‘‘Sols de Bretagne’’ soutient l’agriculture régénératrice

Jean-Philippe Turlin, conseiller de la Chambre régionale d’agriculture aide les éleveurs finistériens engagés dans le programme « Sols de Bretagne » à entrer dans une logique de conservation des sols - à l’image de Jacques Simon - éleveur porcin à Plouider. Témoignage croisé.   

Deux hommes accroupis au milieu d'un champ - Illustration ‘‘Sols de Bretagne’’ soutient l’agriculture régénératrice
Jean-Philippe Turlin, conseiller gestion des sols, et Jacques Simon, éleveur porcin à Plouider (29), montrent que sous le colza, grâce au semis direct, il reste des pieds de trèfle d’Alexandrie : « Cela fournit de l'azote, favorise la mycorhization et trompe les insectes (mogettes ou altises). Dès que le colza est récolté, le trèfle repart et peut donner jusqu’à 4 tonnes de matière sèche à l’hectare ».

Plouider, 7 avril 2026, Jean-Philippe Turlin et Jacques Simon, sollicités pour témoigner sur ‘‘Sols de Bretagne’’ se retrouvent à la ferme. Les deux hommes se connaissent bien. D’entrée, Jean-Philippe Turlin pose le cadre en rappelant les principaux objectifs de ce programme et le rôle qu’il y joue : « Je suis là pour accompagner l’agriculteur. Cela commence par une phase intermédiaire de cinq ans qui lui permet de supprimer l’essentiel de ses labours et de passer aux semis directs. Avant cela, il doit apprendre à gérer au mieux ses couverts végétaux, c’est la base : en couvrant son sol, l’éleveur le protège, le nourrit et y favorise l’activité biologique. L’idée est simple : qu’elle fasse le travail à sa place. J’observe que l’agriculteur prend plaisir à voir les vers revenir ou son taux de matière organique augmenter… Autrement dit : à comprendre ce qui se passe dans le sol ! Enfin, je l’accompagne sur la réduction de l’IFT. C’est en actionnant tous ces leviers qu’il peut percevoir l’intégralité de l’aide financière. Elle fonctionne par tranche. L’efficacité de ce dispositif repose avant tout sur sa progressivité et sa dimension collective. D’une part, il donne le temps à l’éleveur de modifier ses pratiques. De l’autre, la tenue chaque année d’une réunion regroupant les participants du département – à laquelle vient s’ajouter un entretien individuel – est particulièrement appréciée ».

« Mes sols tiennent »

Qu’en dit Jacques Simon ? « C’est au cours d’une réunion TCS animée par Jean-Philippe Turlin que j’ai appris le lancement de ‘‘Sols de Bretagne’’. Y adhérer m’a permis de passer le cap vers le semis-direct. L’aide financière m’a rassuré sur la transition, comme la présence du conseiller me rassure sur le suivi parce que prendre de bonnes habitudes seul n’est pas facile ! Il me conseille, m’informe sur ce qui se fait ailleurs et puis, au plan administratif, on peut vite me perdre ». Mais comment Jacques Simon a -t-il utilisé les leviers de changement de pratique mis à sa disposition ? Pour ce qui est du non-labour, c’est loin d’être un novice : « Cela fait vingt ans que je le pratique. Au départ, j’utilisais de simples outils à dents et puis, progressivement, j’ai diminué la profondeur de travail du sol. Aujourd’hui, je confie mes semis directs à une ETA équipée d’un semoir adapté. C’est une chance de pouvoir lui faire appel, je gagne énormément de temps ».

« J’ai pu maintenir mes rendements, mais en dépensant moins et en gagnant du temps »

Pour les couverts végétaux, Jacques Simon alterne phacélie, féverole et trèfle : « Le trèfle est broyé et reste au sol. J’y sème directement du colza qui, une fois récolté, laisse repartir le trèfle ». Enfin, concernant la réduction de l’IFT : « J’ai essentiellement diminué régulateurs de croissance et fongicides. Au final, j’ai pu maintenir mes rendements, mais en dépensant moins et en gagnant du temps ». Et l’éleveur de conclure : « Côté biodiversité, c’est énorme ce que j’ai vu revenir, des oiseaux jusqu’aux insectes… Maintenant je coche toutes les cases au niveau environnemental : apport d’azote, fuite d’éléments vers la rivière… et mes sols tiennent ».

Pierre-Yves Jouyaux

Contact : Jean Philippe Turlin – Conseiller agronomie gestion des sols et fertilisation à la Chambre d’agriculture – 06 85 93 13 22

Repères : Earl Simon; Naisseur-engraisseur ; 168 truies; Cultures sur 65 ha : blé, orge, maïs, féverole, colza ; 32 % des surfaces en semis direct. Sols de Bretagne 2020/2030 ; 100 exploitations ; 11 000 ha ; Aide à l’hectare par tranche de 20 € sur • le couvert végétal ; • le non-labour et le travail du sol (au moins 25 % de surface en semis-direct au bout de 5 ans) ; • l’IFT objectif : – 30 % sur la référence régionale ; Aide jusqu’à 80 €/ha/an les 5 premières années ; 46 € /ha/an les suivantes ; Plafonds annuels : 7 500 € par UTH puis 5 000 €.

Quatre acteurs, quatre évolutions

Le programme “Sols de Bretagne” accompagne la transition vers des pratiques régénératrices du sol. Conçu par des agriculteurs pour les agriculteurs, il est cofinancé par la Région Bretagne et le Fonds Livelihoods qui assure également le suivi carbone. La Chambre régionale d’agriculture apporte, elle, son expertise technique pour l’accompagnement et le suivi des exploitations. Enfin, l’association “Sols d’Armorique” anime un réseau d’agriculteurs pour diffuser et enrichir les pratiques. Quatre acteurs pour une vision commune.L’objectif initial, d’ores et déjà atteint, était de convaincre une centaine d’exploitants de s’engager. L’aide financière attribuée repose sur un versement incitatif à l’hectare récompensant l’agriculteur sur quatre évolutions de pratique : le non-labour menant au semis-direct, l’implantation de couverts végétaux, le stocka- ge de carbone et la réduction de l’IFT. Son engagement passe par une phase intermédiaire qui lui laisse le temps d’atteindre les objectifs fixés et d’ancrer durablement les techniques de conservation dans son quotidien.


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