Installés depuis quatre ans, les éleveurs conduisent 60 vaches sur 70 ha en bio dont 62 ha accessibles, en monotraite. « Le but, ce n’est pas de faire du volume, mais de dégager de la marge sur chaque litre », résument Suzanne et Rodolphe.
Un système pensé pour durer… et respirer
Ici, l’organisation est millimétrée. Vêlages groupés au printemps, période de traite concentrée, hiver sans lait : le calendrier vise autant la performance économique que la qualité de vie. « On voulait aussi se dégager du temps », expliquent les éleveurs, parents de trois jeunes enfants.
30 à 40 % de rendement en plus à fertilisation équivalente
Le troupeau, hétérogène (Jersiaises, croisements nordiques, Normandes…), est adapté au système : des animaux rustiques, capables de valoriser l’herbe. Une stratégie assumée, qui limite les problèmes sanitaires et les charges.
Prairies multi-espèce
Le socle technique repose sur des prairies multi-espèces, dominées par un mélange simple : moitié fétuque élevée, moitié ray-grass anglais, complété par du trèfle blanc et un peu de trèfle violet. Un choix directement inspiré d’essais menés à Trévarez : « À fertilisation équivalente, ces mélanges permettent un gain de 30 à 40 % de rendement, avec surtout une meilleure tenue dans le temps. Là où le ray-grass s’essouffle après quelques années, la fétuque prend le relais et sécurise la production », a expliqué Benoît Possemé, conseiller à la Chambre d’agriculture, au groupe d’éleveurs étrangers visitant la ferme le 19 mars, dans le cadre du projet européen Divgrass.
« L’idée, c’est de ne plus retourner les prairies », complètent les éleveurs. Moins de travail, moins de charges, plus de résilience.
Bale-grazing en hiver
En hiver, les vaches restent dehors. Le bale-grazing (1 t/VL de stock) structure le système : des bottes de foin déposées début d’hiver, puis distribuées progressivement tous les 1 à 2 jours. Sur 15 ha, 60 vaches valorisent ainsi les stocks pendant deux mois.
Les bénéfices de cette pratique sont multiples : besoin minimum de bâtiments, réduction du travail, restitution directe de fertilité et amélioration de la flore. « Les parcelles sont plus diversifiées après », constatent les éleveurs.
Malgré un hiver 2025/2026 très humide (près de 900 mm en quatre mois), le système tient. Les animaux avançant en permanence, cela limite le piétinement.
La même approche de réduction des coûts et de simplification prévaut pour élevage des génisses : valorisation du colostrum en lait fermenté, et depuis cette année, test de vaches nourrices. L’objectif est l’autonomie avec zéro gaspillage.
Didier Le Du
Robustesse du système
Avec moins de 30 000 € d’annuités pour environ 130 000 € d’excédent brut, le système démontre sa robustesse. Mais au-delà des chiffres, c’est une philosophie que mettent en œuvre les éleveurs : produire autrement, en s’appuyant sur l’herbe plutôt que sur les intrants.

