Paysans et artisans s’entraident au sein d’un collectif

Ils sont quatre et ont créé un tiers-lieu rural, à la ferme de Kerveno, à Colpo (56). Le paysan meunier, la pépiniériste, la potière et la cardeuse de laine cheminent côte à côte, en bonne entente.

Trois femmes et un homme posent devant une maison en pierre - Illustration Paysans et artisans s’entraident au sein d’un collectif
Sandrine Lanoë, Catherine Dumoulié, Enora Palvadeau et Jean-Michel Roho.

Colpo (56)

Après une dizaine d’années dans le domaine de la communication, Jean-Michel Roho aurait pu reprendre la ferme familiale et produire du lait sur ses 80 hectares, dans un système bien rodé. Son envie de partager et de créer du lien en a décidé autrement. Il s’est spécialisé en grandes cultures biologiques et cultive diverses céréales, du tournesol, du colza et des lentilles qu’il transforme sur place.

Des bâtiments susceptibles d’accueillir d’autres entrepreneurs

Il cultive également de la féverole, du pois et du triticale qu’il vend en circuit long. Ses farines sont vendues sous la marque Épi Breizh, qu’il a créée avec Louis Raviart, agriculteur à Plumergat. « On ne se connaissait pas ; on s’est rencontré parce qu’on voulait acheter le même moulin », indique le paysan meunier. « On s’est dit qu’on pouvait travailler ensemble sur la partie transformation vente ». Ils ont créé la SAS Graines de Malice. Leur moulin est installé sur la ferme de Kerveno. Les farines sont commercialisées en réseau de magasins spécialisés, chez des crêpiers, dans des biscuiteries et en boulangeries. Plus d’une centaine de tonnes au total. Sa volonté de travailler en collectif ne s’est pas arrêtée à cette association. « Je ne voulais pas travailler seul ; je voulais accueillir du monde ; proposer des animations… Il y avait, sur le corps de ferme, de nombreux bâtiments à réhabiliter, susceptibles d’accueillir d’autres entrepreneurs ».

Cardeuse de laine pour ses 300 clients

Enora Palvadeau est la première à avoir répondu à l’appel. Elle a fait un grand saut, entre son ancienne activité d’ingénieure en maintenance à la SNCF et son installation à Kerveno. « Il n’y a quasiment plus de filière de transformation de la laine en France. Je me suis dit qu’il y avait de la place ». Son stage de fin d’études chez Armorlux lui avait mis la puce à l’oreille. Elle a investi le hangar avec ses machines et créé La ferme à laine. Elle carde aujourd’hui une petite dizaine de tonnes de laine de ses 300 clients, chaque année. Ceux-ci reprennent leur laine et vendent leurs produits sous leur propre marque. Au-delà de cette prestation, elle tond des moutons chez des éleveurs, récupère et transforme la laine pour créer des semelles, des plaids et vend de la matière première à des artisans, en prenant soin de ne pas concurrencer sa clientèle sur les lieux de vente.

Une femme devant une cardeuse de laine
Enora Palvadeau

Des poteries à la sciure de granit

C’est sur un marché que Sandrine Lanoë a rencontré ses acolytes. « J’étais un peu à l’étroit dans mes anciens locaux de Saint-Avé. À Kerveno, j’ai trouvé l’espace qui me convenait. L’idée de m’installer à la campagne, dans un collectif, m’a plu ». La céramiste s’est installée dans l’une des granges pour confectionner ses poteries, avec de la terre et des sciures de granit collectées à la carrière d’Elven, et du kaolin de Ploemeur. Elle vend à des particuliers et à des restaurateurs, et projette d’installer un four, fonctionnant avec du bois de la ferme.

Tous locataires

Après dix années de voyage en famille à bord d’un voilier, Catherine Dumoulié a créé une pépinière, après formation à Kerplouz (Auray), sur deux hectares, avec une serre automatisée (ouverture et irrigation). « Je produis et je vends des plants d’arbres fruitiers, de vivaces aromatiques et de fleurs comestibles ». Essentiellement à des particuliers lors des Fêtes des plantes. La belle-sœur de Jean-Michel utilise le matériel de la ferme mais aussi des coproduits de cultures et des déchets de la carderie pour fertiliser ou pailler le sol. Les quatre associés des Fermiers de Kerveno louent les terres ou les bâtiments à la propriétaire. « À terme, on pourrait envisager un rachat de la totalité par Terres de Liens, pour pérenniser nos activités », indique l’agriculteur. Des activités qui se portent bien si l’on en croit la volonté de trois d’entre eux de trouver chacun un associé pour développer la carderie, la pépinière et aménager une boulangerie afin d’achever le cycle des céréales produites sur place.

Bernard Laurent

Des animations à la ferme, le 31 mai

Les associés des Fermiers de Kerveno développent chacun leur entreprise mais sont réunis au sein d’un collectif qui gère, entretient et rénove les bâtiments du corps de ferme. « On cuisine et on mange généralement ensemble, à midi, dans l’ancienne maison d’habitation ». Aucun d’entre eux n’habite sur la ferme. Tous ont des enfants et un conjoint ou une conjointe qui travaille à l’extérieur. Tous les ans, ils ouvrent les portes de leurs installations au grand public et organisent un marché de Noël, très fréquenté. Régulièrement, ils organisent des évènements – rencontres entre céramistes, entre acteurs de la filière de la laine, entre pépiniéristes – et des concerts à la ferme. « C’était l’un de nos objectifs : accueillir du monde sur la ferme, créer du lien, montrer nos savoir-faire ». Le dimanche 31 mai prochain, ils ouvriront leurs portes, dès le matin, pour un petit-déjeuner dans le cadre de la fête du lait bio. Ils enchaîneront avec un marché paysan, diverses animations, et un rougail saucisse, sur réservation.


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