Dossier technique

Le besoin de ventiler un bâtiment déjà ouvert

Gaec du Champ Léger à Grandchamps-des-Fontaines (44) - Bertrand Lelou a d’abord sous-estimé l’impact du stress thermique sur son troupeau avant d’investir pour redonner du confort à ses vaches. Aujourd’hui, les périodes de forte chaleur ont des conséquences limitées sur les performances et la santé.

Trois hommes devant la table d'alimentation d'un bâtiment pour vaches slaitières - Illustration Le besoin de ventiler un bâtiment déjà ouvert
Les trois associés Bertrand, Romain et Basile Lelou | © Gaec du Champ Léger

« Je ne me sentais pas du tout concerné par l’installation de ventilateurs dans notre bâtiment. Et pourtant… », confie Bertrand Lelou, associé avec ses fils Romain et Basile, à Grandchamps-des-Fontaines, à 15 km au nord de Nantes (44). Il faut dire que l’étable du Gaec construite il y a neuf ans pour loger 140 Pie Rouge conduites en traite robotisée est grande ouverte à l’est, équipée d’un filet escamotable, relevé dès que la météo est favorable à l’ouest et non bardée au nord.

Les ventilateurs s’auto-amortissent grâce à la production préservée

Chute en lait, boiteries et trou en reproduction

Si les associés n’imaginaient pas avoir « des problèmes de stress thermique », ils constataient tout de même des baisses de lait en période chaude. Au printemps 2024, ils ont installé des capteurs de la solution Neo (Innoval) pour suivre l’évolution en temps réel de la température et de l’hygrométrie dans leur enceinte. « En septembre, cela a été la catastrophe : un coup de chaleur a fait chuter la production de 5,5 kg de lait par vache en une journée. Une baisse qui a perduré pendant une semaine. » Pendant cet épisode délicat, les animaux, « essoufflés », ne fréquentaient plus les logettes. « Ils n’ingéraient plus. La gestion des refus était compliquée. » Les conséquences de cette mauvaise passe se sont d’ailleurs fait ressentir dans la durée. « Restés longtemps en station debout sur les aires d’exercice durant ces jours de stress thermique, les animaux ont déclaré des boiteries par la suite », rapporte Bertrand Lelou. « Et puis des vaches ont coulé. Il y a eu un gros trou de reproduction. » Du côté du THI calculé à partir des données des capteurs, « nous étions vraiment dans le rouge. » Même dans ce bâtiment très ouvert, l’humidité de l’air grimpait très fortement : « Les conditions étaient en fait très défavorables pour les vaches. »

Ventilateurs à pales de 6 m de diamètre

Pendant l’hiver, les éleveurs font des visites et demandent des devis pour des systèmes de ventilation mécanique. Ils investissent finalement 30 000 € tout compris pour installer cinq brasseurs d’air horizontaux (Noirot) de 6 m de diamètre. De grandes pales volontairement placées au-dessus des trois rangées de logettes (déjà équipées de tapis épais) « pour favoriser au maximum le confort de couchage. » Quand l’été 2025 est venu, « encore plus chaud que le précédent avec de gros pics de température », les vaches n’ont plus souffert. « Du côté des capteurs, le THI est resté modéré. Du côté du troupeau, zéro chute de production », précise Bertrand Lelou. « Alors qu’à 4 km, sous les mêmes conditions climatiques, un voisin a perdu 7 kg de lait par vache en juillet… »

Énergie photovoltaïque

L’amortissement de l’installation des ventilateurs se fait sur sept ans. « Les vaches nous rendent le confort donné. Aux premiers coups de chaud, nous avons fait une simulation. Le matériel va s’auto-amortir, les annuités étant couvertes par les quantités de lait qui ne sont plus perdues. Et cela sans intégrer dans le calcul le bien-être animal, la santé des pattes et la reproduction qui ne sont plus dégradés, ni le temps perdu à s’occuper d’un troupeau rencontrant des difficultés », explique l’éleveur. Le coût de la consommation électrique supplémentaire est jugé « marginal », d’autant que le Gaec profite d’un tracker. « Les journées de grosse chaleur, il fait très beau. La production photovoltaïque est donc maximale alors que les ventilateurs sont à plein régime. Et la nuit, quand les panneaux solaires sont inactifs, il fait naturellement moins chaud et les brasseurs ralentissent et consomment moins. »

Toma Dagorn

Ventilation en continu et ambiance stable

Désormais, au Gaec, les ventilateurs fonctionnent en permanence (« cela favorise la durée de vie des moteurs »), excepté les jours à température négative « pour ne pas amplifier la sensation de froid ». En-dessous de 13 °C, ils tournent à la vitesse minimale. Ensuite, dès que le mercure grimpe d’un palier de 2 °C, ils accélèrent. À partir de 25 °C, ils sont à plein régime. « Les matins d’été, désormais, j’enfile blouson et bonnet pour aller faire les logettes. Mais les vaches, elles, sont bien : elles consomment à l’auge, circulent au robot et surtout se couchent normalement et ruminent » , apprécie Betrand Lelou.Cette ventilation mécanique a apporté une certaine constance à l’ambiance du bâtiment. « Désormais, en été, les performances de reproduction sont identiques à l’hiver ». Les perturbations des jours chauds étant oubliées, « la reproduction n’a même jamais été aussi bonne sur l’élevage ». L’intervalle vêlage-vêlage a diminué un peu depuis l’installation des braseurs pour se situer à 373 jours aujourd’hui.


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