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Détruire ses couverts sans chimie, c’est possible

Agrobio 35 et la FDCUMA Bretagne Ille-Armor en partenariat avec le Bassin Versant du Semnon ont organisé une plateforme de matériels de travail du sol et de destruction de couverts végétaux sans herbicide.

Le 3 octobre dernier était une journée sous le signe du matériel dans la parcelle de Michaël Renoult, agriculteur bio à Saulnières (35). Un programme chargé avec 8 outils passés au crible pour détruire une moutarde d’interculture semée fin juillet. Rouleau Faca, bêches roulantes, scalpeur et charrues déchaumeuses ont défilé sous les yeux, nombreux, d’agriculteurs intéressés par la technique à l’heure où l’interdiction du glyphosate fait débat. Coup d’oeil sur l’efficacité de chaque matériel.

Le RoloFaca de Grégoire Agri

A proprement parler, le rouleau Faca ne travaille pas le sol et ne déplace pas de terre. Ici l’outil, roulant, écrase et casse le végétal grâce à des lames hélicoïdales et son poids d’1,2T, afin de stopper la montée de sève. « Avec une coupe classique, les végétaux ont tendance à redrageonner et à repartir.  Ici on ne remue pas à la terre, ce qui évite de créer des foyers de germination pour les adventices. L’outil fait déjà ses preuves en semis direct. » précisera le fabricant Jean-Luc Grégoire.

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Si le matériel avait fait preuve d’efficacité lors de précédente démonstration, sur une moutarde « ligneuse », et sur une terre meuble, les tiges du végétal montrent leur résistance et se redresse en partie après le passage de l’outil.

Le scalpeur Treffler

Le TGA 300 de Treffler est un scalpeur porté composé de 13 dents en hardox réparties sur un châssis à 3,5 poutres pour une largeur de travail de 3m. 100% de la surface est scalpée sur une profondeur de 3 à 6cm lorsque le sol est sec. Les dents sont suivies par un rouleau anti-bourrage puis par des herses. La vitesse d’avancement préconisée de 8 à 12 km/h le rend compatible avec un rouleau Faca placé à l’avant ou même un semoir directement assemblé sur le scalpeur.

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A l’essai, rien à redire, les dents font leur travail. La moutarde est déracinée, couchée et écrasée par le rouleau. Les racines sont mises à l’air et leur reprise parait difficile.

Le Bomford Dyna-drive

Le Dyna-drive est « un vieil outil remis au gout du jour » dont le principe de fonctionnement est simple et ne demande pas de prise de force. Un premier rotor muni de bêches se « plante » dans le sol et entre en action dès lors que le tracteur avance. Il est relié à un second rotor à l’aide d’une transmission par chaîne qui démultiplie sa rotation par 3. La profondeur de travail se règle via le rouleau palpeur à l’arrière de l’outil. Concrètement, sur le végétal, la première série de bêches roulantes vient arracher les racines du sol. La seconde rangée de bêches n’a plus qu’à « effleurer » le sol pour briser la moutarde déjà fragilisée.

Le modèle présenté était équipé d’un semoir précédant le rouleau, permettant un semis directement dans le flux de terre. Niveau débit de chantier, « on roule entre 8 et 15 km/h pour un modèle 3m tiré par un tracteur de 100CV en 4 roues motrices, avec une moyenne élevée de 12 km/h si le terrain n’a pas trop de pierres » expliquera Marc Gontier, en charge de la commercialisation du matériel.

« Pour l’anecdote, on l’a utilisé la semaine dernière pour détruire une luzerne, c’était impressionnant de voir l’engin sortir des pivots de 20-25cm de long » interviendra Jean-Yves Dolot, agriculteur dans le secteur. Sur la parcelle de moutarde implantée, les végétaux étaient parfaitement déracinés.

