Ille-et-VilaineMachinisme et équipements

Le bon compromis de la charrue déchaumeuse

Pour maîtriser les adventices dans son système de cultures bio, Michaël Renoult, de l’EARL Choquene Renoult à Saulnières (35), utilise toute une panoplie d’outils mécaniques. De plus en plus, il travaille avec les couverts végétaux pour réduire ses interventions.

Pour bénéficier de l’effet désherbage d’un labour sans rogner sur la fertilité des sols, Michaël Renoult utilise depuis deux saisons une charrue déchaumeuse. « Elle permet un effet de retournement rapide de la terre. Les matières organiques de surface restent sur une profondeur de 10 – 12 cm, en milieu aérobie, nourrissant les microorganismes du sol. L’activité biologique et la minéralisation sont favorisées », souligne l’agriculteur qui auparavant labourait jusqu’à 25 cm de profondeur.
Michaël Renoult s’est installé avec un associé en 2010 et l’exploitation a été convertie en agriculture biologique en 2012. Dans un système en céréales bio, « le premier point à regarder, ce sont les rotations », témoigne le producteur.

Pour maîtriser les adventices dans ses céréales bio, Michaël Renoult utilise différents matériels : charrue déchaumeuse, herse étrille, bineuse, écimeuse…
Pour maîtriser les adventices dans ses céréales bio, Michaël Renoult utilise différents matériels : charrue déchaumeuse, herse étrille, bineuse, écimeuse…

L’enchaînement classique sur l’EARL débute par une luzerne de trois ans qui assure un bon nettoyage, suivi d’un colza. « Je sème le colza en association avec d’autres espèces : 5 kg de colza/ha avec 5 kg de blé noir, 5 kg de trèfle blanc et 8 kg de trèfle incarnat. Le blé noir a des vertus allélopathiques* et d’autodestruction puisqu’il gèle rapidement à 0°C. Le trèfle blanc constitue un couvert de printemps-été, relayé par le trèfle incarnat qui reste après la récolte. »

Le Dyna-Drive sort les pivots

Le colza est suivi par deux à trois céréales à paille, selon la richesse en azote du sol et le salissement : blé, avoine et seigle. « Entre deux céréales, le sol est couvert par une interculture (moutarde + trèfle d’Alexandrie ou moutarde + féverole) semée juste après le ramassage de la paille, avec un déchaumage/semis. » Les couverts sont cassés durant la première quinzaine d’octobre, à l’aide d’un Dyna-Drive qui sort les mauvaises herbes avec leur pivot (rumex…) et affine le sol. « Il a un effet faux semis et travaille vite, à 9 km/h. Je l’utilise à une profondeur de 4 – 5 cm. » Selon les conditions, un passage de rouleau peut être fait en plus, ou le labour à la charrue déchaumeuse est directement réalisé.

L’exploitation dispose de deux jeux de roues pour le tracteur : 48 cm et 21 cm. Les moins larges sont mis en place sur deux périodes : mars-avril et fin mai-juin pour les opérations de désherbage mécanique.
L’exploitation dispose de deux jeux de roues pour le tracteur : 48 cm et 21 cm. Les moins larges sont mis en place sur deux périodes : mars-avril et fin mai-juin pour les opérations de désherbage mécanique.

L’écimeuse s’attaque aux têtes

La terre est ensuite prête pour les semis qui sont effectués avec un combiné herse rotative / semoir. « Je ne sème qu’un rang sur deux pour arriver à un interrang de 30 cm et pouvoir biner. » Une fois la culture en place, le producteur passe avec une herse étrille début décembre. « Cette année, j’ai aussi pu faire un autre passage début février, ce qui est rare. Puis je bine lors de la 1re quinzaine d’avril. » Une écimeuse (en copropriété) permet de couper les mauvaises herbes au-dessus des épis (folle avoine, chardon…). « Je vais peut-être récupérer les graines dans un caisson pour les menues pailles. »

