Dossier technique

Un diagnostic pour éviter les mauvais investissements

SCEA La Cour à Combourg (35) - Sur l'exploitation, les associés ont opté pour un diagnostic complet de l’ambiance de leur stabulation, afin d’identifier les solutions réellement adaptées sur leur site. Des ventilateurs à flux horizontaux ont été installés, offrant un circuit d’air homogène.

Une femme et un homme dans un bâtiment avec des vaches Holstein - Illustration Un diagnostic pour éviter les mauvais investissements
Louise Rouxel, consultante Eilyps, et Gilles Chapron, éleveur à Combourg, dans le bâtiment des vaches. | © Paysan Breton

Avant d’engager des investissements pour améliorer l’ambiance dans ses bâtiments d’élevage, il est préférable de réaliser un diagnostic complet de la ventilation et des adaptations possibles au changement climatique. Louise Rouxel, consultante ambiance des bâtiments chez Eilyps, cite l’exemple d’un éleveur qui a dépensé 40 000 € dans des ventilateurs à flux verticaux placés sous un dôme éclairant que les vaches fuyaient car ils soufflaient l’air chaud vers le bas.

Sur la SCEA La Cour, les éleveurs lui ont demandé conseil avant d’investir. « Nous avons connu ces dernières années plusieurs pics de chaleur qui ont impacté la production de nos vaches, passant de 45 à 39-40 L en moyenne sur plusieurs jours. Nous avons décidé d’agir mais ne savions pas quels changements envisager », précise Gilles Chapron, associé avec son frère Jean-Marie, Jean-François Thébault et Ronald Cherbonnel. Ils emploient 7 salariés sur leur ferme de 250 ha de SAU et produisent 2,5 millions de L de lait avec 3 robots (200 vaches Prim’Holstein) et gèrent à côté des ateliers porc, volaille et méthanisation.

Malgré les sept grandes ouvertures (sur 2 m de hauteur avec un recouvrement de toiture de 1 m) de leur stabulation en toit d’usine, la grande largeur d’environ 60 m ne facilitait pas l’effet vent nécessaire en été (en hiver, la ventilation est davantage verticale du fait des différences de température entre l’intérieur et l’extérieur).

« La vitesse d’air était à revoir »

« Lors du diagnostic, des mesures sont effectuées tous les 15 m dans le bâtiment et comparées avec les données enregistrées à l’extérieur », précise Louise Rouxel. Les points analysés sont les suivants : température ressentie et ambiante, ammoniac, humidité, CO2, luminosité, particules fines, vitesse de l’air, orientation du vent. « Ces mesures complètes sont importantes car chaque élevage est différent. Les conseils ne peuvent être les mêmes pour tous. »

Des mesures tous les 15 mètres

Sur la SCEA La Cour, « j’ai réalisé le diagnostic en octobre 2024. Les paramètres étaient bons au niveau du rayonnement de la toiture ou de l’humidité mais la vitesse d’air était à revoir ». Dans ce bâtiment, « il était préférable d’installer des ventilateurs à flux horizontaux par sections de bâtiment, du fait de la présence de nombreux poteaux. Ils permettent de recréer l’effet vent vers les robots, ce qui limite aussi les mouches au niveau de la traite. »

Les ventilateurs se déclenchent dès 18 °C

19 ventilateurs (marque Sodalec, diamètre 1,3 m) ont été suspendus dans la stabulation, agissant sur 15 m chacun. L’investissement a été d’environ 46 500 € au total. « L’installation a été faite il y a 2 mois par Émeraude élevage, sur 2 semaines. Les ventilateurs se déclenchent dès que la température détectée par 2 sondes dans le bâtiment dépasse 18 °C. Cinq vitesses de rotation sont possibles selon la température. Tout est automatisé, piloté depuis une armoire de contrôle », précise Gilles Chapron. « Nous allons quantifier la consommation d’électricité des ventilateurs. » L’élevage installe actuellement des panneaux photovoltaïques, en autoconsommation et revente.

Un homme commande sur un boîtier
La ventilation est automatisée, pilotée depuis une armoire de contrôle.

Quatre devis réalisés

Les éleveurs ont réalisé quatre devis avec différents fournisseurs de ventilateurs. « Je n’oriente pas les éleveurs vers telle ou telle entreprise, mais ils me fournissent les devis et je regarde l’implantation prévue pour voir si c’est cohérent avec le diagnostic (qui est un conseil neutre). Je peux éventuellement revenir sur site pour reprendre des mesures et vérifier le bon fonctionnement. »

Gilles Chapron a aussi ajouté de la longueur d’abreuvement (4 abreuvoirs en tout). « Pour les ‘prépa vêlage’, deux points d’eau sont présents dans chaque case. » L’installation de rideaux amovibles et une ouverture du bardage en hauteur sont envisagées.

Agnès Cussonneau

Cinq points analysés selon un ordre de priorité

« Le stress de chaleur devient plus courant dans l’Ouest, plus précoce ou plus tardif également. Cette année, j’ai identifié des conditions de THI (index qui combine température et humidité) critiques dès fin février. Cela peut aussi arriver jusqu’en novembre », observe Louise Rouxel. Quand elle réalise un diagnostic, la consultante analyse successivement 5 points par ordre de priorité. « Je commence par regarder la capacité d’abreuvement. Les recommandations de l’Idele sont de 10 cm d’abreuvoir/VL. Aujourd’hui, je préconise plutôt 12 à 15 cm. » Deuxième point fondamental, la toiture qui est le premier poste de chaleur. « Sous une toiture fibro, la température peut monter jusqu’à 80 °C. Des solutions existent pour l’isoler (bac acier isolé, panneaux sandwich, polyuréthane sur fibro). On peut faire chuter de 6 °C la température ressentie. »« C’est seulement après l’analyse de ces deux points que je regarde si la ventilation naturelle est efficace. Dans le cas contraire, l’ouverture des murs, l’installation de rideaux repliables ou une ventilation dynamique peuvent être proposés. Les brasseurs d’air peuvent permettre une baisse de 2 à 3 °C de la température ressentie. » En dernière option, « de la brumisation ou du douchage peuvent être envisagés. »Depuis le lancement de ce service en 2021, Eilyps a réalisé 500 ‘diagnostics ventilation’ sur le Grand Ouest. Le coût, incluant une visite avec prise de mesures, une restitution et un suivi par mail ou téléphone, est compris entre 1 000 et 1 500 €. « Dans beaucoup de cas, de mauvais choix de ventilateurs ou leur mauvais placement sont mis en évidence. » En complément, « nous avons le projet de proposer des diagnostics lumière plus complets. Un paramètre qui joue sur l’activité, la production et la reproduction des bovins. »


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