Dossier technique

Plus de fourrage sans hectare supplémentaire

Charles Massing, à Saint-Georges-de-Chesné (35) - Pour contrebalancer la petite surface de son exploitation et garantir l’autonomie alimentaire de son troupeau, Charles Massing mise notamment sur le semis de prairies sous couvert de méteil.

éleveur devant ses vaches dans un bâtiment - Illustration Plus de fourrage sans hectare supplémentaire
Charles Massing est autonome en fourrage depuis deux ans. | © Paysan Breton

Avec seulement 54 hectares pour nourrir 80 Prim’Holstein, chaque parcelle compte chez Charles Massing. Installé à Saint-Georges-de-Chesné (35) depuis 2016, l’éleveur doit composer avec une forte pression foncière qui limite toute possibilité d’agrandissement. Pour gagner en autonomie alimentaire sans augmenter la mécanisation, il sème des prairies sous couvert de méteil depuis 2021. « Ici, reprendre des terres est quasiment impossible », résume-t-il. Pourtant, depuis deux ans, l’exploitation parvient à couvrir les besoins alimentaires du troupeau.

Des prairies plus vertes l’été

L’assolement se compose de 36 ha de maïs, 2 ha de triticale, 3 ha de trèfle violet, 6 ha de prairies permanentes, 6 ha de prairies temporaires et 2 ha de prairies implantées sous couvert de méteil. Après le maïs, des dérobées à base de RGI et de trèfle incarnat sont implantées. Une partie est pâturée en hiver, tandis que le reste est fauché. Pour l’éleveur, le méteil sous couvert répond à plusieurs objectifs à la fois. « Je produis du fourrage supplémentaire sans davantage de mécanisation, je sécurise la production en cas de fortes chaleurs, j’apporte de la protéine dans la ration et, après la récolte du méteil, je récupère un paddock propre et fonctionnel. »

Faucher haut et tôt

Lorsque les prairies pâturées atteignent 4 ou 5 ans, l’éleveur les « fait pâturer à fond par les vaches taries ou les génisses amouillantes » avant de les détruire avec un ou deux passages de cover-crop. Selon les années, la parcelle est ensuite labourée ou non.

Fin octobre-début novembre, le mélange est semé avec le semoir à céréales de la Cuma. « J’apporte 30 unités d’azote en sortie d’hiver et je fais faucher par l’ETA au mois de mai, à environ 8 ou 9 cm. » Charles Massing privilégie une fauche précoce afin de conserver un fourrage qualitatif et appétent pour les vaches. Le méteil est ensuite enrubanné. Quelques semaines plus tard, la jeune prairie prend le relais. « Quand toutes les autres pâtures sont à l’arrêt l’été, celles-ci restent plus vertes et continuent de pousser. Les vaches peuvent y retourner en juin, juillet et parfois août. » Pour l’éleveur, ces prairies implantées sous couvert encaissent mieux les coups de chaleur et sécurisent le pâturage estival. Elles réintègrent ensuite le cycle classique de rotation.

130 kg/ha de semences

Charles Massing utilise deux mélanges différents, semés à raison de 50 kg/ha chacun. Le premier contient du triticale, de l’avoine, du blé, de la vesce et du pois fourrager et protéagineux. Le second est composé de vesce commune, de vesce de Narbonne et de pois fourrager. « J’y ajoute un mélange de trèfle blanc, ray-grass anglais et fétuque à 30 kg/ha et davantage de trèfle blanc à 2 kg/ha, pour apporter encore plus d’azote. » La MAT du méteil atteint en moyenne 17 % et le rendement avoisine 5 t MS/ha. L’ensemble du mélange est versé dans l’unique trémie du semoir. « C’est peut-être le seul inconvénient de la technique : je mélange mes semences à la main dans une bassine, ce qui est relativement long et physique. Je n’utilise pas de bétonnière qui abîme la semence, ce qui impacte la germination. »

Alexis Jamet

Attention aux années humides

Cette année, l’hiver très pluvieux a fortement pénalisé le méteil. L’agriculteur a donc fait le choix de faire pâturer la parcelle par ses vaches. « C’est la limite de ce système, et j’espère que ces hivers extrêmement humides ne vont pas devenir la norme. » Heureusement, la perte de fourrage sera compensée par un stock important d’herbe ensilée et par les dérobées.


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