Un parc d’attente avant les robots 

En partenariat avec Seenovia, le Gaec de la Chevalerie à Chantrigné (53) a ouvert ses portes en mars dernier pour partager l’expérience d’une première année en traite robotisée.

Un éleveur guide une vache vers un robot de traite grâce à une jeu de barrière - Illustration Un parc d’attente avant les robots 
Nicolas Savary présente le portillon astucieux permettant de bloquer une vache pour la traire en priorité. | © Paysan Breton - T.Dagorn

Chez Laëtitia et Nicolas Savary, la salle de traite 2×8 postes de 1974 a été rénovée en 1995. « Mais bas de plafond et vieillissante, elle n’était plus très confortable pour traire 110 vaches. Les quatre heures de traite et la gestion du bâtiment occupaient presque un temps plein. Nos épaules fatiguaient. Il fallait faire quelque chose… »

Finalement financés

Alors qu’une salle de traite neuve (matériel, maçonnerie…) « coûte cher aussi », estiment les éleveurs, « pour s’économiser la santé qui n’a pas de prix », l’envie d’automatiser s’est imposée en contexte de main-d’œuvre limitée (un salarié au Gaec). « Ce projet, ce n’était pas que deux stalles, mais aussi un agrandissement de bâtiment, une fosse et des silos. Car pour monter en lait, il faut la nourriture en face… Il fallait penser à tout. » Trois ans de suite, la banque refuse de financer. Le couple s’étant réinstallé « sans aides » en 2013 après une expérience en association en reprenant cette ferme (180 ha, 70 laitières). « Nous avons payé relativement cher et juste eu le temps de refaire les logettes quand la crise du lait de 2015 est arrivée… » Avec d’importantes annuités, la situation s’est tendue. « Pendant sept ans, nous étions bloqués sur tout. » Passionnés, les Mayennais ont pourtant développé en achetant du quota (200 000 L en 2015, 150 000 L en 2018, 150 000 L en 2020) et obtenu une rallonge de 200 000 L en 2023. Pour une référence d’1,5 million de litres aujourd’hui. « En attendant, dans la vieille salle de traite qui ne coûtait pas cher, nous avons fait de la trésorerie et montré que nous pouvions livrer chaque volume supplémentaire. »

Temps libre aux robots

Quand un gros emprunt est arrivé à échéance, les choses se sont débloquées. Pour 500 000 €, le projet a vu le jour. Inaugurés en février 2025, les robots ont été posés dans l’ancien parc d’attente sur caillebotis reconverti en zone dédiée aux automates (voir encadré). « Objectif : avoir de la tranquillité au quotidien en évitant que l’accès aux stalles ne soit bloqué par des animaux qui ne sont pas à traire, par exemple des vaches chassant les restes d’aliment. » Grâce à cette organisation, avec 120 vaches à la traite, la fréquentation est bonne (6 ou 7 vaches traites/heure/stalle) et les robots ne sont pas saturés : « Ils présentent 4,5 heures de disponibilité par jour. »

L’automatisation de la traite a eu un impact majeur sur la productivité. « En un an, la production est passée de 34 à 41 kg de lait par vache par jour. Cela s’explique par une traite plus fréquente mais aussi par le bien-être des animaux qui évoluent désormais à leur propre rythme », estime le couple. Si la ration a peu varié, l’ingestion a progressé et l’apport d’aliment a tout de même augmenté : « En plus du soja à l’auge, disons de 2,5 à 3 kg/VL/jour au Dac en traite conventionnelle à 3,5 kg au robot. » En parallèle, le volume livré a grimpé d’1,2 million de litres par campagne en traite conventionnelle avec une part de pâturage à aujourd’hui 1,5 million en robot. La stratégie de Laëtitia et Nicolas Savary étant bien assumée : « Intensifier pour produire davantage pour amortir les charges en s’appuyant sur de bons fourrages pour limiter le coût de concentré. »

Toma Dagorn

Portes intelligentes et barrières astucieuses

À l’entrée du parc d’attente, une porte deux voies gère l’accès : « Soit l’animal peut entrer, soit il est renvoyé vers l’aire d’exercice. » L’autorisation d’entrer dépend aussi des vaches déjà présentes : maximum 10 animaux dans le parc. De l’autre côté de cet espace, une porte trois voies régit les sorties. La vache qui s’y présente peut être dirigée à droite vers l’étable, en face vers l’isolement sur aire paillée ou à gauche pour un retour dans le parc d’attente si elle n’est pas passée par la case traite. « Grâce à ces deux portes intelligentes, la circulation autour des stalles est très fluide. »À l’entrée de chaque robot, une barrière astucieuse pour bloquer une vache à traire en priorité est installée. « Au quotidien, ces portillons s’avèrent indispensables. Par exemple, pour habituer une primipare à passer dans la stalle ou une vache en retard à traire avant les autres. » Laëtitia Savary précise que pour la première traite d’une primipare, le bras est passé « en manuel » : l’éleveuse réalise elle-même, en douceur, le lavage des trayons et la pose des gobelets.

Une vache bloquée par une barrière pour la guider vers un robot de traite
Aperçu d’une vache mise à la traite en priorité grâce au portillon astucieux équipant chaque robot

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