1 Le premier pas, le plus difficile
Matthieu Gayic : Avec Yves-Marie, mon associé depuis vingt-trois ans, on a longtemps décliné les demandes d’apprentis malgré notre proximité avec le lycée de Pommerit-Jaudy. C’était un engagement fort. On était habitué à travailler entre associés, puis avec Olivier, notre salarié recruté après le départ en retraite du troisième associé, l’idée a mûri progressivement. On a fini par prévenir le lycée qu’on était prêts à tenter l’expérience.
Even Le Tarnec : J’ai eu l’adresse par l’établissement. Je suis venu visiter avec mon oncle. Le courant est bien passé avec Matthieu et Yves-Marie. L’exploitation me plaisait, je sentais que j’allais pouvoir apprendre plein de choses. Je suis revenu une deuxième fois, j’ai rencontré toute l’équipe, y compris Olivier. Ils ont pris le temps de réflexion avant de me rappeler. Le 1er septembre 2024, je démarrais. C’était un saut dans l’inconnu – le BTS, l’apprentissage – mais j’étais impatient.
Matthieu Gayic : On n’avait aucune expérience. Accueillir un apprenti, c’est très différent d’un stagiaire. C’était notre vraie appréhension. Et finalement, Even a pris son autonomie assez vite. On a remarqué qu’il était très observateur. Sans venir du milieu agricole, il a adopté nos façons de faire sans les remettre en question.
2 Une organisation construite sur l’échange
Even Le Tarnec : Le moment clé, c’est le café à 9 h 30. Tout le monde se retrouve dans le bureau de l’exploitation. On parle de l’organisation de la journée, des animaux à soigner ou à sélectionner. Les techniciens savent qu’ils peuvent passer à ce moment-là. Sur certains chantiers – semis, ensilage – on déjeune aussi ensemble. Pour les tâches courantes, on utilise des codes visuels simples : deux bandes rouges sur une mamelle traitée, une notation sur le registre en salle de traite.
Matthieu Gayic : On n’a pas changé notre organisation pour accueillir notre apprenti. Pas de protocole formel. Mais on échange beaucoup. Les nouvelles tâches ont été abordées au fil de leur apparition. Cela s’est fait naturellement.
3 « Ne pas se lever avec la boule au ventre »
Even Le Tarnec : On est bien dans une ferme quand on aime ce qu’on fait. L’important, c’est de ne pas redouter de se lever le matin et d’avoir une bonne entente avec tout le monde. Ce qui me convient ici, c’est la variété des activités : l’atelier lait, les cultures, l’entretien des bâtiments… Ce n’est pas une routine.
On se sent bien dans une ferme quand on aime ce que l’on fait
Matthieu Gayic : Ce qui est moins évident pour un employeur, surtout avec peu d’expérience, c’est de deviner ce que ressent le salarié. Avant, on travaillait entre associés, sans avoir à décrypter le bien-être des autres. Maintenant, on s’y oblige. Alors on parle. On essaie de varier les activités. On implique les salariés dans les projets : quand on a monté le dernier bâtiment, on a partagé les plans et les devis avec l’équipe.
4 L’aventure continue
Matthieu Gayic : L’apprenti est un salarié à part entière, mais son passage est avant tout un parcours de formation. On a appris notre rôle de maître d’apprentissage avec l’accompagnement du CFA, mais aussi sur le tas. Il faut rester ouvert, savoir écouter. Le reste vient tout seul. Le contrat d’Even s’achève fin août 2026. Un nouvel apprenti, au profil très différent – avec une expérience sur l’exploitation familiale – a déjà été rencontré. L’aventure continue.
Even Le Tarnec : Ces deux ans ont été une très belle expérience. Mon diplôme en poche, je vais chercher un poste de salarié à la rentrée pour continuer à me former. Ici, j’ai appris que l’apprentissage, ce n’est pas remplacer, c’est grandir avec une équipe.
Carole David
Quand chacun trouve sa place
Le rythme s’est installé naturellement. Les deux associés démarrent la traite des 120 vaches à 7 h. Olivier et Even les rejoignent à 8 h 30 du mardi au vendredi : Olivier assure l’alimentation, Even finit la traite. Le samedi matin, Even travaille avec l’un des associés de 7 h à 10 h 30, libérant Olivier ce jour-là. Le lundi, Even est libre ; Olivier est présent. Ce dernier assure aussi un week-end sur trois avec les associés.

