Cent ans… Voilà cent ans que la Caisse de Bretagne de Crédit Mutuel Agricole (CBCMA) œuvre au service de l’agriculture bretonne. Un anniversaire fêté comme il se doit, la semaine passée, à l’occasion de l’assemblée générale de la branche agricole du Crédit Mutuel de Bretagne. Sans nostalgie, mais avec la volonté de célébrer et de mettre en lumière des racines qui plongent au plus profond du mouvement coopératif et mutualiste agricole.
À l’écran, Yves Le Baquer, ancien salarié de l’Office Central des œuvres mutuelles agricoles et ex- directeur général du Crédit Mutuel de Bretagne, relate comment la CBCMA, au départ simple outil au service de la coopérative, s’est développée pour donner naissance à ce qui deviendra, dans les années 70, le Crédit Mutuel de Bretagne. Un CMB qu’il dirigera d’ailleurs de 1984 à 1996, aux côtés du président Louis Lichou avec qui il formera un duo emblématique à la tête de la Fédération.
Pour une agriculture bretonne viable, vivable et durable
Parmi les étapes clés de l’histoire de la Caisse de Bretagne figure, bien sûr, la banalisation de la distribution des prêts bonifiés à l’installation des jeunes agriculteurs. Une avancée décrochée fin 1989, après d’âpres combats avec les pouvoirs publics. Sur le terrain, le CMB doit alors faire ses preuves. Les habitudes prises durant la période de monopole ont la vie dure. Mais les « militants » de la Caisse de Bretagne, avec la foi du charbonnier, labourent le terrain, organisent des réunions, présentent leur démarche. « Nous avons eu des pressions de nos concurrents, mais nous avions de quoi répondre », souligne avec malice le charismatique Amand Denieul, président de la CBCMA de 1984 à 2006. « Il y avait de la volonté, du goût, de l’envie », rappelle Pierre Vern, alors responsable du marché de l’agriculture au Crédit Mutuel de Bretagne. Une envie pour le moins partagée à en juger par l’évolution des parts de marché. « La première année, nous avons réalisé 5 % de la distribution des prêts bonifiés en Bretagne, la deuxième année 10 % et la troisième année 15 % ».
Une nouvelle concurrence
Fidèles à leur ligne de conduite, « On dit ce qu’on fait, on fait ce qu’on dit », la CBCMA et le CMB tracent leur chemin. Instaurant une nouvelle concurrence qui profite à l’agriculture bretonne. La preuve ? « Là où le Crédit Mutuel de Bretagne est hyper présent, on voit bien que les taux sont moins élevés », souligne Christian Péron, qui succéda à Amand Denieul à la tête de la Caisse de Bretagne. Et, petit à petit, les mentalités évoluent. Le Morbihannais Yannick Le Flohic, premier jeune agriculteur à choisir le CMB, en 1990, pour financer son installation, se souvient que sa décision avait, à l’époque, suscité nombre d’interrogations. Aujourd’hui, « si nous sommes toujours challenger, note Éric Goasduff, ancien responsable du marché de l’agriculture, nous n’avons plus besoin de rappeler que nous finançons le secteur ». Le CMB fait désormais pleinement partie du paysage agricole.
Une réussite qui doit beaucoup à la Caisse de Bretagne et à ses administrateurs, tous professionnels de l’agriculture. Des élus de terrain qui travaillent en binôme avec les salariés spécialisés en agriculture. Un modèle riche en échanges humains et en réflexion qui, aux yeux de Christian Péron, constitue une forme de « quintessence de ce que doit être un groupe coopératif ». Et explique pourquoi la CBCMA est si appréciée au sein du Crédit Mutuel Arkéa.

