Le sorgho est une céréale plutôt discrète dans l’Union européenne, alors qu’elle se hisse au cinquième rang mondial en termes de surfaces cultivées, après le maïs, le riz, le blé et l’orge. Cette plante possède de nombreux atouts comme une bonne adaptation à la chaleur, une consommation d’eau 30 % inférieure à celle du maïs, une faible exigence en engrais et une polyvalence d’usages (alimentation humaine, animale et biocarburants). Domestiqué il y a plusieurs millénaires au Sahel, le sorgho est cultivé depuis l’après-guerre dans l’UE, essentiellement pour l’alimentation animale. En Afrique où se concentre 47 % de la production (notamment au Nigéria, en Éthiopie et au Soudan) et dans les régions les plus pauvres du monde, il est une des principales denrées alimentaires, sous forme de farine, semoule ou même bière. Mais récemment, il a conquis le secteur des biocarburants, comme aux USA et au Brésil. D’ailleurs, même si cela est à une moindre échelle, la rivalité qui commence à poindre sur le marché du sorgho entre ces deux pays n’est pas sans rappeler la guerre qu’ils se livrent sur le maïs.
Les importations chinoises ont varié de 1,6 Mt à 11 Mt en 10 ans
Un prix US fixé par la Chine
Les USA, avec plus de 11 Mt en 2025/2026, sont les plus grands producteurs (18 % du total) mais doivent exporter plus de la moitié de leur récolte pour équilibrer leur bilan. La Chine représente 50 % de leurs débouchés depuis plus de 10 ans, ce qui les rend vulnérables en cas de guerre commerciale. Lorsque ce client s’évanouit, le sorgho part concurrencer le maïs dans les usines d’éthanol de l’oncle Sam. Cela déplace alors le problème et contribue à augmenter les stocks de maïs… Peu inquiétés sur le marché mondial pendant de nombreuses années, les États-Unis doivent aujourd’hui défendre leur position face à des outsiders qui progressent chaque saison. 6 à 12 millions de tonnes ont été échangés au cours des années 2020 à 2023, la Chine représentant 86 % des débouchés. L’Australie, en recherche d’alternatives au blé, exporte 85 % de sa production. L’Argentine vend la moitié d’une récolte en plein essor. Le Brésil est lui aussi dans une dynamique de hausse des surfaces. Cette diversification des fournisseurs fait les beaux jours des Chinois, qui savent faire jouer la concurrence. Les prix intérieurs US sont donc très exposés au bon vouloir de leur principal client. Les accords entre les deux nations qui font la une des marchés, évoquent peu cet enjeu important, les yeux étant rivés sur le maïs ou le soja. Et pourtant, le bilan US de sorgho reste bien aux mains de l’empire du Milieu, remettant potentiellement en cause l’attrait économique et écologique de sa production dans les États américains.
L’arrivée du Brésil sur le marché
L’arrivée du Brésil sur ce marché a d’ailleurs de quoi les inquiéter. Là-bas, la production a doublé en 4 ans, dépassant désormais les 4,5 Mt. Le sorgho, planté comme deuxième culture après le soja dans le centre du Brésil, y concurrence directement le maïs safrinha. Ce dernier est de plus en plus confronté à un temps sec en fin de croissance, en particulier quand le semis et la récolte du soja sont retardés. Le sorgho semble plus résilient. De plus, son coût de production ne représente que 50 % de celui du maïs dans certains États, pour un prix équivalent à 80/85 % de celui-ci, ce qui le fait gagner en popularité. Si le premier débouché brésilien reste l’alimentation animale, les usages internes se développent aussi pour satisfaire à une demande de bière, de farines sans gluten et de biocarburants (même rendement que le maïs pour produire de l’éthanol). Cependant, la hausse des surfaces de sorgho dans un souci de rotation et de rentabilité économique, engendrera un besoin d’exporter si le débouché local ne suit pas la production. Et ce n’est pas un hasard si la Chine a réouvert la porte au Brésil en septembre 2025, après une interruption de dix ans. Pour autant, les Chinois diversifient les céréales fourragères et les fournisseurs, conscients du poids qu’ils peuvent exercer aussi bien sur le marché mondial du sorgho, que de l’orge, du maïs et même du blé. Sur les 10 dernières années, les importations chinoises de sorgho ont varié de 1,6 Mt à 11 Mt, avec une moyenne de 6 Mt. De janvier à mai 2026, la Chine a déjà importé 2,7 Mt de sorgho (exempt de contingents tarifaires) soit une hausse de 60 % vs 2025. C’est plus que le maïs (0,9 Mt) et autant que le blé, mais loin derrière l’orge (6,7 Mt).
Patricia Le Cadre/ Céréopa
Un pilier de l’agriculture durable en France
La France, bien qu’en tête de l’UE, reste un petit producteur avec une moyenne quinquennale de 0,4 Mt. Il a fallu plus de 20 ans pour doubler des surfaces qui ne dépassent pourtant pas les 90 000 hectares. Le bassin Aquitaine-Midi-Pyrénées constitue la zone de prédilection pour la culture du sorgho-grain et fourrager, mais elle se développe aussi plus au nord, près de la Loire. La plante rustique et résiliente semble cocher toutes les cases pour devenir un pilier de l’agriculture durable en France. Les débouchés sont en hausse, aussi bien dans l’Hexagone que dans l’UE où les importations ont atteint 0,4 Mt en 2025/2026 (essentiellement en Espagne). Avec le recul annoncé de près de 4 Mt de production du maïs européen en 2026/2027 (dont 3 Mt pour la seule France), il va être intéressant de voir comment les importations de sorgho progressent…
L’UE à la traîne
L’UE reste à la traîne, avec 0,8 Mt produit en moyenne ces quinze dernières années à comparer aux 61 Mt mondiales. On note depuis quelques années un regain d’intérêt notamment en Hongrie, en Italie et en France, suite à une campagne de promotion financée par la Commission européenne en 2017. Mais il semblerait que le manque de semences limite son essor.
