Les dernières feuilles des blés pointent déjà le bout de leur nez dans les parcelles cultivées par Wilfried Houel, agriculteur de Paule (22) associé avec son épouse Christelle. Sur leurs 550 ha de grandes cultures, ils veillent à « bétonner dès le départ, la santé de la plante, ce qui permet de bien la fertiliser derrière ». En prenant pour exemple un blé, implanté cette année entre 250 et 300 grains/m2, le Costarmoricain explique semer à faible densité, mais met un point d’honneur à protéger le feuillage tout au long de son cycle. Un T0 est pratiqué autour de la mi-mars avec une pulvérisation de cyprodinil, « pour protéger des attaques de piétin verse, de rouilles et d’oïdium. 3 à 4 semaines plus tard, un mélange de cyprodinil, de triazole et de folpel est appliqué pour prendre le relais et pour commencer à protéger des attaques de septoriose ». La dernière feuille étalée est protégée par une SDHI, une strobilurine et du prothioconazole au T2. Lors de ce passage, un biostimulant contenant des acides aminés et des algues est ajouté. « À chaque pulvérisation de fongicide, je n’applique qu’un cinquième de la dose recommandée ». Cette stratégie de traiter à faible dose en 4 voire 5 passages « me coûte au final moins de 90 €/ha, biostimulant compris ».
Des hormones de croissance naturelles
En plus de la gestion de son exploitation, Wilfried Houel a une activité de négoce. En 2007, année de très mauvaise récolte de céréales qui coïncidait avec un prix de l’unité d’azote très élevé, il décide de trouver une alternative et accélère sa stratégie de fertilisation à base de produits foliaires. Il met au point avec ses fournisseurs une solution qui correspond aussi au passage à la demande d’agriculteurs contraints en termes d’apports azotés car situés en bassin versant algues vertes. « Les acides aminés ont un effet surfactant et chélatant. En les utilisant, on peut par exemple se servir des formes de manganèse les moins chères du marché. Les acides aminés vont favoriser sa pénétration ; ce sont aussi des éléments fertilisants qui entrent dans le processus de synthèse des protéines, qui s’introduisent dans la sève élaborée et détoxifient la plante, à la manière d’un safener ».
Des siliques déjà longues et bosselées
Sur les parcelles de colza et de féverole, avec l’utilisation de cet AMX Bigoud, nom de ce mélange autorisé en AB, « l’effet visuel est très fort. On dit souvent qu’un jour de floraison de colza est égal à un quintal produit. Ici, nous récoltons au minimum 45 q/ha, mais pour autant la durée de la floraison est plus courte : mes parcelles fleurissent après celles de mes voisins, et terminent avant ». Mardi dernier, des siliques déjà longues et bien bosselées étaient visibles dans les champs cultivés par l’agriculteur. « Les algues sont remplies d’hormones de croissance naturelles. Sur la variété lignée (ES Mambo) que j’utilise, une fois que les pétales seront tombés, toute la plante restera verte : de quoi continuer le cycle de la culture avec une photosynthèse active », conclut-il.
Fanch Paranthoën
L’ombre des ray-grass résistants plane
Un des fléaux des prochaines années sera sans aucun doute « les ray-grass résistants. Je me renseigne du côté des équipements des moissonneuses, comme le système de broyage des menues pailles. Des solutions herbicides comme le Mateno arrivaient à les gérer, cette solution va être retirée du marché. Il faut être hypervigilant sur le nettoyage de sa moissonneuse, sinon ces ray-grass vont augmenter à une vitesse folle ». Cet hiver très pluvieux pose également question, les grandes quantités d’eau « ont forcément entraîné les matières actives ». C’est pourquoi le producteur se concentre sur des solutions préventives, comme le très bon nettoyage des outils de récolte, ou le recours à de nombreux faux semis pour diminuer le stock semencier du sol. « Mais, même après plusieurs déchaumages, des graines continuent encore à germer… »