Les bêches roulantes Duro Compil

C’est Pierre Jallu, concepteur de l’outil au début des années 2000, qui est venu le présenter dans une version 5m de large pour 6,8T. Le Duro Compil est un outil qui fait beaucoup parler de lui, de part son efficacité, sa modularité et sa polyvalence. L’appareil a été initialement développé pour faire du déchaumage. Il est très vite devenu un semoir à couverts avec l’ajout d’une cellule de distribution. Pierre Jallu insistera d’ailleurs sur ce cumul de fonction : « Lorsqu’on a un Compil dans un groupe, il faut l’utiliser de manière combinée pour utiliser au maximum les capacités de l’outil. »

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Pour ce qui est de la fonction « travail du sol et destruction de couvert », le matériel est muni de bêches roulantes fixées sur des arbres transversaux qui sont de biais. Lorsqu’une bêche attaque le sol, elle s’enfonce de la profondeur décidée par un réglage de cale au niveau des roues, puis fait un déplacement latéral de la terre de 7cm. Cet effet « coup de cuillère » apporte de la porosité au sol. Le couvert en place est « martyrisé » et blessé par les bêches, puis écrasé par le rouleau arrière.

« Cet écrasement final apporte de la terre dans les blessures infligées au végétal. Cela créé un intoxication de la plante, déclenchant sa décomposition. Lorsque l’outil est utilisé avec un semoir en amont, on observe une germination très rapide des graines semées grâce à l’humidité résiduelle du sol rendue possible par l’outil. »

Pour un travail optimal, la vitesse d’avancement est de 9 à 11 km/h, avec un tracteur d’au moins 140 CV. Une version 4m de large existe pour des tracteurs moins puissant de 100 à 120 CV, mais également une largeur de 6,30m pour une puissance conseillée de 220 CV… et jusqu’à 7,10m.

Avec ces imposantes caractéristiques, inutile de préciser que le couvert de moutarde en place n’a eu aucune chance de s’en tirer indemne.

Les charrues déchaumeuses

Trois marques étaient représentées : Ovlac, Bugnot, et Bonnel. Toutes fonctionnent sur le même principe : un labour peu profond, de 10 à 15 cm réglé grâce à roue de terrage pour rester dans des conditions d’aérobies et amorcer la dégradation de la matière organique, combiné à un effet retournement pour le désherbage.

Techniquement, la charrue dispose de larges socs qui scalpent le sol et coupent les racines. Ils couvrent l’intégralité de la surface. L’effet retournement de terre met les racines des vivaces au soleil pour les détruire. L’avantage des charrues déchaumeuses, c’est leur capacité d’évolution en fonction des terrains, grâce à l’ajout de corps ou le changement de socs.

A noter une différence sur le modèle du constructeur Bugnot qui fonctionne hors-raie, évitant le tassement de fond de raie, autorisant les pneus basse pression, et la combinaison d’un outil frontal.

Lors de l’essai, les agriculteurs présents ont constaté que, si le retournement et l’enfouissement étaient bien réalisé par l’outil, la moutarde implantée était encore bien enracinée, avec la crainte d’une reprise par le végétal.

Zoom sur la Cuma Bio 35
Michael Renoult

La Cuma BIO35 a été créé en fin d’année dernière par une petite dizaine d’agriculteurs autour d’une remorque-séchoir à grains qui a été installée en poste fixe chez Michael Renoult à Saulnières. Le nombre d’adhérents a rapidement augmenté et compte aujourd’hui 35 membres répartis sur le secteur sud Ille et Vilaine. Le parc matériel actuel se compose d’une charrue déchaumeuse, du fameux cultivateur à dents auto-animé « Dyna-drive » avec semoir intégré et de la remorque-séchoir. Au vu du large territoire couvert par la Cuma, les responsables sont à l’étude de la création de groupes internes ainsi qu’a de nouveaux investissements pour améliorer la disponibilité des machines et diversifier l’offre aux adhérents. Cette Cuma a également permis d’améliorer les interconnaissances et favorisé les échanges sur les pratiques dans la mesure d’une implication de chacun au sein du groupe.

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