Une ténacité récompensée
Invité à réagir à l’issue de la vidéo retraçant l’épopée de la Caisse de Bretagne, Karim Ganaï fait part de sa fierté. Et de son émotion de retrouver à l’image les anciens dirigeants de la CBCMA avec qui il a travaillé en proximité, lorsqu’il assurait la responsabilité du marché de l’agriculture de la Fédération. Le directeur général du CMB et directeur de la Caisse de Bretagne insiste d’ailleurs sur le rôle prépondérant joué par les pionniers de la CBCMA. « En Bretagne, nous avons la réputation d’être têtus, penn kalet comme l’on dit en breton. Pour ma part, je préfère parler de ténacité. Et dans cette histoire, nous avons fait preuve de beaucoup de ténacité ».
Le dirigeant de la Fédération bretonne souligne également combien les anciens présidents Georges Coudray et Jean-Pierre Denis ont toujours veillé avec bienveillance aux destinées de la CBCMA. Lui prêtant écoute, l’associant aux réflexions et décisions, facilitant la diffusion de son savoir-faire à l’échelle du groupe.
Aux yeux de Karim Ganaï, la Caisse de Bretagne représente pour le CMB un atout majeur, « Tous les administrateurs de la CBCMA sont des agriculteurs. Des gens qui ont les bottes aux pieds tous les jours. C’est un gage de crédibilité et de pragmatisme. Et qui, combiné à l’expertise des salariés, donne une force de frappe unique ». Le Finistérien illustre son propos de quelques chiffres. « En 2025, nous avons accordé plus de 550 millions de prêts à l’agriculture. Aujourd’hui, plus de 10 500 entreprises agricoles bretonnes nous font confiance. Et nous avons eu la chance, l’an passé, d’accompagner 156 jeunes agriculteurs dans leur installation, soit une part de marché de plus de 38 % en Bretagne, faisant du CMB un interlocuteur incontournable ».
Des succès qui sont le fruit d’un travail d’équipe, et le directeur général ne manque pas de saluer l’engagement des 120 collaborateurs spécialisés en agriculture répartis sur la Bretagne, des 60 membres des sections départementales de la CBCMA et des 250 administrateurs agriculteurs que compte le CMB au sein de son réseau de Caisses locales.

Des objectifs ambitieux
Pour être centenaire, la Caisse de Bretagne n’en demeure pas moins résolument tournée vers le futur. Ses élus ont ainsi été étroitement associés à la rédaction du plan stratégique agricole qui fixe une ligne claire : accompagner une agriculture bretonne qui soit viable économiquement, vivable socialement et durable sur le plan environnemental. Avec un objectif chiffré en ligne de mire, celui d’être, en 2030, le partenaire d’une exploitation bretonne sur deux.
Fort de la stabilité de la CBCMA, Julien Carmona ose même un pronostic à long terme. « Je gage que dans les 100 ans à venir, nous serons la première banque de l’agriculture ». Pour le président du Crédit Mutuel de Bretagne et du Crédit Mutuel Arkéa, qui rappelle le poids de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans l’économie régionale, le maintien de la dynamique de ces deux secteurs aux destins liés constitue un enjeu majeur pour le futur. Et pour y répondre, le groupe coopératif et mutualiste table sur les synergies entre ses différentes composantes : Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels, Arkéa Crédit Bail, Arkéa Banque Privée, Arkéa Capital…
Au moment de conclure, Dominique Trubert affiche sa satisfaction. Lui qui préside aux destinées de la CBCMA depuis 2020 avoue son plaisir de « voir ainsi fêtée cette grande dame qui a beaucoup contribué au développement de l’agriculture bretonne. Qui y participe encore très activement aujourd’hui et va continuer à le faire dans l’avenir ».

Clin d’œil à la force, à la longévité et à la sagesse de la Caisse de Bretagne, un plant de chêne était offert à chaque participant de cette assemblée générale du centenaire. De jeunes pousses dont il convient « de ne jamais négliger les racines », rappelle Dominique Trubert, assurant au passage que c’est là le secret qui « a permis à la CBCMA de devenir ce qu’elle est aujourd’hui ». Un acteur majeur du paysage agricole breton !
Jean-Yves Nicolas
Une image positive
Afin de mieux cerner le regard que les Bretons portent sur leur agriculture régionale, le Crédit Mutuel de Bretagne et l’association Agriculteurs de Bretagne ont commandé une enquête auprès de l’Ifop. Réalisé sur un échantillon représentatif de 800 personnes, ce baromètre, dont les résultats ont été dévoilés en avant-première lors de l’AG de la CBCMA, montre que 96 % des Bretons considèrent les agriculteurs comme une composante indispensable de l’identité régionale. Et 87 % des personnes interrogées déclarent avoir une image positive de l’agriculture. Si la perception est donc bonne, voire très bonne, l’enquête révèle toutefois quelques points d’attention. 62 % des sondés pensent ainsi que les agriculteurs ne vivent pas correctement de leur métier, et ils sont 72 % à estimer que celui-ci est pénible. Pour David Pivault, cela souligne que si « les Bretons aiment leur agriculture, ils en connaissent parfois mal la réalité actuelle ». Le président de la section morbihannaise de la CBCMA rappelle que si « le métier reste exigeant, beaucoup d’exploitations sont aujourd’hui modernes, innovantes et performantes ». À noter que le regard porté par les moins de 35 ans est plus approbateur que celui de la moyenne de la population bretonne. Ils sont ainsi 91% à avoir une image positive des agriculteurs, 32 % d’entre eux affirment même qu’ils pourraient envisager ce métier, si les conditions d’équilibre vie personnelle/vie professionnelle étaient réunies.


