Philippe Salabert a installé un robot en 2016. « Le parc d’attente était trop petit et les traites devenaient longues pour 50 vaches. » Deux ans plus tard, son fils Matthias l’a rejoint. Par croît interne pour valoriser la génétique maison, ils ont alors saturé la stalle atteignant 65 à 70 vaches à la traite.
Le nouveau robot branche tout le monde
En 2023, les associés ont parié sur une technologie de nouvelle génération « pour traire un peu plus d’animaux » : un V300 a remplacé le VMS (DeLaval). « Nous avons vu une nette différence. Le nouveau robot est plus rapide pour préparer la mamelle et brancher. » Surtout, fini les vaches en « traite incomplète » (échecs de branchement). « Longtemps, nous avons dû nous séparer de primipares, parfois de super animaux, à cause de trayons courts ou de pis collé et haut. Désormais, nous n’en sortons plus une seule car le nouveau robot branche tout le monde. » Plus besoin non plus de « teaching » (télécommander le bras à la première traite pour repérer les trayons). Le réinvestissement a été « vite rentabilisé par le lait en plus et ces contraintes en moins au quotidien ».

Sortir les vaches, contraignant mais satisfaisant
Pour Matthias Salabert, l’approche technico-économique est simple : « Saturer la stalle, faire vêler jeune pour que l’animal rapporte le plus tôt possible, favoriser la longévité par le confort et produire le maximum de lait à coût maîtrisé. » Un repère est le lait produit par jour de vie (15 kg aujourd’hui). Au Gaec, depuis 20 ans, l’âge au premier vêlage est bas. « Depuis 5 ans, il a baissé à 22 – 23 mois de moyenne. »
Le pâturage a toujours été conservé (3,5 ha accessibles, 6 ha de plus en traversant une route). Au printemps, les vaches passent 4 à 6 heures par jour en prairie « pour réduire le coût alimentaire ». En été – automne, elles continuent de sortir « pour se dégourdir les pattes ». Cette gestion est réalisée sans porte de tri. Le matin, quand les animaux sont bloqués au cornadis après la distribution de la ration, Matthias libère la moitié des animaux – en choisissant ceux le plus récemment traits – pour les sortir. Les autres restent en bâtiment afin de passer au robot et auront accès à un autre paddock à midi. « Je vais chercher des groupes d’animaux à l’herbe. Je fais traverser des routes… Sortir les animaux est contraignant », concède le Costarmoricain. « Mais nous aimons voir les vaches dehors, au soleil et au grand air. Cela est favorable en termes de santé, de musculation, d’expression des chaleurs et d’image sociétale. »

Priorité à la ration très simplifiée
Face au pâturage, la ration à l’auge est adaptée en fonction de l’urée dans le lait, de l’aspect des bouses et de la production. Aujourd’hui, le niveau d’étable oscille entre 35 et 38 kg de lait / VL / jour (11 300 kg / VL / an ; 815 000 L livrés en 2025 – 2026). « Nous irions bien chercher plus haut, mais nous tenons en priorité à notre système simple et économe qui fonctionne. Pourquoi se compliquer la vie ? » En effet, l’approche alimentaire est extrêmement simple, se résumant pratiquement à deux ingrédients : ensilage de maïs et correcteur azoté 70/30. « Pas de bicarbonate, pas de paille broyée. Depuis des années, il n’y a plus de concentré de production. Excepté la cure de propylène au robot en début de lactation, le mélange de tourteau est le seul aliment utilisé sur la ferme, des petits veaux aux vaches en passant par les taries. »


L’alimentation est distribuée à l’auge deux fois par jour (voire trois fois en période de chaleur quand les animaux ont moins d’appétit) à l’aide d’une désileuse-pailleuse équipée d’une trémie d’incorporation pour le tourteau (2,5 kg / VL / jour). « C’est une machine simple qui ne mobilise qu’un tracteur. Cela réduit les charges de mécanisation autour de l’alimentation. » Autre intérêt de cette ration basique : salarié, remplaçant ou apprenti peuvent aisément la préparer.
À terme, Matthias Salabert et son salarié Victor Noël (qui devrait s’installer au départ en retraite de Philippe) envisagent « le luxe » d’installer un 2e robot pour « traire 90 à 100 vaches sans contrainte de retard à la traite » pour réduire l’astreinte autour du troupeau.
Toma Dagorn
Valoriser tout l’amidon du maïs
« Nous avons arrêté d’apporter de la VL quand nous sommes passés en maïs Shredlage. » Comme la pulvérisation des grains favorise la valorisation de tout l’amidon cultivé et récolté, les éleveurs ont testé l’arrêt du concentré de production, y compris au robot. « L’essai a été concluant : nous avons autant de lait avec des pics de lactation atteints, peu de frais vétérinaires, des vaches en état et une reproduction qui fonctionne. » L’IVV est de 365 jours, la réussite aux IA 1 + 2 de 80 % (détection des chaleurs à l’œil). « Mais chaque éleveur a sa façon de faire. Ici, c’est un exemple, pas forcément un modèle », relativise Matthias Salabert. Lui veut avant tout conserver la rentabilité de l’atelier (123 € / 1000 L de coût alimentaire, 359 € / 1000 L de marge sur coût alimentaire, 10,66 € / VL / jour de MCA) et compte alors sur le progrès génétique (très peu de taureaux à moins de + 1 000 en index lait utilisés) pour améliorer le niveau d’étable demain.

