La Commission européenne promet un plan engrais pour le mois de mai et cherche, dans l’urgence – comme en 2022 –, comment desserrer l’étau des prix. C’est nécessaire. Mais ce serait une erreur de réduire le sujet à une querelle de tuyaux gaziers, de taxe carbone et de subventions de survie. Car le diagnostic posé ces dernières semaines est sévère : selon le think tank Farm Europe, l’UE perd à la fois sa capacité de production d’engrais conventionnels et des surfaces céréalières ; et n’avance guère sur les engrais bas carbone, nombre de projets ayant été annulés ou restant suspendus à de lourdes aides publiques.
En fait, l’UE raisonne encore comme si la transition se résumait à verdir l’usine. Or l’azote ne sort pas seulement d’un réacteur ; il passe aussi par le sol qui n’est pas un simple support, mais une mécanique biologique, peuplée d’interactions capables de stocker, transformer, restituer et mieux faire circuler les nutriments.
Un levier trop peu activé pour faire baisser la facture
Il ne faut pas raconter d’histoires : la biologie des sols ne remplacera pas demain tout l’azote minéral. Mais il y a là un levier trop peu activé pour faire baisser la facture. L’Inrae souligne que le développement des légumineuses constitue la seule source d’azote soutenable pour réduire les dépendances.
La vraie piste européenne est donc double : sécuriser une production d’engrais minéraux compétitive et investir en parallèle dans l’autonomie azotée des fermes. Davantage de légumineuses dans les rotations, appui massif aux couverts capables de piéger puis restituer de l’azote à la culture suivante, conseil agronomique, valorisation des effluents, soutien des systèmes sobres en azote. À force de parler industrie sans parler agronomie, Bruxelles risque de financer le problème au lieu de commencer enfin à le résoudre.

