Viande : L’élevage sur le gril des idées reçues

Entre recommandations pour réduire la consommation de viande, essor des alternatives et enjeux nutritionnels mondiaux, le rôle de l’élevage divise. Pour le chercheur Frédéric Leroy, il est urgent de dépasser les oppositions idéologiques et de réintroduire de la nuance dans le débat.

Un boeuf bourguignon dans une cocotte en fonte posée sur une tables avec plein d'ingrédients autour - Illustration Viande : L’élevage sur le gril des idées reçues
Les risques pour la santé liés à la consommation de viande dépendent avant tout du mode de vie des gens. | © Rosekipik - stock.adobe.com

Bill Gates estime que les pays riches devraient consommer uniquement de la viande de synthèse. Jeff Bezos investit massivement dans les alternatives végétales, tandis que Pat Brown, P.-D.G. d’Impossible Foods, affirme que « le bétail est une technologie de production alimentaire préhistorique ». Seize villes, dont Paris, ont signé le « régime alimentaire de santé planétaire » promu par le réseau C40 Cities. Celui-ci vise notamment à réduire la consommation de viande à 16 kg par personne et par an (environ 300 g par semaine). De son côté, le rapport EAT-Lancet préconise une alimentation majoritairement végétale, avec une consommation modérée de produits animaux et une forte limitation des sucres ajoutés et des viandes rouges. À cela s’ajoutent les simplifications et réactions parfois émotionnelles du grand public. « Les avis sur l’élevage et la consommation de viande deviennent vite idéologiques », observe Frédéric Leroy, professeur à la Vrije Universiteit Brussel, lors d’un symposium organisé par Elanco. « On constate toutefois un ralentissement de ces débats : le marché de la viande végétale recule, la viande cellulaire peine à s’imposer et les campagnes médiatiques s’essoufflent. »

L’élevage n’est ni blanc, ni noir

La déclaration de Dublin

Selon le scientifique, les systèmes alimentaires actuels sont confrontés à un double défi : augmenter la disponibilité des aliments d’origine animale pour combler les carences nutritionnelles d’environ trois milliards de personnes, tout en limitant les impacts négatifs de certains modes de production sur la biodiversité, le climat et le bien-être animal. « L’élevage n’est ni blanc, ni noir. La vérité se trouve au milieu. » En 2022, la Déclaration de Dublin a été lancée pour rééquilibrer le débat sur l’élevage s’appuyant sur des données scientifiques. Elle a été aujourd’hui signée par plus de 1 200 scientifiques, et Frédéric Leroy en est le co-auteur.

Dangers de la viande

« On évoque souvent les risques liés à la viande rouge, notamment son lien avec le cancer colorectal », souligne Frédéric Leroy. « Mais les recommandations générales de diminution de consommation de ces produits ne prennent pas en compte le contexte individuel. » En effet, certaines personnes, qui disposent de ressources suffisantes, peuvent être en mesure d’avoir une alimentation adéquate tout en limitant les produits carnés. Ce n’est pas forcément le cas des individus qui ont des besoins plus élevés : jeunes enfants, adolescents, femmes enceintes, femmes réglées… « Le mode de vie des gens est également très important », ajoute le chercheur. « Est-ce qu’ils fument ? Est-ce qu’ils boivent beaucoup ? Certaines personnes assimilent aussi le fer beaucoup plus rapidement que d’autres. »

Limiter la « junk food »

« Selon moi, les deux priorités sont de bannir l’alimentation ultra-transformée de notre alimentation, et de consommer des aliments satisfaisants à manger et avec de hautes valeurs nutritionnelles », affirme le professeur. En effet, les régimes contenant de la nourriture ultra-transformée mènent souvent à une surconsommation d’aliments et à une sensation de satiété relative, tout comme les carences en nutriments tels que les protéines, le calcium ou le sodium. Une étude de 2022 suggère d’ailleurs qu’environ la moitié des apports protéiques quotidiens d’un adulte devrait être d’origine animale ; en dessous de ce seuil, le recours à des compléments peut devenir nécessaire.

Réduire l’empreinte carbone

Frédéric Leroy affirme qu’un régime végan ou végétarien réduit l’empreinte carbone d’un Français de respectivement 6 % et 4 %. « Cela correspond à une économie de 0,8 et 0,5 t CO2. Un gain qui peut être rapidement annulé par un seul trajet en avion ou par l’usage quotidien de la voiture. »

Alexis Jamet


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