Dossier technique

« Les haies sont en fait nos bâtiments »

Gaec Abasq, Kersaint-Plabennec (29) - Les talus et les haies plantés il y a 80 ans servent toujours au troupeau du Gaec. Les associés continuent les plantations, les arbres servent à protéger le troupeau du vent, du froid, de la pluie et des fortes températures.

Des agriculteurs avec une vache - Illustration « Les haies sont en fait nos bâtiments »
De gauche à droite :
Kevin, Denis, Anthony et Lucie Abasq. | © Paysan Breton – F. Paranthoën

Les générations d’agriculteurs se succèdent, se croisent, travaillent en même temps sur la ferme de la famille Abasq. Les arbres aussi : on retrouve sur les bords des talus des sujets centenaires, aux côtés de plantations beaucoup plus fraîches et jeunes. Sur cette exploitation de 120 vaches laitières de Kersaint-Plabennec (29), Denis Abasq est associé avec ses fils Kevin et Anthony, tous deux installés la même année, fin 2022. 675 000 L de lait sont produits chaque année grâce à un troupeau composé de Prim’Holstein, de Normandes et de vaches issues de croisements en 3 voies.

Dès que la température dépasse les 20 °C, le troupeau se met sous les arbres

Ici, les animaux passent le plus clair de leur temps dehors, grâce à 52 ha accessibles. « Elles sortent jour et nuit pendant 9 mois de l’année », chiffre Kevin Abasq. Les petits paddocks sont bien dimensionnés, mais sont surtout bordés d’arbres, qui agissent comme une véritable barrière de protection contre les vents, la pluie et les coups de chaud de l’été. « Dès que la température dépasse les 20 °C, le troupeau se met sous les arbres. Certaines essences sont même préférées : c’est le cas des hêtres, sous lesquels il fait encore plus frais, sans doute à cause de leur feuillage plus touffu. En fait, nos haies servent de bâtiment : les parcelles sont ventilées, l’évapotranspiration sert de brumisation. Mais c’est gratuit », se plaît à dire Denis Abasq. Suivant les conditions météorologiques, les parcelles de pâturage sont sélectionnées : « Pendant les coups de chaud, nous préférons mettre le troupeau là où il y a de grands arbres ».

Des vaches au pâturage
Les animaux profitent de cette protection.

Un patrimoine reçu, à transmettre

La première génération de la famille s’est installée « en 1953. En pleine période de remembrement, mon père a conservé des talus qui auraient normalement dû tomber. Puis, à mon installation en 1986, j’ai suivi une formation avec André Pochon sur la gestion de la ferme : comment produire en dépensant moins et en travaillant moins. Nous n’étions que 3 à cette formation où la fiscalité était un sujet important » se souvient Denis Abasq. Il se conforte dans l’idée de « diminuer la part de maïs et de mettre de plus en plus d’herbe dans les champs. Mais, pour faire sortir le troupeau tôt et tard dans la saison, s’il n’y a pas de talus, cela ne sert à rien de faire pâturer ». Le travail de plantation de haies initié par son père est donc poursuivi, complété par d’autres chemins pour accéder à l’herbe. « Il existait déjà des aides dans les années 90 pour planter. Les agriculteurs créaient des haies entre voisins, j’étais le seul à en créer pour séparer mes parcelles ». La sole de 83 ha ne compte plus aujourd’hui que 7 ha de maïs, le reste est en herbe, pâturée ou fauchée.

Et cette volonté de conserver et de créer du bocage est bel et bien dans les gènes de la famille : « Dès notre installation, nous avons planté 1,5 km d’arbres. L’effet d’une haie ne se fait sentir que 15 ans après la plantation, c’est pourquoi nous avons commencé de suite. Nous avons bénéficié des aides du programme Breizh Bocage. Mais, même sans aides, nous aurions quand même planté ». Au total, la ferme compte désormais 11 km de haies et de talus boisés. Dans les projets à venir, les éleveurs laitiers pensent encore augmenter ce linéaire. Ils pensent aussi à de l’agroforesterie en intra-parcellaire, avec une espèce particulière. « On pourrait planter des pommiers : il n’y aurait pas de perte de production laitière, mais du jus de pomme en plus ! », se réjouit à l’avance Denis Abasq. L’objectif est de diminuer la taille des paddocks, pour arriver à une surface par espace pâturable de 1 ou 2 ha maximum.

Lors de leur installation, Kevin et Anthony Abasq ont repris une exploitation voisine. Actuellement en cours de construction, un bâtiment permettra de regrouper les 2 troupeaux. « Pour autant, les vaches sortiront autant », prévoient-ils. La structure sera très ouverte, sans équipement particulier de ventilation.

Fanch Paranthoën

Entretien à la tronçonneuse

« Nous avons souscrit une MAE Bocage. L’entretien des haies au lamier est interdit, tout est géré à la tronçonneuse. C’est plus de temps à passer, mais les intervalles d’entretien des arbres sont allongés, nous passons 2 ou 3 fois moins souvent qu’avec un lamier », estime Anthony Abasq. « En s’y mettant à plusieurs, le débit de chantier est bon ». Les coupes sont légères, « nous essayons de garder des haies denses ». Et les haies servent aux haies : dans les parcelles les plus exposées, « la pousse est freinée. Elle est beaucoup plus rapide quand un talus en protège un autre, comme dans les coins de champ ». Cet entretien du bocage a été salué au Concours général agricole de Paris, la ferme ayant remporté le premier prix national dans la catégorie gestion en 2024.

Plus de lait grâce aux arbres

Dans le Nord-Pas-de-Calais, le rôle tampon des arbres a pu être mesuré lors d’une étude d’observation menée entre 2021 et 2023. Dans la journée (entre 9 h et 19 h), les températures sont moins élevées sous les arbres que dans la prairie témoin sans arbre, et le taux d’humidité y est supérieur. La nuit, au contraire, les températures sont légèrement plus basses dans la prairie témoin. C’est en milieu de journée que la différence de température enregistrée sous les arbres et dans le témoin sans arbre est la plus forte : jusqu’à -8 °C pour les journées les plus chaudes de 2022. La présence des arbres dans les parcelles agroforestières fait diminuer le niveau de stress thermique à proximité des arbres et dans l’interrang, et limite les pertes de production laitière et de revenu. Ainsi, entre le 27 avril et le 18 octobre 2022, la présence des arbres dans les prairies a permis d’éviter jusqu’à 371 heures de stress thermique, correspondant à une perte de production voisine de 116 L de lait par vache.


Un commentaire

  1. Pescheux Pierrette

    Superbe, si seulement dans le Perche les agriculteurs pouvaient faire ça.

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