Dossier technique

Avant d’intervenir, les pompiers connaissent la ferme

Prévi’Link En cas de sinistre, les pompiers sont familiarisés avec l’exploitation agricole dès que l’alerte est donnée grâce au service de cette entreprise finistérienne. Bâtiments à préserver en priorité, plan du site et chemins d’accès : ces informations cruciales sont regroupées pour qu’ils gagnent du temps.

Deux homme devant un bâtiment agricole - Illustration Avant d’intervenir,  les pompiers connaissent la ferme
De gauche à droite :
 Jean-Christophe Bégoc 
et Steven Simon. | © Paysan Breton – F. Paranthoën

Parfois, il ne suffit pas de toucher du bois pour se prémunir des sinistres… Les exploitations agricoles sont des sites sensibles, complexes, qui abritent des animaux, des matières particulières comme des combustibles, des produits phytosanitaires. Des points de danger comme des fosses à lisier peuvent générer des accidents. C’est pourquoi la société Prévi’Link, basée à Saint-Renan (29), propose un service qui consiste à auditer l’exploitation, à établir des zones de priorité, à localiser les coffrets électriques ou encore les vannes de coupure d’eau. Ainsi, en cas de problème nécessitant l’intervention des pompiers, ces derniers disposent, dès leur départ de la caserne et avant d’arriver sur les lieux, de toutes les informations qui leur feront gagner un temps précieux. Actuellement mis en place avec le Sdis du Finistère et des Côtes-d’Armor, ce service tend à s’étendre. « 80 % des interventions de pompiers se font de nuit ou le week-end. Connaître le plan du site avant d’arriver permet d’adapter les moyens à mettre en place », souligne Jean-Christophe Bégoc, directeur commercial. Ce partenariat avec les services départementaux assure une diffusion des informations entre les casernes. Si les pompiers locaux sont déjà mobilisés sur une intervention, leurs collègues plus éloignés et appelés au secours disposeront des mêmes cartes et plans.

Les exploitations agricoles sont des sites sensibles, complexes

Jean-Jacques Breton a choisi de souscrire ce service pour son site de Sizun (29). « C’est pour moi une assurance, on choisit où mettre les priorités dans l’élevage : aujourd’hui, si un incendie se déclare, la priorité sera de sauver le bâtiment post-sevrage neuf ». L’exploitation du Finistérien a la particularité d’élever des porcs (450 truies naisseur-engraisseur), des vaches allaitantes, et de cultiver des légumes avec du stockage en frais. Des trackers solaires produisent de l’électricité. Ici, le stockage de fertilisants, le local phytosanitaire ou encore les chariots élévateurs fonctionnant grâce à des bouteilles de gaz ont été recensés. « Je suis un peu sensibilisé au travail des pompiers, une de mes salariées étant elle-même sapeur. » Lors de son audit, l’agriculteur a précisé la quantité maximale de matières à risques qu’il peut abriter : engrais, contenance maximale de la cuve à gasoil…

Pérenniser l’activité

Le départ de feu n’est pas le seul motif d’intervention des pompiers. Le secours à la personne ou une pollution, causée par exemple par une fosse de stockage d’effluent qui lâche, sont autant de motifs qui allument le gyrophare bleu.

Steven Simon réalise les audits chez Prévi’Link. En plus des informations collectées chez les éleveurs concernés, il fait survoler par un drone la ferme pour avoir une vue d’ensemble avec des photos à jour. Les cours d’eau à proximité sont mentionnés, c’est une donnée à connaître en cas de fuite de liquide du site. L’entreprise dispose de toutes les autorisations nécessaires pour faire voler son engin, et travaille de concert avec les aéroports lors des survols. « Quand les pompiers arrivent, le plus important est de couper les fluides : électricité, gaz, air comprimé… Aussi, les soldats du feu connaissent grâce à la fiche Prévi’Link les chemins d’accès pour les bâtiments, éventuellement les codes d’accès pour ouvrir des portes, la présence de riverains au sein même de l’exploitation si une évacuation est nécessaire ».

La société est surtout présente chez les producteurs d’œufs ou de volaille de chair, ou en élevage porcin. Des accords ont été conclus avec des groupements comme Armor Œufs ou Porc Armor Évolution. « Nous commençons aussi à aller chez des maraîchers en sous-abri, souvent quand il y a une cogénération, mais aussi sur des méthaniseurs ». En priorisant des locaux sur leur plan d’intervention, les pompiers peuvent aussi bien éviter la propagation du feu vers une forêt, ou isoler un bâtiment plus sensible, comme le bloc naissage d’une porcherie, « pour que l’activité agricole s’arrête le moins possible après le sinistre », précise Jean-Christophe Bégoc. 500 fiches ont été créées par Prévi’Link, une bonne moitié concerne des exploitations agricoles. Sur des sites industriels, « des assurances demandent à ce que les pompiers connaissent les lieux. Cette obligation pourrait à l’avenir concerner aussi le milieu agricole », conclut le responsable.

Fanch Paranthoën

Organiser une visite avec les pompiers

« J’ai organisé une visite de la ferme avec les pompiers de Sizun. Ils connaissent désormais l’exploitation, les risques. Un des bâtiments est en caillebottis plastique ; ils savent qu’il peut y avoir un risque d’effondrement en cas de feu », fait observer Jean-Jacques Breton. Dans son contrat avec Prévi’Link, l’éleveur est rassuré par « une visite annuelle, pour remettre les informations à jour. C’est sécurisant ».

Clé tricoise et boîte aux lettres

Quand il n’y a pas de partenariat entre les pompiers et Prévi’Link, un autre dispositif est proposé par l’entreprise. « Une boîte aux lettres sur la ferme contient des plans, les chemins d’accès. Cette boîte s’ouvre avec une clé tricoise », outil dont disposent tous les soldats du feu.


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