Emploi en agriculture : Les obstacles persistent pour les femmes

Accès à la terre, reconnaissance, statut, revenus ou encore violences… À l’occasion de son assemblée générale, Solidarité paysans de Bretagne a souhaité sensibiliser sur les difficultés encore trop souvent rencontrées par les agricultrices.

Une jeune femme souriante avec un portable à la main sur le marchepied d'un tracteur - Illustration Emploi en agriculture : Les obstacles persistent pour les femmes
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34 % des actifs agricoles et 25 % des chefs d’exploitation sont des femmes. Ce 2e chiffre était de 8 % en 1970, les choses bougent. Malgré tout, les barrières sont encore nombreuses quant à l’accès du genre féminin au métier d’agricultrice. Lors de son assemblée générale le 26 mars à Baud (56), Solidarité paysans de Bretagne a mis en lumière les obstacles qu’elles peuvent rencontrer, notamment le manque de reconnaissance et les difficultés d’accès à la terre et au financement.

Le témoignage d’Anne-Marie, bénévole de l’association, est éloquent sur le plan des discriminations. « Je me suis installée en 1998, 10 ans après mon mari, producteur de lait. Mais déjà avant, je m’occupais de la traite, de l’administratif, des repas. Mon salaire contribuait à l’économie de la ferme… En 1999, mon mari est mort d’une intoxication avec un insecticide. J’avais 3 enfants, j’ai décidé de rester sur l’exploitation. »

Entraide féminine

À partir de ce moment, elle a subi du harcèlement et des sabotages de la part d’autres agriculteurs. « J’ai quand même continué à m’occuper de l’exploitation, je faisais partie d’une équipe d’entraide masculine mais je n’avais pas le droit de conduire le tracteur… Une rencontre avec une éleveuse de veau m’a aidée. Nous nous sommes épaulées professionnellement, nos enfants sont devenus amis », souligne Anne-Marie. Un de ses fils s’est installé en bovins herbagers bio. Elle conseille aux agricultrices qui rencontrent des difficultés « de rejoindre des groupes de femmes et de ne pas avoir honte de demander de l’aide ».

Avoir un statut identique aux hommes

Souvent, « l’installation des femmes est tributaire du calendrier familial », précise Clémentine Comer, sociologue à l’Inrae. « 1/4 des femmes s’installent après 43 ans, contre 5 % pour les hommes, ce qui peut poser problème pour l’obtention des aides à l’installation (DJA). Elles travaillent aussi en moyenne sur de plus petites structures avec donc moins d’aides Pac. Globalement, et aussi du fait des temps partiels, leur revenu est inférieur de 29 % à celui des hommes. »

L’importance du statut a été soulignée lors de la rencontre. « Les femmes s’en inquiètent moins et lorsque des problèmes surviennent, tels qu’un divorce ou une fin de société, elles sont défavorisées. Lors d’associations entre tiers, les statuts sont mieux réfléchis qu’en couple. Les femmes doivent pouvoir accéder à cette information via des professionnels du droit qui peuvent les conseiller. »

Violences

Autre sujet encore trop peu abordé : un nombre important de femmes signalent avoir subi des agressions physiques ou sexuelles au travail ou des violences conjugales. « C’est une thématique montante, avec notamment le #Metoo agricole, lancé par une adhérente JA. Parfois, les femmes ne parlent pas, par peur de faire tomber un statut social, d’empêcher leur fils de s’installer. »

Plusieurs rapports pointent la plus forte prévalence des féminicides en milieu rural, en lien avec l’isolement géographique, les difficultés d’accès à des structures d’accompagnement, ou parfois le manque de mobilité. « La précarité n’explique pas à elle seule les violences conjugales mais peut constituer un frein à la sortie de ces violences. » Le mélange entre travail et vie privée peut parfois les banaliser.

« En cas de problème, les personnes ne se livrent pas d’emblée. Les violences peuvent être financières (pas de carte bancaire par exemple…), statutaires, physiques. Il faut souvent déplier un problème après l’autre », souligne Anne Berthier, responsable des travailleurs sociaux de la MSA Portes de Bretagne sur le Morbihan. « Nous avons besoin de tous les regards pour aider ces personnes. Nous sommes tous responsables du bien-être des autres. »

Agnès Cussonneau


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