Des plantes compagnes pour moins de mécanique
Comme il l’a fait en colza, Michaël Renoult essaie aujourd’hui de limiter le désherbage mécanique sur céréales. « Malgré son intérêt pour la minéralisation, le binage notamment est très contraignant », souligne le producteur. « J’ai semé du seigle à la volée sur lequel j’ai seulement passé la herse étrille. C’est bien de commencer avec cette céréale qui pousse haut, jusqu’à 1,80 m. Les mauvaises herbes ne le dérangent pas trop. Pour aller plus loin, je vais aussi tenter un mélange seigle / blé noir qui sera semé le 30 septembre pour un enracinement plus profond avant l’hiver. Je recherche aussi des variétés de blé hautes en tige… » Pour que le sol soit couvert après la récolte du maïs grain, le producteur va réaliser un semis sous couvert de RGI / navette, « avant ou après le dernier passage de la bineuse. Je vais utiliser un vieil épandeur à engrais de 9 m qui sème à la volée. C’est avec cet outil que je sème le colza et les pâtures. Le résultat est régulier. » À voir si le chanvre, derrière le maïs dans la rotation, tire profit de ce nouveau couvert.

Interculture longue et pleine d’azote avant maïs

Dans la rotation, le maïs arrive après les céréales. « Mais j’installe auparavant une interculture longue composée de féverole, pois fourrager et avoine diploïde. Cela fournit une bonne masse de végétation, 4 à 5 tonnes MS riches en azote, et les différents systèmes racinaires font varier l’activité biologique. On sait que 1 t MS de légumineuses fournit en moyenne 20 – 30 u N/ha. »

Le couvert est cassé fin mars avec le Dyna-Drive. « Je mets le fumier dès que je peux. » Début mai, un labour est réalisé (à 10 – 12 cm toujours), puis un passage de fissurateur (Actisol) / herse rotative /semoir est fait par ETA. « Je sème autour du 15 mai, 15 jours après la moyenne du secteur, à 5 cm de profondeur. Le désherbage comprend ensuite deux passages de houe rotative, un passage de herse étrille et un binage. » Une culture de chanvre suit le maïs et la rotation se termine par du blé noir, assainissant et peu gourmand en azote. Deux cultures qui sont juste « semées et battues. »

En fonction des conditions de parcelles (sèches ou humides), le producteur adapte cette rotation qui n’est pas figée. « J’introduis éventuellement une culture complète de féverole entre deux céréales, ou entre le maïs et le chanvre, pour assainir et amener de l’azote », précise-t-il. Globalement, l’exploitation affiche des rendements de 30 à 35 q/ha en céréales (75 q en moyenne en conventionnel sur la zone), mais les prix sont jusqu’à trois fois meilleurs en bio…

Création d’une Cuma pour le matériel spécifique au bio
« Nous avons créé une Cuma bio en novembre 2016, pour acquérir des outils complémentaires à ce que nous trouvons déjà dans nos Cuma conventionnelles : une charrue déchaumeuse, un Dyna-Drive et une remorque de séchage de grain », explique Michaël Renoult. Aujourd’hui, la Cuma bio rassemble 30 adhérents d’Ille-et-Vilaine. La charrue déchaumeuse de marque Ovlac est polyvalente jusqu’à 20 cm de profondeur, sans rasette. Le Dyna-Drive (marque Quitté) mesure 3 m de large et ne demande pas une puissance très importante, de l’ordre de 100 CV.

La Cuma bio réfléchit actuellement à l’achat d’un Combcut qui peigne la culture et coupe les mauvaises herbes sous la cime de la culture. Les lames coupent ou blessent l’adventice, plus rigide, et épargne la culture, plus souple. Ce matériel peut fonctionner de 8 à 12 km/h.
La Cuma bio réfléchit actuellement à l’achat d’un Combcut qui peigne la culture et coupe les mauvaises herbes sous la cime de la culture. Les lames coupent ou blessent l’adventice, plus rigide, et épargne la culture, plus souple. Ce matériel peut fonctionner de 8 à 12 km/h.

« Nous réfléchissons à l’achat d’un Combcut qui désherbe la culture en plein. Il coupe ou blesse l’adventice, plus rigide, et épargne la culture, plus souple. Nous allons aussi regarder le travail de la rotoétrille, compromis entre la herse étrille et la houe rotative… Elle pourra m’être utile si je fais moins de labour, car la herse étrille a tendance à entraîner les résidus. ». Le Gaec possède quant à lui un seul tracteur de 115 CV. Il est équipé d’un RTK qui permet de diriger la bineuse (il retrouve la ligne de semis), mais sert aussi aux autres besoins de guidage. « Une caméra à l’arrière me permet de vérifier que le binage se fait correctement. »

* Production de composés qui empêchent la croissance d’autres plantes.

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