Economie, marchés et gestion

Coopérateur dans l’âme

Portrait

Depuis début juin, il est le nouveau président de la Fédération du Crédit Mutuel de Bretagne. À 65 ans, le Costarmoricain Patrick Le Provost succède à Jean-Pierre Denis qui ne sollicitait pas le renouvellement de son mandat. Une transition préparée et assumée avec fluidité. Rencontre avec un homme serein. 

Élu au début du mois par ses pairs administrateurs à la présidence de la Fédération du Crédit Mutuel de Bretagne, Patrick Le Provost n’avait pas imaginé occuper un jour cette fonction. Et pourtant, sa candidature a été plébiscitée lorsqu’il s’est agi de désigner le successeur de Jean-Pierre Denis. Par ses valeurs, son parcours, sa personnalité, celui qui reconnaît n’avoir jamais rédigé un curriculum vitae s’est imposé comme l’homme de la situation.

Natif de Bourbriac, commune du Trégor située au sud de Guingamp, Patrick Le Provost est un pur produit de l’Argoat. « Mes parents étaient agriculteurs. Ils avaient une exploitation laitière ». Durant cette jeunesse rurale, il se prend d’intérêt pour l’élevage bovin. Son bac en poche, il abandonne un temps les Côtes d’Armor – à l’époque on disait Côtes-du-Nord ! – pour rejoindre Nancy et les bancs de l’École nationale supérieure d’agronomie dont il sort diplômé en 1980. Dans la foulée, il revient au pays pour intégrer le Groupement de défense sanitaire (GDS) du département en tant que responsable technique. Nommé directeur adjoint en 1992, il devient, deux ans plus tard, directeur du GDS costarmoricain et directeur de l’entité bretonne fédérant les quatre GDS départementaux. En 2015, les différentes structures fusionnent et Patrick Le Provost se voit confier la direction générale du GDS Bretagne. Fonction qu’il exercera jusqu’à son départ en retraite, en 2018.
« Je n’ai pas vu le temps passer, mon activité professionnelle m’a passionné. Le GDS est une organisation en prise directe avec les éleveurs, vous êtes en interaction avec le terrain. Dans le domaine de la gestion sanitaire, l’efficacité passe par une participation massive. L’adhésion au GDS n’étant pas obligatoire, il faut que les éleveurs y trouvent leur intérêt ! Et donc faire la preuve de son utilité en permanence. »

Des militants convaincus

C’est par son épouse que Patrick Le Provost rencontre le Crédit Mutuel de Bretagne, à la fin des années 80. « Mes parents étaient clients d’un autre établissement bancaire, établissement où travaillaient d’ailleurs ma sœur et l’un de mes frères. Ma femme, elle, était sociétaire du Crédit Mutuel de Bretagne. Et lorsque nous avons emprunté pour acheter notre maison, nous avons comparé les différentes offres ». L’écoute proposée par le CMB fera la différence. Le voici donc sociétaire à son tour. Si le Costarmoricain reconnaît avoir toujours été intéressé par les sujets financiers, ses premières années d’activité professionnelle ne lui laissent guère de temps libre pour envisager de s’investir parallèlement.

Mais en 2003, un administrateur de la Caisse du Pays du Gouët et du Lié, à Plaintel, le sollicite pour rejoindre le conseil d’administration local. « Après un court temps de réflexion, je me suis lancé. Et je n’oublierai jamais l’accueil que j’ai reçu. J’ai été très vite intégré. J’ai retrouvé une organisation avec un fonctionnement simple, pragmatique, similaire en bien des points à ce que je connaissais au GDS. Et ce qui m’a véritablement frappé, c’est l’investissement des administrateurs. J’ai côtoyé de véritables militants de la coopération. Le dialogue enrichissant avec les autres élus et les équipes de la Fédération, le fait de pouvoir participer concrètement à la construction des orientations du Crédit Mutuel de Bretagne, tout cela a été déterminant dans mon engagement ».

Ancré dans la réalité

Posé, réfléchi, cet homme de dialogue gravit rapidement les échelons au sein de la gouvernance coopérative. « Paul Guéguen, figure du CMB dans les Côtes d’Armor, a été mon mentor. Avec son côté chaleureux, toujours bienveillant, et sa fine analyse des situations, il m’a beaucoup appris. J’ai pris sa suite au Conseil d’administration de la Fédération en 2010 ». Parallèlement, il s’implique également auprès des filiales du groupe coopératif et notamment de Financo, spécialiste du crédit à la consommation, dont il préside le conseil de surveillance. En 2017, c’est lui qui, logiquement, succède à Claudette Letoux à la présidence départementale du CMB et intègre, par la même occasion, le conseil d’administration du Crédit Mutuel Arkéa. « Là, c’est encore une autre dimension. Je connaissais l’héritage de l’Office Central des œuvres mutuelles agricoles de Landerneau, l’attachement sincère au territoire. À l’échelle du groupe, j’ai découvert les prises de participation dans les entreprises emblématiques de la région : Hénaff, Le Graët, Sermeta, Legris Industries, les chantiers Piriou, Vivalto… On n’est pas là dans la communication mais bien dans la réalité du soutien à l’emploi et du maintien des centres de décision en région ! »

Dans le même esprit, Patrick Le Provost se positionne clairement en faveur de l’indépendance du Crédit Mutuel Arkéa vis-à-vis de la Confédération nationale du Crédit Mutuel. « Depuis quelques années, un processus de centralisation est en cours. Notre autonomie au sein de l’ensemble Crédit Mutuel est régulièrement entamée et elle continuera forcément à l’être. Si l’on veut pouvoir continuer à se développer comme on l’entend, alors il nous faut impérativement retrouver de l’autonomie. Et la seule voie possible est celle de l’indépendance ». Une conviction partagée avec Julien Carmona, le nouveau président du Crédit Mutuel Arkéa, à qui, le moment venu, il passera le relais à la présidence du CMB. « Jean-Pierre Denis, en concertation avec les présidents départementaux, a parfaitement préparé sa succession. Celle-ci se déroule sereinement. Et cela a contribué à rassurer tout le monde ». Pour ce sexagénaire, père d’une grande fille et passionné de sports, la feuille de route est désormais très claire : « Faire du CMB la banque préférée des Bretons. En renforçant la qualité des services, l’expertise des conseillers et en développant de nouveaux outils digitaux ». Un programme ambitieux. Lorsque le besoin de souffler se fera ressentir, alors il enfourchera son VTT ou enfilera ses chaussures de randonnée. « Le contact avec la nature me permet de me ressourcer ». En toute simplicité.

Jean-Yves Nicolas

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