L’eau, ressource indispensable à la vie et à notre survie, est aujourd’hui en péril. Un rapport de l’ONU publié le 20 janvier 2026 évoque même une « faillite hydrique », qui désigne une situation irréversible où la consommation d’eau dépasse de façon durable son renouvellement naturel. Au niveau local, cette crise se fait également sentir : en Ille-et-Vilaine, seulement 3 % des masses d’eau sont considérées en bon état écologique.
Le meilleur stockage reste le sol
Les conflits d’usage et les pénuries sont malheureusement des plus en plus fréquents. « L’agriculture est à la fois la cause et la victime », déclare Laura Toulet, directrice du pôle performances des fermes chez Agrobio 35, lors de leur assemblée générale. « Cela signifie qu’elle fait aussi partie de la solution, mais uniquement dans le cas d’une gestion collective. »
Pollution, artificialisation
Pour Florence Habets, hydroclimatologue et directrice de recherche au CNRS, la dégradation de la ressource s’explique à la fois par la pollution d’origine anthropique et par la perturbation du cycle de l’eau. La première provoque le déclin de la biodiversité aquatique tandis que la deuxième modifie la circulation atmosphérique et affecte le climat de manière durable. Un cercle vicieux s’installe : lorsque la température augmente, l’eutrophisation – c’est-à-dire le développement excessif d’algues lié à l’augmentation des concentrations d’azote et de phosphore – s’accélère et provoque une hausse de la mortalité, en raison d’une moindre disponibilité en oxygène. Par ailleurs, la diminution du débit des cours d’eau réduit l’effet de dilution et accentue leur réchauffement.
Des leviers pour les agriculteurs
Heureusement, l’agriculture dispose d’un panel d’outils pour limiter cette dégradation. « Quand il pleut, l’eau s’évacue trop vite car il n’y a rien pour la retenir », lance Simon Ricard, consultant en hydrologie régénérative. « Nous avons transformé les territoires pour évacuer l’eau, à une époque où les contraintes climatiques étaient moins fortes. » Les haies ont été abattues, les parcelles drainées, les obstacles enlevés pour faciliter le passage des machines… autant de pratiques qui ont accéléré le ruissellement. Pour ralentir l’écoulement de l’eau, l’expert recommande de s’appuyer sur le triptyque eau – sol – arbre. Les leviers sont multiples : maximiser la couverture du sol, favoriser les rotations longues, privilégier les systèmes de polyculture-élevage ou encore développer l’agroforesterie intra-parcellaire, une solution d’ailleurs poussée par le Giec. « Il faut retrouver un juste milieu entre des pratiques respectueuses de l’environnement mais qui restent compatibles avec les systèmes agricoles actuels », nuance-t-il.
Stocker l’eau
Les retenues collinaires peuvent constituer un moyen de stocker l’eau mais elles sont loin d’être une solution miracle. « Dans tous les cas, le meilleur stockage reste le sol », souligne Florence Habets. La France compte environ de 850 000 retenues : lacs, barrage mais aussi de nombreuses installations de petite taille, souvent inférieure à un hectare. Selon la scientifique, 90 % d’entre elles sont artificielles et beaucoup ne sont plus utilisées. « Elles restent toutefois impactantes pour l’environnement car elles sont sujettes à l’eutrophisation et à l’évaporation. » À l’échelle nationale, près d’un cinquième de la consommation d’eau est ainsi perdu par évaporation dans ces retenues. Souvent positionnées sur des sources, elles ont aussi tendance à assécher les têtes des bassins versants, souvent plus riches en biodiversité. « C’est le cumul de ces petites retenues qui peut devenir néfaste », insiste Florence Habets. « Il faut rester vigilant face aux projets agricoles de petite taille. Les projets collectifs de stockages peuvent, en revanche, se révéler plus efficaces. »
Alexis Jamet
Le prix de la dépollution augmente
Opinion – Michel Demolder – Président de la Cle du Sage Vilaine
Sur la bassin de la Vilaine, il y a eu des progrès sur les nitrates mais pas sur les pesticides. Le nombre de réactifs utilisés pour détecter les métabolites a doublé sur les six dernières années. Le prix de l’eau va augmenter, en raison du coût énergétique des stations et du renouvellement des réseaux. En France, le surcoût lié à la dépollution de l’eau est estimé à un milliard d’euros par an. Concernant les plans d’eau, le bassin de la Vilaine en dénombre 2,7 par km2, soit plus que la moyenne nationale. Nous souhaiterons au moins déconnecter ceux directement reliés au cours d’eau, voire les supprimer.

