite récolte en 2024, l’objectif est d’atteindre « le plateau de production » en 2028, soit 7 t par an sur 3 ha. « C’est peu par rapport à la référence landaise qui tourne autour de 6 t/ha. Mais je préfère tabler sur des rendements de type bio dans un contexte climatique incertain », explique la Bretonne d’adoption. « J’ai étalé la plantation sur trois ans pour ne pas être submergée d’asperges tant que je n’avais pas trouvé les débouchés. Il fallait le temps d’être identifiée et reconnue. » Alors que la blanche est la plus répandue, ne manquant pas de « culot », elle a choisi l’asperge verte qui peut être cultivée sans butte. « En travaillant sur une surface réduite, je voulais proposer quelque chose qui se démarque. »


Humble face à la nature
« En 2026, en avril, j’ai fait des rendements de mai à cause de la chaleur », note la maraîchère. Soit près de 150 kg d’asperges par jour sortis de la parcelle. « Quand il fait beau, cela pousse trop vite. Quand il pleut, il y a des limaces… En agriculture, impossible d’avoir un coup d’avance, ce métier nous enseigne l’humilité », relativise-t-elle.
La première année, la sportive a tout ramassé à la main, souvent seule. Désormais, elle fait appel à de la main-d’œuvre saisonnière et a investi dans une machine d’occasion fonctionnant sur batteries. « Sans cela, la récolte est un crève-bonhomme. » Pendant la saison, en avril et mai, les journées de travail s’étirent souvent de 7 h à 21 h. Après la matinée de récolte au sécateur des turions à maturité (soit « une pige de 25 cm »), les après-midis sont consacrés au conditionnement.

Mécaniser les tâches
Partie avec « un petit emprunt », Marion Quillet investit chaque année 5 000 € de trésorerie pour moderniser l’activité. Après avoir conditionné 3 t d’asperges manuellement l’année dernière, elle a fait appel à Besnard Père et Fils pour mécaniser après récolte. L’entreprise sarthoise est spécialisée dans la fabrication de machines pour le convoyage, le triage et le calibrage des coquillages (moules et huîtres) et des asperges. « L’installation de ce roto a grandement facilité et accéléré les tâches. Ma ligne permet de laver astucieusement 200 kg de produit avec seulement 60 L d’eau, de calibrer, de botteler et de ficeler les turions en paquets de 500 g prêts pour la vente. »
Trois calibres sont proposés : la fine (moins de 12 mm de diamètre), la moyenne (12 à 16 mm) ou la grosse (plus de 16 mm). « Je m’adapte à la demande de chaque client. » Environ 35 % de la production sont vendus aux particuliers sur les marchés du mardi à Rostrenen ou du vendredi à Bulat-Pestivien, ainsi qu’à la ferme les jeudis en fin de journée. 35 % du volume sont destinés aux restaurateurs. Marion Quillet effectue deux tournées de livraison par semaine (l’une autour de Guingamp, Paimpol et Saint-Brieuc, l’autre jusqu’à Saint-Malo). Une partie est aussi envoyée par colis. Le reste du volume est écoulé auprès de grossistes, revendeurs et GMS.



En risotto ou à la plancha
Par rapport à la blanche des Landes qui pousse dans le sable, l’asperge verte de Lanrivain « doit se bagarrer davantage pour sortir de terre », précise l’agricultrice. « J’obtiens ainsi un produit plus goûteux. » Une qualité qui fait parler : son légume a même trouvé sa place sur des tables étoilées comme l’Anthocyane à Lannion, l’Auberge Grand Maison à Mûr-de-Bretagne, le Pourquoi pas à Dinard ou le Coquillage à Cancale… « Chaque année, j’étends ma clientèle. Je prends soin d’elle et j’écoute les remarques. »
Pour déguster ce « légume au goût unique », la productrice donne des conseils. « Je cuits une botte d’asperges moyennes 6 à 8 minutes dans l’eau bouillante, puis une fois passées sous l’eau froide, je les sers sans les éplucher avec un filet d’huile d’olive. Les fines, j’aime les faire revenir dans du beurre avant de les cuisiner en risotto. Ou encore à la plancha ou au barbecue : on obtient une asperge croustillante en surface et fondante à l’intérieur… »
Toma Dagorn
Sur place : La Ferme express, lieu-dit Guerlagadec à Lanrivain. Contact : 06 95 24 36 10



Des casiers accessibles à toute heure
Des casiers viennent d’être installés début avril dans une ancienne étable. « L’idée était de développer de la vente directe en contexte de main-d’œuvre limitée. Mais aussi de gagner en attractivité, alors que la ferme est monoproduit, en rassemblant dans un même lieu une large gamme de propositions locales. » Désormais, à la Ferme express, le voisinage dispose en libre-service et en permanence d’asperges bien sûr, mais aussi de terrines, miel, farine, œufs, pommes de terre, confiture et produits laitiers (chèvres et vaches). « Nous avons de bons retours des premiers clients. Quand nous sommes là, les gens sont contents de parler avec des paysans, de savoir d’où vient le produit… Cela crée du lien social car ce n’est pas un magasin touristique mais d’abord un commerce à destination des usagers du territoire. Reste à faire connaître ce nouveau service au plus grand nombre. »


