Cédric et Sébastien Jarry sont installés à Javron-les-Chapelles (53) en reprenant l’élevage familial en 2006. À l’époque, le troupeau comptait essentiellement des vaches Holstein et normandes. « Mon parcours m’a mené dans le Jura. Du coup, nous avons aussi fait une place à la Montbéliarde. Nous adorons cette race », raconte Sébastien Jarry.


Difficile de conserver la litière paillée en robot
Suite à la retraite de leur mère en 2019, face une charge de travail importante, les associés ont cherché à moderniser la traite. « Au départ, nous pensions automatiser. » Pour autant, ils voulaient conserver le pâturage et l’aire paillée pour valoriser la matière organique sous forme de fumier. « Nous avons visité des fermes pour voir comment cela fonctionnait. Mais peu d’éleveurs arrivaient à concilier traite robotisée et litière accumulée dans la durée. » Le basculement vers l’automatisation aurait impliqué d’autres investissements « dans une fosse, des racleurs, des logettes… »
Les vaches pâturent dès que possible
Finalement, les frères ont conservé la traite conventionnelle « pour être libres ». Avec une priorité : « Traire à un seul opérateur dans un outil ayant du débit. Nous ne sommes que deux, il fallait une solution pour gérer seul l’élevage le week-end. » Cédric Jarry avait constaté l’efficacité des rotos en Nouvelle-Zélande : « 600 vaches traites en deux heures dans un 50 postes. »

200 000 L de lait au tour
Ainsi, en 2022, un roto 28 postes a été inauguré (300 000 € investis, 8 000 € d’entretien par an). La productivité en a été bouleversée : « Il fallait 2,5 heures à 3 heures de traite pour passer 90 vaches dans l’ancienne 2 x 7 postes. Installée sous des translucides, en été, c’était une fournaise au point que la chaleur pouvait bloquer l’électronique des décrochages. En hiver, c’était un frigo… » Aujourd’hui, les associés traient 115 animaux en une heure au roto sous toiture isolée avec brumisateur pour faire fuir les mouches. « Cela nous a changé la vie en termes de qualité et de temps de travail. » Le cheptel est en cours d’agrandissement « par croît interne » en favorisant la semence sexée. Le Gaec a livré 880 000 L puis 950 000 L de lait sur les deux dernières campagnes. « L’objectif est de vendre un million de litres par an produits par 120 à 125 vaches à 7 800 L. Le roto offre cette flexibilité : 28 vaches supplémentaires, c’est juste un tour de plus, soit 7 minutes, pour 200 000 L de lait en plus dans le même outil. »


Le nombre de vaches augmentant, les Dac dans l’étable ne convenaient plus. Les vaches reçoivent désormais le concentré de production (« VL blé ») et le correcteur azoté grâce à des alimentateurs sur le manège. « Ainsi, dès qu’elles sont traites, elles peuvent sortir directement à l’herbe. Avant, elles passaient toute la matinée à l’intérieur à faire la queue au Dac pour recevoir leur aliment. » Car le pâturage garde une place importante aux yeux de Sébastien et Cédric Jarry. « Dès que c’est possible, les vaches sortent. La période 100 % en bâtiment dure au maximum du 10 décembre au 10 février. De mars à octobre, elles dorment dehors. » Sur les 40 ha accessibles, 25 à 30 ha de prairie sont réservés au pâturage des vaches (« et à la fauche à l’occasion d’au moins un débrayage de bonne heure par paddock »).
Toma Dagorn



Des méteils azotés en culture dérobée
Sur les 243 ha de SAU, l’assolement se divise en 70 ha de céréales, 60 ha de maïs et le reste en herbe. En complément, les associés ensilent vers la mi-avril des méteils azotés (seigle-vesce- trèfles) cultivés en dérobée entre céréales et maïs « qui remplacent l’ensilage d’herbe ». Côté alimentation, chaque jour, une ration à l’auge est distribuée à 350 bovins (auxquels se rajoutent les veaux) à l’automotrice compacte Faresin arrivée en 2025 (« 2 L de lait/VL/jour gagnés depuis son arrivée »).
Tous les mâles sont élevés en bœufs laitiers (63 UGB) pour valoriser les 42 ha non labourables (pentes, zones humides, parcelles bocagères classées Natura 2 000 dans le Parc naturel régional Normandie-Maine…). « Il y a toujours au minimum une trentaine de bœufs dehors, pâturant en petits lots sur les prairies naturelles, pour un chargement qui ne dépasse jamais 1 UGB/ha. Les autres sont en bâtiment. » 39 bœufs sont vendus par an, à un poids carcasse moyen de 460 kg.


